OHCHR- GENÈVE – Des experts des Nations unies ont exprimé aujourd’hui leur vive inquiétude concernant les ressortissants britanniques Lindsay et Craig Foreman, qui seraient respectivement en grève de la faim depuis plus de 30 jours et plus de 20 jours alors qu’ils sont détenus à tort en Iran.
Le couple traversait l’Iran à moto avec des visas valides et accompagné d’un guide agréé lorsqu’il a été arrêté par les Gardiens de la révolution iraniens. Accusés d’espionnage – des accusations qu’ils contestent fermement –, ils ont finalement été condamnés à 10 ans de prison plus tôt cette année.
Leur appel aurait été rejeté et ils sont privés de tout contact avec leurs familles depuis début mai. Les autorités continuent également de leur refuser les visites consulaires britanniques.
« Lindsay et Craig Foreman ne devraient pas être en prison », ont déclaré les experts.
« Ils semblent avoir été détenus arbitrairement, poursuivis sur la base d’accusations hautement contestables et condamnés à l’issue de procédures ne respectant pas les garanties fondamentales d’un procès équitable. »
Une urgence médicale
Les experts ont souligné que la grève de la faim du couple représente désormais un danger immédiat pour leur santé et leur vie.
« Après 30 jours sans nourriture, il s’agit d’une urgence médicale », ont-ils déclaré.
« Les autorités iraniennes doivent garantir un accès immédiat à des soins médicaux indépendants, protéger leur dignité et leur bien-être, et rétablir sans délai leurs droits, notamment le contact avec leurs familles et leurs représentants consulaires. »
Soupçons de « diplomatie des otages »
Dans une communication adressée à la République islamique d’Iran et rendue publique cette semaine, les experts ont exprimé de sérieuses préoccupations quant au fait que la détention des Foreman s’inscrive dans une pratique plus large consistant à arrêter arbitrairement des ressortissants étrangers sur la base d’accusations fabriquées ou non étayées afin d’obtenir un avantage politique ou diplomatique.
« Les êtres humains ne doivent jamais être utilisés comme des pions dans les relations entre États », ont-ils affirmé.
« La détention arbitraire de ressortissants étrangers à des fins de pression politique ou diplomatique dénature les relations internationales et peut constituer une prise d’otages au regard du droit international. »
Les experts ont rappelé que la prise d’otages est interdite par la Convention internationale contre la prise d’otages, à laquelle l’Iran est partie.
Ils ont également averti que la prise d’otages peut constituer une forme de torture psychologique ou un traitement cruel, inhumain ou dégradant, y compris pour les familles plongées dans une angoisse et une incertitude prolongées.
De graves irrégularités judiciaires
Selon les experts, la procédure engagée contre Lindsay et Craig Foreman a été marquée par de nombreuses irrégularités :
- absence présumée de preuves crédibles ;
- impossibilité de choisir librement leur avocat ;
- barrières linguistiques ;
- absence de garanties de procédure régulière ;
- manquements au droit à un procès équitable ;
- allégations de torture ou de mauvais traitements lors des interrogatoires.
« Il ne s’agit pas de simples défauts de procédure », ont-ils souligné.
« Ces problèmes remettent en cause la légalité de l’arrestation, la crédibilité de l’accusation et la validité même des condamnations. Les dossiers devraient être réexaminés, les condamnations annulées et les Foreman libérés. »
Conditions de détention préoccupantes
Les experts se sont également déclarés alarmés par les informations faisant état :
- de conditions de détention difficiles ;
- d’une séparation prolongée du couple ;
- de l’absence de contact avec leurs familles ;
- du refus d’accès consulaire ;
- des conséquences physiques et psychologiques de leur détention.
« La priorité immédiate est de maintenir Lindsay et Craig Foreman en vie et en bonne santé », ont-ils déclaré.
« Mais il ne faut pas perdre de vue l’injustice plus large : deux personnes entrées légalement en Iran comme simples voyageurs risquent aujourd’hui dix années de prison dans des circonstances qui soulèvent de graves préoccupations quant à une détention arbitraire et à une possible prise d’otages par l’État. »
Appel à leur libération
Les experts ont demandé aux autorités iraniennes de respecter leurs obligations internationales et de libérer Lindsay et Craig Foreman sans délai.
Ils ont également exhorté le gouvernement britannique à utiliser tous les moyens diplomatiques disponibles pour obtenir leur libération.
Les experts signataires
- Alice Jill Edwards, rapporteuse spéciale sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;
- Mai Sato, rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme dans la République islamique d’Iran.
Ces experts font partie des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Ils exercent leurs fonctions à titre indépendant, ne sont pas employés par l’ONU et ne reçoivent aucun salaire pour leur travail. Leurs opinions n’engagent pas officiellement les Nations unies.


