Entretien avec l’avocat de Mohammad Oliya’ifard sur son arrestation (Deutsche Welle)

Deutsche Welle, 4 mai 2010 – Mohammad Oliya’ifard, l'avocat d’un groupe de militants politiques, civils et étudiants, ainsi que de mineurs délinquants condamnés à mort, a été arrêté dans la nuit du 1er  mai. Son avocat Abdolfatah Soltani considère l'arrestation illégale et qu’il s’agit d’une tentative d'intimider les autres avocats. Mohammad Oliya’ifard a été mis sous pression à plusieurs reprises dans le passé pour avoir défendu des opposants à la République islamique. Il a une fois été interrogé et accusé de « propagation de mensonges » et de « propagande contre le régime » pour avoir parlé de la torture d'un de ses clients et avoir affirmé que la peine de mort est une punition injuste pour les délinquants de moins de 18 ans. Oliya’ifard a été arrêté lors d'une visite au tribunal de la révolution. Il a été emmené en prison, menotté et enchaîné.

 

Keyvandokht Ghahari de la Deutsche Welle a mené une interview avec Abdolfatah Soltani, l’un des trois avocats d’Oliya’ifard.

Deutsche Welle : M. Soltani, votre client M. Mohammad Oliya’ifard a été arrêté le 1er mai. Avez-vous des informations sur les circonstances de son arrestation ?

Abolfatah Soltani: Sur la base des informations dont je dispose, il devait rencontrer M. Azimi, l'assistant de justice du tribunal de la révolution de Téhéran. Je devais l'accompagner, mais je suis tombé malade. Je n'étais pas en mesure de l’assister, alors il y est allé seul. Apparemment, alors qu’il montait l'escalier menant au bureau du rendez-vous, le chef de la 26e branche, l'a informé de sa peine. D'après ce que j'ai entendu de l'épouse de M. Olya’ifard, ils l’ont menotté et enchaîné et l'ont envoyé à la prison d'Evine sans annoncer son verdict à quiconque capable de le défendre. Par conséquent, le verdict et la peine n’ont pas été légalement communiqués à ses avocats.

Malheureusement, c’ [est devenu] une tendance illégale que le [Tribunal de la révolution] ne fournisse pas au prévenu le verdict et la sentence. Ils appellent les avocats, ou voient les avocats dans les couloirs du palais de justice, et leur demandent « de s'asseoir et de copier le verdict ». Comme il s'agit d'un acte illégal, nous considérons que l'arrestation de M. Oliya’i est aussi illégale. En fait, ceux qui l'ont arrêté, doivent eux-mêmes être poursuivis pour détention illégale.

DW: M. Oliya’ifard a été arrêté une première fois il y a deux mois. Les arrestations sont-elles liées ?

Soltani: Oui, monsieur Oliya’ifard a été détenu pendant six ou sept jours pour la même affaire. Puis, sur la base de l'ordre émis par les autorités judiciaires, la détention a été arrêtée et il a été libéré. Il vient à présent d’être arrêté de nouveau.

DW: Des arrestations faites sur quelle charge?

Abolfatah Soltani avocat de Mohammad Oliya’ifard
Soltani: M. Oliya’ifard avait donné une interview qui l’a fait accuser de propagande contre le régime, c’est l’accusation principale.
 
DW: M. Oliyaifard a été arrêté lors de la Fête du Travail, le 1er Mai, et nous savons qu'il défend aussi des militants syndicaux. Est-ce une coïncidence ?
 
Soltani: Je ne pense pas que ce soit la raison de son arrestation. Il est peu probable qu'elle soit liée au 1er Mai. La raison réside dans les méthodes illégales adoptées par certaines branches du tribunal révolutionnaire. Behnoud Shoja’i avait été reconnu coupable d'un assassinat commis alors qu'il était adolescent. Il a été condamné à mort alors qu'il était âgé de moins de 18 ans. La raison derrière l'arrestation de M. Oliya’ifard est d’avoir critiqué l'exécution de son client, Behnoud Shoja’i.

DW: M. Oliyaifard, d’après ce que nous savons, a trois avocats, dont vous-même. Quelles mesures avez-vous prises pour assurer sa défense et pour obtenir sa libération ?

Soltani: Tout d'abord, il a déposé plainte à la Cour contre le président du bureau et le juge responsable de la 26e branche du tribunal de la révolution. Nous avons aussi écrit une lettre [d'appel]. Très probablement dans le courant de la semaine, nous allons rencontrer un haut fonctionnaire de justice au niveau provincial pour entendre leurs ordres et voir quelles actions ils peuvent mener pour faire cesser ce comportement illégal.

DW: Est-il possible que cette affaire, au moins pour Mr.Oliya’ifard, cesse une fois pour toutes ?

Soltani : Je l'espère, bien que la possibilité soit très faible. La tendance est que lorsqu’ils accusent quelqu'un, si le premier dossier ne donne pas lieu à une condamnation, ils ouvrent d’autres dossiers jusqu’à ce que [l'avocat du prévenu] abandonne ou que [le prévenu] reçoive une peine de quelques années. De cette façon, le tribunal est en mesure de mettre l'avocat hors jeu dans la pratique du droit de la défense [des militants et des mineurs délinquants]. Ça a déjà été le cas pour certains avocats