Juges de la mort : exécuteurs des politiques criminelles des mollahs

Cas n°1 : Saeed Mortazavi — le faux avocat, le boucher de Kahrizak, l’assassin d’une journaliste
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CSDHI – Dans les pages les plus sombres de l’histoire contemporaine de l’Iran, le pouvoir judiciaire  et ses juges de la mort n’ont jamais été un refuge pour les opprimés. Il est devenu l’un des bras les plus impitoyables de la répression politico-religieuse.

Quand la justice devient instrument de terreur

Ce système, censé garantir la justice, la liberté et la dignité humaine, s’est transformé depuis plus de quarante ans en un champ de non-droit et de violence institutionnalisée — un instrument cruel destiné à réduire au silence les opposants politiques, les minorités religieuses et ethniques, les intellectuels et les artistes.

Dans cette structure, les juges ne sont pas des garants de la loi, mais des exécutants zélés de la volonté du Guide suprême. Ceux qui devaient protéger la justice ont manié le glaive contre leur propre peuple. Ces hommes sont restés dans la mémoire collective des Iraniens sous un nom infamant : les “Juges de la mort”.

Ce que promettait la Constitution du régime

Dans le préambule de la Constitution du régime, la justice est définie ainsi :

« La question du pouvoir judiciaire, en relation avec la protection des droits du peuple au sein du mouvement islamique et pour prévenir toute déviation dans la communauté, est d’une importance vitale. Ainsi, la création d’un système judiciaire fondé sur la justice islamique, composé de juges pieux et instruits, a été envisagée. Ce système, en raison de sa sensibilité fondamentale, doit rester pur de toute relation malsaine et de toute corruption. (Et lorsque vous jugez entre les gens, jugez avec justice.) »

La réalité, pourtant, en est l’antithèse.

Objectif de cette série

Cette série de rapports vise à dévoiler les mécanismes du pouvoir judiciaire du régime iranien : comment la criminalité s’y institutionnalise, comment ses auteurs, les juges de la mort sont récompensés, et pourquoi ils ne sont jamais jugés.

Ce premier volet est consacré à Saeed Mortazavi, ancien procureur de Téhéran — un nom synonyme de fermeture de journaux, de torture de détenus et du meurtre de la journaliste Zahra Kazemi.

Un homme qui a souillé la justice de sang et est devenu l’un des symboles mondiaux de la répression judiciaire.

Portrait d’un bourreau : le juge de la mort, Saeed Mortazavi

Saeed Mortazavi incarne la fusion absolue entre pouvoir politique et répression judiciaire. Il n’est pas un juge dévoyé : il est le produit d’un système qui subordonne la justice à la volonté politique.

De la fermeture massive de journaux à la torture et au meurtre de la journaliste irano-canadienne Zahra Kazemi, Mortazavi a systématiquement utilisé la loi comme un instrument de peur et d’écrasement.

Récemment, il a refait surface sous un titre grotesque : celui de « stagiaire en droit », admis au barreau de Yazd — l’institution même censée défendre l’intégrité de la justice.

C’est pourtant le même homme responsable des tortures et des morts au centre de détention de Kahrizak, ainsi que de détournements de fonds au sein de l’Organisation de la Sécurité sociale. Dans la mémoire iranienne, il reste marqué du sceau de l’infamie :

le “Boucher de la presse” et le “bourreau du Parquet de Téhéran.”

L’ascension d’un exécuteur

Né le 26 novembre 1967 à Taft, dans la province de Yazd, Mortazavi devient juge avant ses 30 ans. Soutenu par Mohammad Yazdi (alors chef du pouvoir judiciaire) et Asadollah Badamchian (dirigeant du parti ultraconservateur Motalefeh), il est nommé en 1994 à la tête de la branche 1410 du tribunal des fonctionnaires, mieux connu sous le nom de tribunal de la presse.

Dès ses débuts, il confond fonction judiciaire et maintien de l’ordre. Ses audiences ressemblent à des interrogatoires politiques : les journalistes y sont insultés, menacés, et souvent privés d’avocat.

En 2003, sur ordre direct du Guide suprême Ali Khamenei, Mortazavi est nommé procureur général de Téhéran, prenant le contrôle de la prison d’Evin et des branches sécuritaires de la justice.

