Le massacre des prisonniers à la prison de Dastgerd à Ispahan : une nécessité urgente d’une action internationale

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CSDHI – Sur la base des témoignages recueillis auprès de témoins oculaires, d’anciens détenus et de familles de prisonniers, le massacre de prisonniers survenu le 31 mars 2026 à la prison de Dastgerd, à Ispahan, constitue de graves violations du droit à la vie, de l’interdiction absolue de la torture et des autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, du droit aux soins médicaux, du droit des familles à connaître la vérité ainsi que du droit à une enquête indépendante et effective.

Selon les témoignages rassemblés, la crise à la prison de Dastgerd a été déclenchée lorsque des projectiles ont frappé une caserne militaire située directement derrière l’enceinte de la prison, ainsi que plusieurs parties de l’établissement pénitentiaire lui-même. Toutefois, ce qui transforme ce massacre de prisonniers en une grave crise des droits humains ne réside pas uniquement dans les explosions et l’incendie qui a suivi, mais dans la réponse catastrophique et violente des autorités à l’égard des prisonniers.

Les détenus qui ont quitté leurs cellules au milieu d’un épais nuage de fumée, de poussière, des flammes et de la crainte imminente de l’effondrement des bâtiments n’ont pas été évacués vers une zone sécurisée ; ils ont au contraire été confrontés à un dispositif d’encerclement, à des barrages armés, à des tirs à balles réelles, à des tirs de chevrotine, à des gaz lacrymogènes, à de violents passages à tabac, puis placés en isolement disciplinaire.

Afin d’établir les responsabilités, le présent rapport reconstitue minutieusement la chronologie des événements à partir des témoignages recueillis : l’impact des projectiles, l’abandon de leurs postes par le personnel pénitentiaire, la sortie des détenus de leurs quartiers, leurs appels désespérés pour que les issues de secours soient ouvertes, le refus des autorités de répondre à ces demandes, le déploiement des forces de l’Unité spéciale, les tirs indiscriminés contre les prisonniers, la fuite désespérée de détenus cherchant refuge dans des zones déjà en flammes, la mort de nombreux prisonniers par le feu ou par balles, l’évacuation massive des corps, le silence imposé aux familles, le transfert des survivants vers un quartier disciplinaire de haute sécurité, les actes de torture et les privations systématiques après les faits, ainsi que la fabrication de nouvelles accusations judiciaires contre les survivants.

Le début du massacre de prisonniers : frappes de projectiles, incendie et abandon des quartiers

Des témoins indiquent que le 31 mars 2026 (11 Farvardin 1405), dans le contexte des affrontements militaires en cours, une caserne militaire située derrière la prison de Dastgerd à Ispahan a été visée par des frappes aériennes. Simultanément, deux projectiles ont frappé l’intérieur du complexe pénitentiaire : l’un a touché les quartiers des soldats, tandis que l’autre est tombé près du mur arrière de l’établissement, à proximité d’un secteur hautement sécurisé lié au ministère du Renseignement, que les détenus désignent sous le nom d’« ALFETA ». La puissance des explosions a arraché des panneaux de plafond et des portes dans plusieurs quartiers de la prison, tandis que des éclats ont atteint l’atelier textile de l’établissement, provoquant un important incendie dans cette zone.

À la suite des explosions, les détenus rapportent que les gardiens des miradors ainsi qu’une grande partie du personnel pénitentiaire ont abandonné leurs postes, laissant les grilles de sécurité sans surveillance. Convaincus que le bâtiment allait s’effondrer ou que les flammes allaient envahir leurs cellules, les prisonniers ont quitté leurs quartiers afin de sauver leur vie. Les détenus du quartier de consultation n° 4 sont sortis les premiers, rapidement suivis par les prisonniers des unités 1 et 2, qui se sont regroupés dans le couloir central. Les témoignages confirment que leur principale revendication était l’ouverture immédiate des accès vers la cour voisine afin d’échapper à la fumée suffocante, à la poussière et à l’incendie qui progressait.

