OHCHR, GENÈVE – Des experts de l’ONU* ont aujourd’hui condamné les condamnations à mort prononcées contre 12 jeunes hommes pour leur participation aux manifestations de janvier 2026, et ont appelé à une cessation immédiate des exécutions.
« Condamner 12 personnes à mort lors d’une seule audience, tenue à huis clos, sans qu’il soit clairement établi la responsabilité individuelle de chacun des accusés, constitue une violation des garanties reconnues en matière de procès équitable », ont déclaré les experts.
Les jeunes hommes, âgés de la fin de l’adolescence au début de la vingtaine, auraient été arbitrairement privés de leur liberté. Certains auraient été victimes de disparitions forcées, de mauvais traitements et accusés d’avoir participé au meurtre de quatre membres des forces de sécurité, ainsi qu’à des actes d’incendie volontaire et de vandalisme lors des manifestations du 8 janvier 2026 sur la place Shahid Alikhani, à Ispahan, sur la base d’aveux diffusés à la télévision. Les charges retenues contre eux demeurent floues, les audiences du Tribunal révolutionnaire se tenant à huis clos et les jugements n’étant pas rendus publics.
Le 19 juillet 2026, deux de ces jeunes hommes ont été exécutés, faisant craindre pour le sort des dix autres.
Parmi les personnes menacées d’une exécution imminente figure Shervin Bagherian Jebeli, qui venait tout juste d’avoir 18 ans quelques jours avant son arrestation. Moins d’une semaine plus tard, avant même l’ouverture de son procès, la télévision d’État a diffusé une vidéo dans laquelle il reconnaissait, lors d’un interrogatoire, avoir exercé des violences contre des membres des forces de sécurité. Il semblait ne pas comprendre la signification de l’accusation passible de la peine capitale portée contre lui — moharebeh (« inimitié envers Dieu ») — ce qui soulève de sérieuses interrogations quant à savoir s’il avait pu bénéficier, au moment de cette diffusion, de l’assistance d’un avocat librement choisi.
Les experts ont averti que l’affaire Jebeli illustre un schéma préoccupant de poursuites aboutissant à des condamnations à mort à l’issue de procédures qui semblent ne pas satisfaire aux normes d’un procès équitable.
« Les aveux obtenus sous la contrainte ne doivent jamais être admis comme éléments de preuve, et leur diffusion avant le procès viole le principe de la présomption d’innocence », ont souligné les experts.
En 2026, au moins 24 personnes ont déjà été exécutées en lien avec les manifestations de janvier. Beaucoup étaient de jeunes personnes exerçant leurs droits à la liberté d’expression, à la liberté de réunion pacifique et à la participation à la vie publique, notamment des manifestants issus du mouvement « Femme, Vie, Liberté ».
« En l’état actuel de la législation nationale, il est impossible de participer à une manifestation critique à l’égard de l’État sans s’exposer à des représailles et à des persécutions. Ce cycle ne pourra être rompu que lorsque l’espace civique s’ouvrira et que la liberté de réunion pacifique et d’expression sera garantie », ont déclaré les experts.
« La logique paraît évidente : instaurer la peur dans toute la société, dissuader de futures manifestations et réduire au silence toute contestation. Pourtant, la répression ne fait qu’engendrer davantage de dissidence. »
Les experts ont relevé que, malgré les risques encourus, les Iraniens continuent de réclamer le changement. Les prisonniers poursuivent des actions de protestation pacifiques à travers la campagne « Les mardis contre les exécutions » ainsi que par le mouvement de sit-in à la prison de Ghezelhesar.
Les experts ont exhorté les autorités iraniennes à entendre ces appels et à instaurer un moratoire sur les exécutions, dans la perspective de l’abolition de la peine de mort.
« Ce moratoire devrait être mis à profit afin d’assurer le plein respect du droit international des droits humains, notamment des garanties du procès équitable, et de limiter le recours à la peine capitale aux crimes les plus graves. »
« Les exécutions ne font qu’ajouter à la violence et au deuil que le peuple iranien a déjà endurés », ont-ils déclaré.
Les experts sont actuellement en contact avec le Gouvernement de la République islamique d’Iran au sujet de ces questions.
Les experts :
- Mai Sato, Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme en République islamique d’Iran ;
- Morris Tidball-Binz, Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ;
- Margaret Satterthwaite, Rapporteuse spéciale sur l’indépendance des juges et des avocats ;
- Gina Romero, Rapporteuse spéciale sur les droits à la liberté de réunion pacifique et à la liberté d’association ;
- Alice Jill Edwards, Rapporteuse spéciale sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;
- Gabriella Citroni (présidente-rapporteuse), Grażyna Baranowska (vice-présidente), Aua Baldé et Ana Lorena Delgadillo Pérez, membres du Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires ;
- Matthew Gillett (président-rapporteur), Ganna Yudkivska (vice-présidente chargée des communications), Ethan Hee-Seok Shin (vice-président chargé du suivi), Miriam Estrada-Castillo et Mumba Malila, membres du Groupe de travail sur la détention arbitraire.
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