Droits des femmes en Iran : 47 ans de discrimination structurelle – Violations structurelles des droits des femmes sous le pouvoir clérical

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CSDHI – Le rôle central des femmes iraniennes dans le soulèvement de janvier et la répression fondée sur le genre

8 mars : une référence mondiale pour l’égalité et la dignité humaine

La International Women’s Day, issue des luttes des ouvrières au début du XXᵉ siècle, est aujourd’hui reconnue comme une référence mondiale pour mesurer l’égalité, la participation politique, la justice judiciaire et la dignité humaine des femmes.

Il ne s’agit pas seulement d’une date symbolique : elle rappelle également les obligations des États d’éliminer les discriminations structurelles et de garantir les droits fondamentaux de la moitié de la population mondiale.

Dans de nombreux pays, le 8 mars est l’occasion d’évaluer les progrès réalisés dans la participation des femmes iraniennes à la direction politique, à la magistrature, à l’économie et à la vie publique.

En Iran, toutefois, cette journée met en évidence un profond écart entre les normes internationales relatives aux droits humains et les structures juridiques et politiques en vigueur — des structures qui, depuis 47 ans, ont institutionnalisé la misogynie dans les lois et les institutions officielles.

Dans le contexte actuel, alors que l’Iran fait face à de graves tensions militaires et à des crises sécuritaires, la situation des femmes — en particulier celle des prisonnières politiques — est devenue encore plus préoccupante. Enfermées dans des environnements carcéraux clos, elles sont privées des moyens les plus élémentaires pour protéger leur vie et leur santé.

47 ans de misogynie structurelle : institutionnalisation de la discrimination dans la loi et le pouvoir

Après l’établissement du pouvoir clérical en 1979, la discrimination envers les femmes iraniennes est devenue non seulement une pratique sociale, mais aussi une structure juridique.

La Constitution et les lois ordinaires, tout en mentionnant formellement les « droits des femmes », introduisent la condition des « critères islamiques », créant ainsi un cadre permettant une discrimination systématique.

Contradiction constitutionnelle : une égalité conditionnelle

Article 20 de la Constitution :
« Tous les membres de la nation, femmes et hommes, bénéficient également de la protection de la loi… conformément aux critères islamiques. »

Article 21 :
« Le gouvernement est tenu de garantir les droits des femmes dans tous les domaines, conformément aux critères islamiques. »

Cette référence aux « critères islamiques » a servi de base juridique à de nombreuses restrictions ultérieures des droits des femmes.

Exclusion de la direction politique et de la magistrature

Article 115 :
« Le président doit être choisi parmi les rejal religieux et politiques (hommes). »

Article 163 :
« Les qualifications et conditions requises pour les juges doivent être déterminées selon les critères de la jurisprudence islamique. »

Selon la loi sur la sélection des juges (1982), les juges sont explicitement choisis parmi des « hommes qualifiés ». Les femmes ne peuvent exercer que comme conseillères judiciaires, sans pouvoir rendre de décisions finales.

Autorité masculine légale dans la famille

Article 1105 du Code civil :
« Dans les relations entre époux, la direction de la famille appartient au mari. »

Article 1117 :
Le mari peut empêcher sa femme d’exercer une profession qu’il juge incompatible avec les intérêts familiaux.

Article 1133 :
Le mari possède l’autorité unilatérale de divorce.

Article 1041 :
Le mariage d’une fille de moins de 13 ans est autorisé avec le consentement du tuteur et l’approbation du tribunal.

Article 907 :
Un fils hérite du double de la part d’une fille.

Violence légalisée et contrôle du corps des femmes iraniennes

Article 147 du Code pénal islamique :
L’âge de responsabilité pénale pour les filles est fixé à 9 années lunaires.

Article 301 :
La loi du talion (qisas) ne s’applique pas si l’auteur du crime est le père ou le grand-père paternel de la victime.

Article 550 :
Le diya (prix du sang) pour une femme est la moitié de celui d’un homme.

Note de l’article 638 :
Le non-respect du hijab obligatoire est criminalisé et puni d’emprisonnement ou d’amendes.

