Sacrifier les droits humains en Iran sur l’autel de la diplomatie énergétique

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CSDHI – Alors que le monde reste absorbé par l’accord de paix conclu entre l’Iran et les États-Unis, comptant les jours avant la réouverture du détroit d’Ormuz afin de rétablir le flux mondial de pétrole et d’énergie, la réalité du sacrifice des droits humains apparaît de manière flagrante dans cet accord. Aucune exigence concernant l’arrêt des exécutions, aucun appel à la libération des prisonniers politiques, aucune demande de rendre des comptes pour les massacres, les tueries et les crimes de guerre qui ont coûté la vie à plus de 30 000 personnes, principalement des jeunes Iraniens.

La simple lecture des titres relatifs aux violations des droits humains en Iran exige déjà une grande force morale, sans même entrer dans les détails. Pourtant, du monde dit « civilisé », on n’entend qu’un silence assourdissant et une absence totale d’action.

1. La machine à exécuter ne s’arrête jamais : les droits humains sacrifiés en sept jours

A) Exécutions politiques après l’annonce de l’accord

16 juin : L’agence de presse Mizan a annoncé l’exécution de Javad Zamani et Abolfazl Saedi, deux personnes arrêtées lors des manifestations nationales de décembre 2025 dans la province de Semnan.

Bien que les autorités aient publié une liste d’accusations liées à la sécurité nationale à l’encontre de ces prisonniers politiques, aucune information transparente n’a été rendue publique concernant les interrogatoires, le déroulement de la procédure judiciaire, l’équité du procès ou leur accès à une défense juridique effective.

B) Exécutions liées à des crimes de droit commun en une seule semaine

15 juin : Exécution de onze prisonniers dans sept prisons du pays.

14 juin : Exécution de sept prisonniers ; l’un d’entre eux se trouvait dans le couloir de la mort depuis vingt-six ans. Peut-on imaginer l’agonie qu’il a endurée ?

13 juin : Exécution de onze prisonniers dans quatre prisons.

12 juin : Exécution de trois prisonniers dans les prisons de Bandar Abbas, Mashhad et Dezful.

11 juin : Exécution d’au moins six prisonniers dans les prisons de Maku, Khoy, Ispahan, Chiraz et Shirvan.

10 juin : Exécution de trois prisonniers dans les prisons de Dizel Abad (Kermanshah) et Mahshahr.

9 juin : Exécution de quatre prisonniers dans les prisons de Mashhad, Ispahan et Meshgin Shahr.

Cela représente 45 prisonniers exécutés en une seule semaine ; 45 êtres humains, 45 familles.

Répression des manifestants, étudiants et syndicalistes : criminalisation judiciaire et vide juridique

A) Manifestants et citoyens détenus

  • Six ans de prison et des coups de fouet pour Mehdi Pak-mehr, artiste originaire de Bojnourd et blessé lors des manifestations de janvier 2026.
  • Deux ans de prison pour Pedram Cheraghzadeh, arrêté durant les manifestations de janvier 2026.
  • Six mois de prison pour Zahra (Mahsa) Jamali, également arrêtée lors de ces manifestations.
  • 110 jours d’incertitude judiciaire pour Morteza Arab-Khorasani à la prison de Vakilabad, dont quatorze jours passés en détention totalement au secret.
  • Un an de prison pour Youssef Ansari, membre du secrétariat de l’Association des écrivains d’Iran, pour « propagande contre l’État ».
  • Cinq mois sans aucune nouvelle concernant Soroush Karami, jeune homme de 18 ans originaire de Kermanshah arrêté lors des manifestations de 2025-2026.
  • À Piranshahr, Khaled Hassanzadeh est détenu arbitrairement depuis seize jours sans qu’aucune information ne soit disponible sur son lieu de détention.
  • Le 13 juin, les forces de sécurité ont perquisitionné les domiciles de deux frères, Sardar et Ehsan Rahmani, à Kamyaran ; depuis leur convocation, aucune information n’a été communiquée sur leur sort.