Sa mission : étouffer toute dissidence.

Dans la justice du régime, la fidélité politique prime sur la compétence juridique — et la brutalité de Mortazavi a fait de lui un modèle à suivre pour d’autres magistrats du pouvoir.

La décennie noire de la censure (2000–2009)

Après le sermon de Khamenei en 2000 qualifiant les journaux de « bases de l’ennemi », Mortazavi reçoit la mission de réduire au silence la presse. En quelques semaines, plus de 120 publications sont interdites et plus de 250 journalistes arrêtés ou inculpés.

Les chefs d’accusation — « propagande contre le régime », « espionnage » — ne sont que prétextes : l’objectif est d’anéantir toute presse indépendante. Mortazavi détourne même une loi de 1959 sur les “mesures préventives” pour fermer les journaux.

Lors des interrogatoires, il menace personnellement les journalistes :

« Si tu n’avoues pas, tu auras un accident… ou tu disparaîtras. »

À la fin de la décennie, il ne reste presque plus aucun média indépendant. Même des députés réformateurs admettent alors :

« Le procureur de Téhéran est devenu le censeur en chef de la nation. »

C’est à cette époque que Mortazavi hérite de son surnom : le Boucher de la presse.

L’affaire Zahra Kazemi — une journaliste assassinée sous ses ordres

Zahra Kazemi, journaliste irano-canadienne, est arrêtée en juillet 2003 alors qu’elle photographie des familles d’étudiants détenus devant la prison d’Evine. Mortazavi supervise personnellement les premiers interrogatoires.
Selon les témoignages médicaux et oculaires, Mme Kazemi est torturée physiquement et psychologiquement dès les premières heures de sa détention. Trois jours plus tard, elle meurt à l’hôpital Baghiatollah des suites d’une fracture du crâne et d’une hémorragie cérébrale provoquées par un coup violent.

Malgré les preuves accablantes, Mortazavi tente de présenter l’affaire comme un dossier de “sécurité nationale.”
L’ancien ministre du renseignement, Ali Younesi, révélera plus tard :

« Nous avons dit à Mortazavi qu’elle n’était pas espionne, mais il a insisté pour la traiter comme telle. »

Le Dr Shahram Azam, médecin légiste, témoignera ensuite à l’étranger que le corps portait de nombreuses traces de torture. La mère de Zahra Kazemi confirmera que sa fille lui a été rendue le corps tuméfié et gonflé.

Après sa mort, le Canada rompt ses relations diplomatiques avec Téhéran et tient Mortazavi pour responsable.
En Iran, un simple officier subalterne est désigné bouc émissaire puis acquitté, et l’affaire est vite classée.

Réactions internationales et condamnations internes

Le meurtre de Zahra Kazemi provoque un tollé mondial. En 2010, le département du Trésor américain sanctionne Mortazavi pour « violations graves et répétées des droits humains. »

Le gouvernement canadien qualifie l’affaire de meurtre en détention et de violation du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. L’Union européenne, en 2011, impose à son tour des sanctions pour son rôle direct dans la torture et les meurtres de détenus.

Amnesty International décrit l’affaire Kazemi comme « un symbole du bâillonnement des femmes journalistes en Iran. »

Même en Iran, des personnalités comme Ali Motahari et Ahmad Tavakoli dénoncent Mortazavi comme « une honte pour le pouvoir judiciaire. »

Conclusion

En moins d’une décennie, Saeed Mortazavi a détruit la liberté d’expression et enterré la justice.
Il n’a pas commis d’erreur : il a incarné la dérive même du système. L’affaire Zahra Kazemi prouve qu’au sein du régime du Velayat-e Faqih, un juge peut devenir meurtrier et un procureur, tortionnaire.

De la fermeture des journaux au meurtre des journalistes, Mortazavi symbolise une justice qui ne protège pas l’humanité, mais la tyrannie. Et ce n’est là que la première moitié de son parcours :

le prochain rapport examinera comment, à Kahrizak, ce même bourreau passa de l’assassinat de journalistes à la torture et au meurtre de manifestants, avant d’être récompensé d’un pardon officiel et d’une licence d’avocat — ultime preuve de l’impunité totale qui règne au sein de la justice du régime iranien.