L’Iran n’a pas non plus ratifié la Convention on the Elimination of All Forms of Discrimination against Women (CEDAW).

Exécutions de femmes iraniennes : le sommet de la violence structurelle ces dernières années

Ces dernières années, l’exécution de femmes est devenue l’une des manifestations les plus visibles de la violence structurelle dans le système judiciaire iranien. L’application de la peine de mort contre les femmes a fortement augmenté, en particulier pendant les périodes de crise politique et sociale.

Depuis 2021, au moins 167 femmes ont été exécutées en Iran — un chiffre sans précédent à l’échelle mondiale.

  • 18 exécutions en 2021

  • 15 en 2022

  • 26 en 2023

  • 34 en 2024

  • 65 en 2025

Au cours des deux premiers mois de 2026 seulement, 9 femmes ont déjà été exécutées, ce qui montre que cette hausse ne constitue pas une anomalie mais la continuation d’une politique pénale établie.

La persistance de cette tendance sur plusieurs années indique que la peine de mort contre les femmes ne constitue pas un phénomène isolé, mais s’inscrit dans un schéma durable de répression.

Les femmes dans le soulèvement de janvier 2026 : participation massive et lourd bilan

Le soulèvement de janvier 2026 a vu une participation importante de femmes de toutes les générations et de tous les milieux sociaux.

Des écolières âgées de 8 à 17 ans aux femmes de 50 et 60 ans ; des étudiantes et enseignantes aux sportives et aux femmes au foyer ; des grandes villes aux petites localités — les femmes ont participé activement aux manifestations. Leur présence n’était pas symbolique : elle était décisive. Les femmes se sont tenues en première ligne et ont refusé de reculer.

Au moment de la rédaction de ce rapport, au moins 259 femmes ont été tuées lors de la répression du soulèvement de janvier 2026.

Parmi elles :

  • Sonia Salehi-Rad, enseignante de 34 ans à Shiraz ;

  • Arezoo Abedi, mère de 50 ans à Isfahan ;

  • Arnika Dabbagh, 15 ans, originaire de Gorgan ;

  • Maedeh Moradi-Kia, 22 ans, à Tehran ;

  • Zahra Bahlouli-Pour, étudiante de 18 ans à Tehran.

Les rapports font état de tirs directs sur des manifestants non armés, visant des organes vitaux, ainsi que de l’utilisation de balles réelles contre des rassemblements pacifiques.

Les arrestations massives de femmes et d’enfants, les condamnations lourdes et les peines de mort prononcées contre certains manifestants ont suscité de vives inquiétudes de la part d’organisations internationales telles que Amnesty International, UNICEF et des experts des United Nations.

Si ces violences contre des civils s’inscrivent dans une politique organisée visant à réprimer une population civile, elles pourraient relever de la définition d’une attaque généralisée ou systématique contre une population civile, élément central des crimes contre l’humanité en droit pénal international.

Répression fondée sur le genre dans les rues

Pendant le soulèvement de janvier 2026, la répression contre les femmes n’était pas seulement une composante du mouvement de répression général ; dans de nombreux cas, elle a pris une dimension explicitement fondée sur le genre.

Dans un cas documenté, Sara Ebrahimi (également connue sous le nom de Darya Ebrahimi), née en 1980, a été poursuivie par les forces de sécurité à Tehran et est tombée au sol.

Des images de vidéosurveillance montrent qu’alors qu’elle était non armée et sans défense, elle a subi des coups directs : un agent en civil lui a donné des coups de pied à la tête et au visage, tandis qu’un autre l’a frappée à l’arrière de la tête avec une arme tranchante ressemblant à une machette. Elle est décédée plus tard des suites de ses blessures.

Des rapports similaires ont été signalés à Shiraz, Mashhad, Karaj et Rasht.

Les raids dans les dortoirs universitaires pour femmes et le transfert de détenues vers des centres de détention fonctionnant hors de tout contrôle transparent indiquent que la punition et le contrôle des femmes manifestantes faisaient partie d’une stratégie sécuritaire délibérée.

