De nouvelles informations de la prison Adel-Abad de Chiraz font état d’une montée des pressions exercées sur les détenus, d’une grave pénurie alimentaire, de conditions de vie dégradées et de la violation persistante du principe de séparation des catégories de détenus. Selon ces informations, des prisonniers politiques du quartier de haute sécurité n° 14 sont détenus aux côtés de membres de Daech, tout en étant soumis à de sévères restrictions en matière de moyens de subsistance, d’hygiène et de communication. Le présent rapport examine la situation actuelle de la prison ainsi que sa structure sécuritaire et son historique administratif.
Nouveau rapport sur le quartier de sécurité n° 14
Selon les informations les plus récentes, 44 prisonniers politiques sont actuellement détenus dans l’unité 14, le quartier de sécurité de la prison Adel-Abad de Chiraz.
Des sources bien informées indiquent que ces détenus politiques sont incarcérés directement aux côtés de condamnés ou d’individus poursuivies dans des affaires liées à Daech. Militants des droits humains et experts juridiques considèrent cette situation comme une violation flagrante du principe de séparation des catégories de détenus. Conformément au règlement de l’Organisation iranienne des prisons, les détenus doivent être classés et séparés selon la nature de l’infraction, leur situation judiciaire et le type de dossier. Toutefois, les informations recueillies confirment que cette règle n’est pas respectée dans l’unité 14.
Privations alimentaires : les détenus survivent avec des rations réduites de moitié
Les rapports reçus indiquent une détérioration drastique de l’approvisionnement alimentaire au sein de l’établissement.
Selon des sources internes à la prison, la quantité de nourriture préparée et distribuée dans l’unité 14 est largement insuffisante. Les rations destinées à nourrir environ 50 personnes suffisent à peine pour 25 détenus, laissant une part importante des détenus confrontée quotidiennement à la faim.
Outre l’insuffisance quantitative, la qualité des repas est extrêmement médiocre. Pour survivre, de nombreux prisonniers sont contraints d’acheter à leurs frais des produits alimentaires bruts à l’économat de la prison et de préparer eux-mêmes leurs repas. Or, les produits vendus à l’économat sont de mauvaise qualité et à des prix élevés. Cette situation impose une lourde charge financière aux familles des détenus, dont beaucoup sont déjà confrontées à de graves difficultés économiques.
Pressions psychologiques et rôle des responsables judiciaires
Au-delà des privations matérielles et physiques, les détenus signalent être soumis à des pressions psychologiques systématiques.
Les rapports désignent Rouhollah Rezai-Dana, directeur de la prison Adel-Abad, et Mirhaji, procureur et responsable de l’exécution des peines, comme les principaux responsables de ces conditions particulièrement éprouvantes. Selon les sources, un climat délibérément tendu est maintenu dans l’établissement, laissant les détenus dans une inquiétude permanente face au risque de transferts disciplinaires soudains, de fouilles inopinées, de l’exécution des peines ou encore du rejet arbitraire de demandes administratives élémentaires.
Adel-Abad : l’un des établissements pénitentiaires les plus sécurisés d’Iran
Ces dernières décennies, la prison Adel-Abad a acquis la réputation d’être l’un des centres de détention les plus sécurisés et les plus fortement surveillés d’Iran.
Construite il y a plus d’un demi-siècle, cette prison avait initialement été conçue pour accueillir un nombre limité de détenus. Avec le temps, cependant, sa population carcérale a atteint plusieurs fois sa capacité théorique. L’extension progressive de divers quartiers, la création de zones de sécurité isolées ainsi que l’arrivée de dissidents politiques, de détenus pour des affaires de sécurité nationale, de condamnés à mort et de criminels violents ont transformé l’établissement en une forteresse carcérale complexe et surpeuplée.
Unité 14 : le regroupement des dissidents
À la suite de la mise en œuvre, en 2016, d’une directive relative à la classification des détenus, l’unité de sécurité n° 14 a été désignée comme principal quartier pour les prisonniers politiques et les personnes détenues pour des affaires de sécurité.
Séparé du reste de la prison par des murs renforcés et des accès sécurisés, ce quartier est soumis à des contrôles stricts et à des règles disciplinaires particulières. Bien que sa création ait théoriquement visé à appliquer l’obligation légale de séparation des différentes catégories de détenus, les informations récentes démontrent que ce principe a été abandonné. La cohabitation de dissidents politiques avec des individus à haut risque et liés à Daech a suscité de graves préoccupations concernant la sécurité et l’intégrité physique des prisonniers politiques qui y sont détenus.
Surpopulation et dégradation des infrastructures
Bien que la prison Adel-Abad ait fait l’objet d’extensions, le rythme des incarcérations a constamment dépassé les capacités structurelles de l’établissement.
Des études antérieures indiquent que plusieurs quartiers fonctionnent avec un nombre de détenus largement supérieur à leur capacité prévue. Dans de nombreuses cellules collectives, le nombre de prisonniers excède de loin le nombre de lits disponibles, contraignant certains détenus à dormir à même le sol, dans les couloirs ou à proximité des sanitaires communs. Cette surpopulation chronique limite considérablement l’accès à l’hygiène, à l’eau potable et à un espace de vie minimal, aggravant directement la crise alimentaire actuelle ainsi que la dégradation des conditions de sécurité au sein de la prison.



