Des effusions de sang comme stratégie : le désespoir de Téhéran derrière une nouvelle vague d’exécutions

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CSDHI – Les exécutions de six prisonniers politiques souligne un régime de plus en plus dépendant de la répression, de la guerre et de la peur pour maintenir son emprise sur le pouvoir.

Le système dirigeant du Velayat-e Faqih, longtemps maintenu par la coercition et le contrôle idéologique, a une fois de plus révélé l’ampleur de sa fragilité. En se livrant à une vengeance contre le peuple iranien et sa résistance organisée, le régime met en lumière une réalité brutale : sa survie repose de plus en plus sur l’usage systématique de la violence, même au prix d’une escalade des crimes contre l’humanité.

Les récentes exécutions de six prisonniers politiques—Mohammad Taghavi, Akbar Daneshvar Kar, Pouya Ghabadi, Babak Alipour, Vahid Bani Amerian et Abolhassan Montazer—doivent être comprises dans ce cadre stratégique plus large. Ces individus, décrits par leurs soutiens comme des symboles de résistance, auraient fait preuve d’une détermination inébranlable face à la répression. Leurs derniers messages, empreints d’appels à la lutte, témoignent non seulement d’une conviction personnelle, mais aussi de la persistance d’un courant d’opposition plus large au sein de la société iranienne.

Pour le pouvoir en place, ces figures représentent bien plus que des actes isolés de dissidence ; elles incarnent un récit qui remet en cause la légitimité même du régime. Leur élimination répond donc à un double objectif : supprimer des menaces perçues tout en tentant de dissuader toute mobilisation future. Pourtant, historiquement, ce type d’exécutions produit souvent l’effet inverse—alimentant la colère, accentuant les fractures sociales et renforçant les mouvements qu’elles cherchent à étouffer.

Le calcul de Téhéran semble reposer sur l’idée que les crises extérieures—en particulier la guerre—peuvent servir de couverture à une intensification de la répression interne. À l’ombre des tensions géopolitiques et du relatif silence d’acteurs internationaux enclins à l’apaisement, les autorités paraissent supposer que ces actes de brutalité susciteront peu de conséquences. Cette logique s’inscrit dans une continuité historique : des exécutions de masse de la fin des années 1980 aux répressions plus récentes lors de périodes de troubles, le régime a régulièrement exploité les moments de crise pour consolider son contrôle.

Aujourd’hui, des schémas similaires se dessinent. Des rapports évoquent un renforcement de l’appareil sécuritaire à l’échelle nationale : multiplication des checkpoints, militarisation accrue des espaces urbains, surveillance généralisée et restrictions sévères des communications, notamment via des coupures d’Internet. Ces mesures ne sont pas seulement réactives ; elles s’inscrivent dans une stratégie préventive visant à neutraliser toute contestation avant qu’elle ne puisse réellement émerger.

Dans le même temps, les prisons iraniennes restent surpeuplées de détenus politiques—dont beaucoup ont été arrêtés lors de manifestations récentes. Cela alimente des inquiétudes crédibles quant au fait que la vague actuelle d’exécutions ne soit que le début d’une campagne plus large. La logique est claire : lorsqu’un régime se sent menacé dans son existence, la répression évolue d’une punition ciblée vers une intimidation systémique.

Cependant, cette stratégie n’est pas sans risques. Les manifestations nationales survenues ces dernières années, malgré des répressions sévères, montrent que le contrat social entre l’État et les citoyens est profondément fragilisé. Des réseaux de base et des structures de résistance organisées continuent de contester le monopole du pouvoir, preuve que la dynamique de contestation reste active, même sous forte pression.

La guerre en cours a sans doute perturbé ces mouvements, détournant l’attention et compliquant les mobilisations. Mais elle a aussi révélé la dépendance du régime à un état de crise permanent comme mode de gouvernance. Qu’il s’agisse de confrontation extérieure, de tensions nucléaires ou de campagnes sécuritaires internes, l’objectif reste le même : fragmenter l’opposition et prolonger le pouvoir autoritaire.

Un autre élément notable est l’exploitation des divisions politiques au sein de l’opposition. Les divergences de discours, notamment parmi les groupes en exil et les anciennes formations politiques, risquent d’affaiblir la cohérence des efforts de résistance. Dans ce contexte, la désinformation et la fragmentation stratégique deviennent des outils qui servent indirectement les intérêts du pouvoir.

Face à cette situation, la responsabilité de la communauté internationale devient de plus en plus pressante. La prudence diplomatique et les approches progressives n’ont pas permis de freiner les violations des droits humains en Iran. Ce qui est désormais nécessaire, c’est un tournant vers la responsabilité :

  • saisir le Conseil de sécurité des Nations unies du dossier iranien
  • engager des poursuites contre les responsables d’exécutions et de tortures
  • reconnaître explicitement le droit du peuple iranien à résister à un régime autoritaire

La dimension morale de cette crise ne peut être ignorée. Comme l’écrivait le poète iranien Nima Yooshij :
« Ô vous qui êtes assis heureux sur le rivage, quelqu’un est en train de se noyer. »

Aujourd’hui, cette image résonne avec une force particulière. La souffrance en Iran n’est pas abstraite ; elle est immédiate, concrète et en constante aggravation.

La question est désormais simple : le monde continuera-t-il d’observer à distance—ou choisira-t-il d’agir avant que la vague de répression n’emporte encore davantage de vies ?