Par Olivier De Bruyn – evene.fr – Le 20/05/2012 – C’est une des belles surprises de la sélection de la Quinzaine, un premier film (de fiction) de l’Iranien Massoud Bakhshi qui, après Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof, incarne un cinéma de résistance.
Idéologie borgne
Arash, un universitaire vivant depuis deux décennies en Occident, est de retour en Iran depuis quelques mois. Alors qu’il s’apprête à quitter son pays natal, des événements malheureux se succèdent. On lui reproche de donner des cours subversifs à ses étudiants. Des conflits autour de l’héritage de son père défunt révèlent la nature profonde (et peu aimable) de quelques membres de sa famille.
Des problèmes de papiers, enfin, semblent compromettre son départ d’Iran. Plongé dans une aventure inquiétante où la trahison s’impose comme une norme, Arash, de surcroît, est assailli par de douloureux souvenirs de son enfance, à l’époque où la guerre Iran Irak envoyait toute une jeunesse au casse-pipe. L’abjection d’un régime. Les ravages d’une idéologie borgne.
La corruption qui règne en maître incontestable. La désolante condition des femmes… Dans Une famille respectable, titre évidemment ironique, Massoud Bakhshi, via son personnage d’universitaire balloté par le sort, mêle les temporalités pour mieux rendre compte du désarroi des Iraniens, hier comme aujourd’hui. Aussi habile dans son scénario (sec et épuré) que dans sa mise en scène (sobre et sans fioritures « auteuristes »), il révèle un beau talent de cinéaste en résistance. À suivre de près.