B) Enseignants et militants syndicaux

  • Quinze mois de prison pour Mehdi Fathi, militant syndical enseignant.
  • Mohammad Ali Zahmatkesh, militant syndical de la province de Fars, est maintenu en détention provisoire depuis avril et demeure dans l’incertitude judiciaire.
  • L’ordre de détention de Siamak Sadeghi Chehrazi, militant syndical du Khouzestan, a été prolongé pour un troisième mois consécutif.
  • Masoud Farhikhteh, militant syndical enseignant, qui purge déjà une peine de trois ans, six mois et un jour à la prison centrale de Karaj depuis le 16 septembre 2025, fait désormais l’objet d’une nouvelle procédure judiciaire.
  • Un an de prison pour Iman Shahvandi, enseignant et militant syndical résidant à Pasargad.
  • Kamal Omidi, citoyen de 49 ans, enseignant et directeur d’un institut de langues à Khomein, est détenu depuis environ un mois sans que son sort ne soit clarifié.

C) Étudiants et milieu universitaire

  • Ilya Bakhshayi, étudiant en sciences du sport à l’université de Yazd et arrêté lors des manifestations de janvier, a été condamné à cinq ans de prison.
  • Confirmation d’une peine de deux ans de prison pour Ali Taherikia, étudiant arrêté lors des manifestations de janvier 2026.
  • Pouria Amini, ancien étudiant de l’université de Mashhad, a été condamné à cinq ans de prison après avoir pourtant été initialement acquitté, ce qui soulève de sérieuses inquiétudes quant à l’ingérence des services de sécurité dans le processus judiciaire.
  • Le 1er juin 2026, Abolfazl Chamani, étudiant en mathématiques pures à l’université de Téhéran, a été arrêté par les forces gouvernementales et transféré vers un lieu inconnu. Aucune information n’a été communiquée depuis.
  • Reza Dalman, étudiant en master d’ingénierie informatique à l’Université de technologie Sharif, a été exclu de l’université et interdit d’études dans tous les établissements du pays pendant quatre ans pour avoir suspendu une souris à un tronc d’arbre durant les manifestations.
  • Environ 22 étudiants de l’université Soore font l’objet de sanctions disciplinaires, dont au moins quatre exclusions et plusieurs suspensions temporaires.
  • À l’université Sajjad de Mashhad, dix étudiants ont été sanctionnés par des suspensions universitaires.

D) Femmes détenues

Détenues des manifestations de 2025-2026 à la prison de Langaroud (Qom)

De nouvelles informations obtenues par l’Iran Human Rights Monitor concernant la prison de Langaroud à Qom suscitent de vives inquiétudes quant au sort des femmes arrêtées lors des manifestations nationales de 2025-2026.

Selon ces informations, des centaines de femmes seraient détenues dans le quartier féminin de cette prison, certaines sources avançant même un nombre supérieur aux chiffres officiels.

Une part importante de ces détenues serait composée de jeunes filles, voire de mineures, maintenues dans une situation d’incertitude judiciaire indéfinie.

Et cette liste pourrait encore s’étendre sur plusieurs pages.

3. Pressions structurelles sur les minorités religieuses

  • Mahsa et Mandana Sotoudeh, deux sœurs baha’ies détenues à la prison Adelabad de Chiraz, restent dans l’incertitude judiciaire depuis plus de soixante-dix jours.
  • Pezhman Zare, citoyen baha’i détenu à Adelabad, demeure emprisonné malgré le versement d’une caution.
  • Arrestation d’Ahmed Naeimi, citoyen baha’i à Yazd.

À ces cas pourraient s’ajouter les conditions carcérales, les actes de torture, la liste des personnes actuellement condamnées à mort, celle des prisonniers politiques exécutés depuis le début de la guerre, ainsi que de nombreuses autres violations.

Pourtant, une question demeure.

Pourquoi la répression intérieure en Iran est-elle ignorée ?

Pourquoi le monde a-t-il déployé autant d’efforts pour garantir le maintien de l’ouverture du détroit d’Ormuz, alors qu’aucun effort comparable ni aucune action concrète ne sont entrepris pour mettre fin aux innombrables violations des droits humains en Iran ?

La défense des droits humains universels s’est-elle réduite à un simple discours de façade destiné aux relations publiques ?

Dissocier les intérêts économiques des principes humains dans cet accord envoie un signal dangereux à l’appareil répressif du régime : tant que l’approvisionnement énergétique est assuré, le sacrifice des droits humains et le sort des manifestants, enseignants, étudiants et minorités n’ont aucune valeur dans les négociations diplomatiques.

Cette inaction n’est pas seulement un silence face à l’injustice ; elle constitue une forme de légitimation implicite accordée à un système qui tient les droits fondamentaux de ses citoyens en otage.

Il est temps que la communauté internationale reconnaisse qu’aucune stabilité régionale durable ne pourra être obtenue en détournant le regard de la machine de répression.