Les témoins insistent sur le fait que la sortie des prisonniers, à ce stade, ne constituait pas une émeute organisée, mais une réaction instinctive destinée à sauver leur vie face à un danger immédiat. L’accumulation de fumée, l’épaisse poussière provoquée par les débris et le fracas assourdissant des explosions ont déclenché un mouvement de panique généralisé. Au cours de brefs appels téléphoniques passés à leurs proches durant ces premières heures, plusieurs détenus ont fait état de graves difficultés respiratoires et d’une totale incertitude quant à la stabilité des bâtiments.

Encerclement de la prison et intervention des forces de l’Unité spéciale

Alors que la panique gagnait l’intérieur de l’établissement, les forces de l’Unité spéciale, qui auraient été déployées autour du périmètre de la prison ainsi que dans la zone du Jihad agricole située en face depuis le conflit militaire de douze jours de mai/juin 2025, ont encerclé le complexe pénitentiaire. Selon les témoins, ces forces lourdement armées ont ordonné aux prisonniers, par la porte n° 36, de regagner leurs quartiers respectifs. Or, le feu et les fumées toxiques progressant rapidement derrière eux, retourner dans des cellules envahies par la fumée revenait à s’exposer à une mort certaine.

Les familles, qui s’étaient précipitées aux abords de la prison, profondément inquiètes pour leurs proches, ont décrit un imposant dispositif militaire. Les forces du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), de l’Unité spéciale et des forces de l’ordre ont totalement bouclé tous les accès ainsi que l’autoroute longeant la prison. Jusqu’aux premières heures de la matinée suivante, les explosions, les tirs nourris ainsi que les cris et les hurlements de souffrance des prisonniers continuaient de résonner à l’intérieur de l’établissement. Les familles se sont vu interdire strictement d’approcher du périmètre, de poser des questions ou d’obtenir la moindre information vérifiée sur le sort des détenus.

Tirs indiscriminés, gaz lacrymogènes et violences meurtrières contre les détenus

L’escalade décisive vers une répression meurtrière s’est produite lorsque les forces de l’Unité spéciale ont pénétré à l’intérieur de la prison. Au lieu de diriger les détenus en détresse vers des zones de rassemblement sécurisées ou de mettre en place des couloirs d’évacuation d’urgence, ces forces ont utilisé des munitions réelles, de la chevrotine, d’importantes quantités de gaz lacrymogène et une violence physique extrême afin de repousser les prisonniers vers l’intérieur.

Les témoins oculaires racontent que les tirs étaient si incessants que « les êtres humains tombaient comme la pluie ». De nombreux prisonniers ont été abattus alors qu’ils tentaient de fuir, tandis que d’autres, déjà blessés et immobilisés au sol, auraient été tués par de nouveaux tirs à bout portant ou par de violents passages à tabac.

Selon un témoignage particulièrement détaillé, si des tensions localisées existaient entre certains détenus et les gardiens avant l’arrivée de l’Unité spéciale, la nature même des événements a radicalement changé dès que cette unité est entrée dans la prison, se transformant en une fusillade de masse contre des prisonniers non armés.

Dans une tentative désespérée d’échapper aux tirs, des groupes de détenus se sont dirigés vers des secteurs déjà envahis par les flammes ; un grand nombre d’entre eux ont cherché refuge à l’intérieur du grand hall de la prison, qui commençait lui aussi à brûler. Les autorités auraient délibérément verrouillé les portes de sortie du hall depuis l’extérieur, piégeant les prisonniers à l’intérieur du bâtiment en flammes et provoquant de nombreux décès dus à l’incendie et à l’inhalation de fumée.

Les témoins indiquent en outre qu’un très grand nombre de prisonniers blessés, après avoir été touchés par balles ou rendus incapables de se déplacer, auraient subi de nouvelles agressions à l’aide de matraques, de câbles, de pistolets à impulsion électrique, de gourdins en bois, d’objets métalliques et d’armes blanches. Ces violences se seraient poursuivies jusqu’à l’aube.