Prisonnières politiques : la résistance derrière les murs

Ce qui a commencé dans les rues s’est poursuivi derrière les murs des prisons.

Les arrestations massives de femmes iraniennes et les longues peines de prison indiquent que la répression ne constitue pas une réaction temporaire mais une politique durable visant à réduire au silence les femmes manifestantes.

Depuis plus d’un an, certaines prisonnières mènent des grèves de la faim tous les mardis dans le cadre de la campagne « Non aux exécutions », malgré la détérioration de leur état de santé.

La condamnation à mort de Zahra Tabari, professeure d’université, a suscité des réactions d’Amnesty International et de la rapporteuse spéciale de l’ONU, Mai Sato.

Les prisons sont devenues des instruments destinés à faire taire la voix des femmes iraniennes  ; pourtant, la poursuite des protestations à l’intérieur des prisons montre que la résistance n’a pas été brisée.

Des rapports récents provenant de prisons telles que Evin Prison, la prison pour femmes de Qarchak Prison, Qezel Hesar Prison et d’autres centres de détention à travers le pays indiquent qu’avec l’intensification des crises sécuritaires et militaires, les inquiétudes concernant la situation des détenus ont fortement augmenté.

Les prisonniers sont détenus dans des environnements totalement fermés et, en cas d’urgence, ils n’ont ni la possibilité de sortir ni un accès indépendant à la nourriture, aux médicaments ou aux soins médicaux.

Dans ces conditions, les détenus — en particulier les femmes et les prisonniers malades — restent entièrement vulnérables face aux risques liés à la guerre, aux pénuries de produits essentiels et aux violences des autorités pénitentiaires.

Analyse juridique : répression fondée sur le genre et obligations internationales

Droit à la vie

L’utilisation de balles réelles contre des manifestants non armés constitue une violation directe du droit à la vie garanti par le International Covenant on Civil and Political Rights, auquel l’Iran est partie.

Interdiction de la torture

Les passages à tabac graves, les aveux forcés et le refus d’accès à un avocat violent l’interdiction absolue de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants en droit international.

Interdiction de la discrimination fondée sur le genre

Le ciblage des femmes iraniennes par des menaces, violences et exclusions fondées sur le genre viole les obligations internationales d’assurer l’égalité devant la loi.

Droits de l’enfant

La mort et la poursuite judiciaire de mineurs en lien avec les manifestations sont incompatibles avec les obligations de l’Iran au titre de la Convention on the Rights of the Child.

Responsabilité de commandement

Lorsque l’usage coordonné de la force létale et les détentions massives résultent d’une politique organisée, la responsabilité peut s’étendre au-delà des auteurs directs, aux responsables qui ont ordonné, su ou omis d’empêcher ces violations — conformément aux normes du droit pénal international.

Si ces actes constituent une attaque généralisée ou systématique contre une population civile, ils peuvent relever de la catégorie des crimes contre l’humanité.

Conclusion : le 8 mars en Iran — l’égalité à l’ombre de la répression

En Iran, le 8 mars n’est pas seulement une commémoration symbolique ; il rappelle le prix payé par les femmes pour avoir revendiqué leurs libertés fondamentales.

Le lien entre la discrimination structurelle inscrite dans la loi et la violence meurtrière dans les rues est manifeste.

Dans ce contexte, le 8 mars en Iran est non seulement un rappel du coût de la liberté, mais aussi un appel à défendre l’ensemble des droits des femmes qui leur ont été refusés : de l’égalité devant la loi et la participation à la vie politique et sociale jusqu’au droit à la vie, à la sécurité et à la dignité humaine.

Compte tenu des obligations découlant des traités internationaux relatifs aux droits humains, les organes compétents des United Nations, les rapporteurs spéciaux et les États membres sont appelés à exiger :

  • l’arrêt immédiat des exécutions, en particulier celles de femmes et de personnes de moins de 18 ans ;

  • la libération des personnes détenues en lien avec les manifestations.

La protection du droit à la vie, la garantie de procès équitables et la fin de l’impunité pour les violations graves des droits humains constituent des conditions indispensables à l’égalité et à la justice.