Un ancien détenu ayant survécu à ces événements a déclaré avoir extrait plusieurs corps ensevelis sous des amas de cadavres. Il affirme avoir notamment assisté à la mort d’un prisonnier qui a succombé à une blessure par balle réelle sur le flanc, à de multiples impacts de chevrotine dans le bas de l’abdomen, à de profondes lacérations de la tête et du cou ainsi qu’à une section du tendon d’Achille.

Morts dans les flammes, asphyxie et évacuation massive des corps

Une part importante des décès n’a pas seulement été causée par les tirs directs, mais également par les brûlures provoquées par l’incendie et par une grave inhalation de fumée. Les détenus qui avaient cherché refuge dans le grand hall de la prison et dans les secteurs voisins afin d’échapper aux tirs se sont retrouvés piégés par la progression des flammes. Selon un témoignage particulièrement bouleversant, après l’entrée des prisonniers dans le hall, les portes de sortie auraient été volontairement verrouillées de l’extérieur, laissant les personnes enfermées périr dans l’incendie.

Le degré de destruction thermique de plusieurs corps était si important que les familles ont indiqué qu’il était devenu impossible d’identifier les victimes autrement qu’au moyen d’analyses ADN et de prélèvements génétiques effectués sur leurs parents.

Des divergences subsistent quant au nombre exact de victimes, en raison de l’absence totale de transparence de la part des autorités. Un témoin affirme que le nombre de morts dépasse largement tous les chiffres officiels et l’estime à environ 200 personnes. Un autre témoin rapporte que le 1er avril 2026, environ 250 corps ont été chargés à l’arrière d’un camion utilitaire Mercedes-Benz orange avant d’être évacués hors de l’enceinte de la prison.

Dans la nuit du 2 avril 2026 (13 Farvardin), des corps gravement gonflés, blessés et défigurés auraient été transférés vers l’Organisation de médecine légale (service officiel du médecin légiste) afin d’y être traités.

La vérification de ces chiffres exige avant tout les témoignages libres de toute contrainte des détenus et des survivants eux-mêmes, ainsi qu’une enquête indépendante, un accès au registre officiel de la prison, aux registres des ambulances, aux rapports médico-légaux, aux images de vidéosurveillance et aux témoignages non contraints du personnel pénitentiaire.

Les familles : disparitions forcées, intimidation et privation du droit au deuil

Dès le jour des événements, les familles ont été soumises à un véritable blackout informationnel.

Selon leurs témoignages, jusqu’au 7 avril 2026, aucune information vérifiable concernant l’identité des morts, des blessés ou des survivants ne leur a été communiquée. À la place, les autorités leur auraient affirmé à tort que leurs proches avaient été placés à l’isolement.

Les familles présentes à l’extérieur de la prison pendant l’assaut rapportent avoir entendu, durant de longues heures, les cris de douleur et les gémissements des prisonniers provenant de l’intérieur de l’établissement. Certaines ont décrit ces sons comme « le bruit d’êtres humains en train d’être massacrés ».

Dans de nombreux cas, les familles se sont vu refuser le droit :

  • de voir les corps des personnes décédées ;
  • de documenter leurs blessures ;
  • d’organiser des cérémonies commémoratives indépendantes.

Dans un cas documenté, le corps d’une victime avait été tellement consumé par les flammes que seules les plantes de ses pieds étaient restées intactes. Malgré cet état dramatique, sa famille n’a pas été autorisée à lui rendre visite à l’hôpital avant son décès, et son corps lui a ensuite été refusé après sa mort.

Les autorités se sont contentées d’informer la famille de l’existence d’un lieu d’inhumation éloigné.

Plusieurs familles déclarent être restées pendant plusieurs semaines sans connaître le lieu d’enterrement de leurs proches ou avoir été empêchées d’assister aux funérailles sous la menace d’une arrestation.

Répression après l’écrasement du mouvement : le quartier spécial, l’isolement disciplinaire et la privation de soins

Après la répression du mouvement, les forces de sécurité ont isolé des dizaines de survivants en les désignant comme les « instigateurs » des événements.

Selon des informations internes, une liste de 75 prisonniers aurait été établie, et ces détenus auraient été transférés dans un quartier spécial soumis à un régime de sécurité extrêmement strict.

Les proches rapportent que cinq personnes appartenant à ce groupe sont décédées peu après leur transfert. Si les autorités ont officiellement enregistré leur décès comme résultant « d’une inhalation de fumée lors de l’incendie », les familles affirment qu’elles ont en réalité été exécutées par balles par les gardiens de prison.

Un autre rapport confirme que près de 300 détenus, issus de différents quartiers, ont été transférés dans ce quartier spécial dès le lendemain du massacre.

Les prisonniers transférés dans cette unité auraient été détenus pendant près d’un mois :

  • sans accès au téléphone ;
  • totalement coupés du monde extérieur ;
  • avec des rations alimentaires insuffisantes et de mauvaise qualité ;
  • privés des conditions d’hygiène les plus élémentaires.

Certains survivants auraient subi plusieurs heures de torture alors qu’ils étaient ligotés aux mains et aux pieds et avaient les yeux bandés.

Plusieurs mois après les faits, des informations vérifiées indiquent que le quartier de consultation n° 4 ainsi que l’unité de quarantaine n° 10 restent soumis à des mesures disciplinaires particulièrement sévères.

Les médicaments indispensables aux détenus souffrant de maladies chroniques leur seraient systématiquement refusés. Par ailleurs, les médicaments achetés par les familles et déposés à l’entrée de la prison n’atteindraient jamais les prisonniers auxquels ils étaient destinés.

Fabrication de procédures judiciaires, imputation des dégâts matériels et exécutions de représailles

À la suite du massacre, des témoins affirment que le parquet ainsi que des agents du ministère du Renseignement ont activement cherché à rendre les prisonniers responsables des importants dégâts matériels causés par les projectiles, l’explosion du dépôt de munitions et les incendies qui en ont résulté.

Dans le but apparent de leur faire supporter le coût des réparations, l’appareil judiciaire aurait ouvert plusieurs dossiers pénaux fabriqués de toutes pièces contre les détenus survivants, dressant ce que les témoins décrivent comme « une longue liste d’accusations sécuritaires inventées ».

Cette pratique, qui viserait clairement à transférer la responsabilité des événements de l’État vers les victimes elles-mêmes tout en punissant les survivants, nécessite une révision juridique indépendante dans les plus brefs délais.

Par ailleurs, plusieurs familles ainsi que d’anciens codétenus ont signalé l’exécution de plusieurs prisonniers dans les mois ayant suivi les événements, affirmant que ces exécutions constituaient des représailles directement liées aux faits survenus à la prison de Dastgerd.

Le cas de Reza Pedram Asivand, exécuté peu après ces événements, est particulièrement cité.

Les autorités judiciaires ont officiellement indiqué qu’il avait été exécuté pour des infractions antérieures liées aux stupéfiants.

Toutefois, les témoins affirment que les accusations de trafic de drogue portées contre lui n’avaient pas encore fait l’objet d’une décision judiciaire définitive et que son exécution aurait été accélérée en représailles de son rôle et de sa présence lors des événements de Dastgerd.

Cette affirmation souligne la nécessité impérative d’un examen indépendant de son dossier judiciaire, du déroulement de sa procédure, de son accès à une défense juridique ainsi que de la validité d’éventuels aveux obtenus sous la contrainte.

Situation actuelle à la prison de Dastgerd à Ispahan

Les informations réunies dans le présent rapport dressent un tableau particulièrement sombre de la situation actuelle à la prison de Dastgerd, où les détenus sont confrontés simultanément à plusieurs crises majeures :

  • une surpopulation carcérale extrême ;
  • un manque critique de lits obligeant de nombreux prisonniers à dormir sur le sol en béton ;
  • un accès limité aux vêtements de saison les plus élémentaires ;
  • des rations alimentaires insuffisantes et de mauvaise qualité ;
  • une négligence médicale systématique ;
  • des contacts très fortement restreints avec les familles ;
  • une surveillance permanente exercée par les services de renseignement ;
  • de violentes mesures disciplinaires à l’encontre de toute plainte formulée de manière pacifique.

À ces difficultés s’ajoutent des informations constantes faisant état de violences physiques dans les cellules d’isolement, du recours fréquent par les gardiens à des insultes humiliantes et déshumanisantes ainsi que d’une intense guerre psychologique contre les détenus.

Par ailleurs, l’arrivée de centaines de personnes arrêtées lors des manifestations nationales de janvier 2026 (Dey 1404) a porté la population carcérale bien au-delà de la capacité prévue de l’établissement, aggravant encore l’ensemble de ces violations.

Compte tenu de la gravité de ces abus persistants, il est demandé que des organismes indépendants de contrôle puissent accéder sans délai à la prison afin d’enquêter sur les plaintes, d’examiner les informations contenues dans le présent rapport et de garantir le respect des droits des détenus.

Méthodologie et niveau de preuve

Le présent rapport est établi à partir :

  • de témoignages vérifiés de témoins oculaires ;
  • d’informations détaillées recueillies auprès d’anciens prisonniers politiques ;
  • de déclarations directes des familles des victimes ;
  • d’informations structurelles sorties clandestinement de la prison de Dastgerd.

Compte tenu du climat de répression sécuritaire extrême, de la coupure quasi totale des communications, de la profonde crainte des témoins de subir des représailles de la part des autorités ainsi que de l’absence complète d’accès aux documents publics officiels, tous les efforts possibles ont été déployés afin de rendre public ce massacre et d’en informer l’opinion dans le cadre du présent rapport.

La cohérence remarquable des témoignages indépendants, qui décrivent tous les mêmes éléments — notamment les impacts des projectiles, l’incendie qui s’est ensuivi, la sortie non violente des détenus cherchant à sauver leur vie, l’assaut tactique de l’Unité spéciale, les tirs de masse, les passages à tabac ultérieurs, l’évacuation clandestine des corps et les intimidations exercées contre les familles endeuillées — constitue un niveau de preuve hautement crédible qui justifie une intervention internationale immédiate.

Le présent document constitue donc une demande officielle visant à assurer la préservation des preuves et à ouvrir une enquête indépendante exhaustive.

Cadre juridique international applicable

Les personnes privées de liberté, parce qu’elles sont placées sous la garde et le contrôle absolus de l’État, bénéficient d’un niveau particulièrement élevé de protection juridique.

Le droit à la vie, l’interdiction absolue de la torture ainsi que des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, le droit à un traitement humain durant la détention et le droit aux soins médicaux constituent des normes impératives du droit international des droits humains auxquelles aucune dérogation n’est permise.

En vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), auquel l’Iran est partie, nul ne peut être arbitrairement privé de la vie, et l’État est soumis à l’obligation absolue de prévenir les décès prévisibles et évitables survenant en détention.

Les Règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus (Règles Nelson Mandela) prévoient explicitement que tous les prisonniers doivent être traités avec le respect dû à la dignité inhérente à tout être humain.

Elles garantissent notamment :

  • l’accès aux soins médicaux nécessaires ;
  • le maintien des contacts avec les familles ;
  • l’interdiction des punitions collectives ;
  • l’interdiction des violences physiques ;
  • l’interdiction des mesures disciplinaires dégradantes.

Les faits rapportés à la prison de Dastgerd — notamment le refus de fournir des médicaments, le placement à l’isolement à titre de sanction, l’interdiction des contacts familiaux et les violences exercées contre des personnes déjà blessées — constituent, selon le rapport, des violations manifestes de ces normes internationales.

En outre, l’interdiction de la torture est absolue et universelle.

Aucune situation d’urgence, aucun état de guerre, aucune menace contre la sécurité nationale et aucun ordre émanant d’un supérieur hiérarchique ne peuvent être invoqués pour justifier la torture.

Lorsque des indices crédibles font apparaître des massacres, des actes de torture ou des décès suspects en détention, le droit international impose à la communauté internationale d’ouvrir immédiatement une enquête indépendante et impartiale afin d’établir la vérité, de protéger les témoins contre les représailles et de traduire les responsables devant une juridiction indépendante.

Analyse juridique fondée sur les faits documentés : violation du droit à la vie et recours illégal à la force meurtrière

Les prisonniers étant entièrement placés sous la garde de l’État, la responsabilité juridique de protéger leur vie incombait pleinement à l’administration pénitentiaire ainsi qu’aux forces de sécurité intervenantes.

L’utilisation de munitions réelles contre des détenus qui tentaient de fuir, l’exécution de blessés immobilisés, le verrouillage délibéré des issues de secours ainsi que l’abandon de prisonniers dans un bâtiment en flammes constituent des privations arbitraires et catastrophiques du droit à la vie.

Conformément à l’Observation générale n° 36 du Comité des droits de l’homme des Nations unies relative à l’article 6 du PIDCP, le droit à la vie est le droit suprême auquel aucune dérogation n’est admise et qui impose aux États l’obligation d’enquêter, en toute transparence, sur chaque décès provoqué par l’État ou qu’il aurait pu prévenir.

Résumé des constatations documentées

  • La sortie des prisonniers hors de leurs cellules résultait uniquement d’une réaction spontanée et instinctive destinée à sauver leur vie face aux explosions, à la fumée et à l’incendie. Elle doit être appréciée juridiquement uniquement dans ce contexte.
  • Au lieu d’organiser une évacuation d’urgence en toute sécurité, les autorités ont déployé l’Unité spéciale ainsi que des forces paramilitaires, qui ont utilisé des fusils automatiques, de la chevrotine, des gaz lacrymogènes et une violence physique extrême pour réprimer les détenus.
  • Les décès sont survenus par plusieurs mécanismes imputés à l’action des autorités : blessures par balles, brûlures thermiques graves, asphyxie provoquée par le verrouillage des sorties, traumatismes mortels résultant des passages à tabac ainsi que refus délibéré de fournir les premiers soins d’urgence.
  • L’évacuation nocturne des corps à l’aide de véhicules utilitaires, le blackout imposé aux familles, les restrictions concernant l’identification des victimes, l’interdiction de photographier les corps dans un cadre médico-légal ainsi que les enterrements secrets imposés constituent, selon le rapport, un schéma systématique de dissimulation des faits et de destruction des preuves.
  • Le transfert punitif de dizaines, voire de centaines de survivants vers le quartier spécial, leur isolement complet ainsi que le refus de leur fournir nourriture et médicaments essentiels démontrent que la répression s’est poursuivie longtemps après la fin des tirs.
  • Le recours à l’appareil judiciaire afin de faire supporter aux victimes le coût des dégâts matériels au moyen d’accusations sécuritaires fabriquées de toutes pièces nécessite une enquête internationale indépendante immédiate.

Demandes spécifiques adressées au Rapporteur spécial et aux mécanismes des Nations unies

Compte tenu de l’extrême gravité et de l’ampleur des atrocités décrites, le présent appel est adressé directement aux organismes suivants, afin qu’ils prennent des mesures fermes et résolues :

Mécanismes des Nations unies relatifs aux droits de l’homme

  • Mme Mai Sato, Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme en République islamique d’Iran ;
  • le Rapporteur spécial sur la torture ;
  • le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ;
  • ainsi que les autres titulaires de mandat compétents.

Organisations internationales non gouvernementales

  • Amnesty International ;
  • ainsi que l’ensemble des organisations internationales de défense des droits humains.

Cette affaire appelle une réponse internationale immédiate, publique et vérifiable ; le silence n’est pas une option.

Par conséquent, les demandes urgentes suivantes doivent être inscrites sans délai à l’agenda international :

  • Que la Rapporteuse spéciale sur l’Iran et le Rapporteur spécial sur la torture adressent immédiatement un appel urgent conjoint et une communication officielle au gouvernement de la République islamique d’Iran concernant les événements survenus à la prison de Dastgerd.
  • Que le gouvernement iranien soit contraint de publier immédiatement un registre complet et vérifié de l’ensemble des prisonniers décédés, blessés, placés à l’isolement, de nouveau arrêtés ou nouvellement poursuivis dans le cadre de la répression ayant suivi les événements.
  • Que les autorités iraniennes soient tenues de préserver et de mettre à la disposition d’enquêteurs indépendants l’ensemble des enregistrements de vidéosurveillance, tant à l’intérieur qu’aux abords de la prison, les registres médicaux internes, les rapports d’autopsie établis par les services médico-légaux de l’État, les registres de transfert des corps vers les morgues, les registres des ambulances ainsi que les listes de service de l’Unité spéciale et des forces du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) présentes sur les lieux.
  • Qu’une enquête indépendante, impartiale et effective soit immédiatement ouverte sur :
    • le recours illégal à la force meurtrière ;
    • les décès causés par les brûlures et l’asphyxie ;
    • les allégations de torture ;
    • le refus de soins médicaux ;
    • les actes d’intimidation systématique exercés contre les familles.
  • Que des garanties de protection internationale immédiates soient accordées à tous les témoins survivants, aux familles des victimes, aux informateurs internes et aux membres du personnel pénitentiaire détenant des témoignages ou des éléments de preuve.
  • Que les familles puissent avoir un accès libre et sans entrave à des informations exactes, aux certificats de décès authentiques, aux rapports d’autopsie non censurés, à la restitution des corps de leurs proches ainsi qu’au droit d’organiser publiquement les cérémonies religieuses de deuil sans craindre des poursuites judiciaires, des intimidations ou une arrestation.
  • Que tous les détenus actuellement placés à l’isolement disciplinaire ou transférés dans le quartier spécial bénéficient immédiatement d’un accès sans restriction à des médecins indépendants, aux médicaments prescrits, à une assistance juridique ainsi qu’aux communications téléphoniques avec leurs familles.
  • Que cessent immédiatement toutes les poursuites judiciaires de représailles fondées sur des aveux obtenus sous la torture, sous la contrainte ou en violation des garanties d’une procédure régulière et d’un procès équitable.
  • Que la communauté internationale, notamment le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH), la Rapporteuse spéciale sur l’Iran, le Rapporteur spécial sur la torture, le Groupe de travail sur la détention arbitraire ainsi que les mécanismes compétents en matière d’exécutions extrajudiciaires, inscrivent la crise de la prison de Dastgerd parmi leurs priorités urgentes.

Épilogue : la nécessité d’agir plutôt que de se limiter à exprimer sa préoccupation

Les atrocités documentées à la prison de Dastgerd, à Ispahan, risquent, si elles ne donnent lieu à aucun mécanisme international de reddition des comptes, de devenir un nouvel épisode du cycle récurrent de violence de l’État : massacre, déni absolu, intimidation systématique des familles et impunité institutionnelle totale.

La communauté internationale ne peut se permettre d’attendre que les scènes du crime soient définitivement altérées, que les enregistrements de vidéosurveillance soient détruits, que les témoins disparaissent ou que les survivants grièvement blessés succombent à leurs blessures dans l’isolement.

Chaque jour de retard de la communauté internationale accroît le risque de voir disparaître définitivement la vérité.

La Rapporteuse spéciale des Nations unies, les titulaires des mandats thématiques, les États membres du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, les organisations internationales non gouvernementales ainsi que les agences de presse internationales sont invités à considérer la crise de la prison de Dastgerd comme un dossier actif et urgent en matière de droits humains.

Des pressions diplomatiques et juridiques doivent être exercées afin de garantir la préservation des preuves médico-légales, de protéger les familles particulièrement vulnérables et de créer les conditions nécessaires pour que les auteurs de ces faits ainsi que les hauts responsables qui ont autorisé ce massacre puissent être poursuivis en justice.

Les victimes, leurs familles ainsi que les survivants profondément traumatisés ont besoin de bien davantage que de simples déclarations de compassion.

Ils ont besoin de la vérité, de la justice, d’une prise en charge médicale immédiate, d’une protection juridique effective et de garanties concrètes que de tels événements ne puissent plus jamais se reproduire.