CSDHI – Le transfert des prisonnières politiques d’Evine vers la prison de Qarchak, à Varamin, illustre l’une des politiques les plus cyniques et systématiques du régime iranien : la répression organisée des femmes dissidentes. Loin d’être motivés par des besoins logistiques ou un problème de surpopulation, ces transferts relèvent d’une stratégie punitive destinée à briser leur résistance. Depuis l’attaque israélienne contre la prison d’Evine
en octobre 2022, cette pratique s’est intensifiée, envoyant de nombreuses prisonnières vers la prison de Qarchak – surnommée à juste titre « l’Enfer des Femmes ». Ce rapport, fondé sur des preuves et témoignages documentés, en expose la portée et les conséquences humaines et juridiques.
Contexte historique des transferts
Symbole notoire de répression, la prison d’Evin n’atteint pourtant pas les conditions inhumaines de la prison de Qarchak. Après les vastes mouvements de protestation des dernières années, et surtout depuis l’attaque de 2022, le régime a décidé de déplacer massivement les prisonnières politiques vers la prison de Qarchak.
Objectifs clairs :
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Isoler les prisonnières de leurs familles et avocats indépendants.
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Les exposer à des détenues de droit commun violentes, accentuant insécurité et menaces.
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Briser leur moral en les privant des standards humains les plus élémentaires.
Souvent, ces transferts se font sans prévenir les familles. Certaines prisonnières disparaissent ainsi pendant des semaines, victimes de véritables disparitions forcées.
Étude de cas : Arghavan Fallahi
Arghavan Fallahi, militante civile, incarne tragiquement cette politique. Arrêtée puis maintenue au secret pendant de longues semaines, sa famille ignorait tout de son sort. Un exemple flagrant de disparition forcée, crime grave au regard du droit international. On découvrira plus tard son transfert à Qarchak, où, comme beaucoup d’autres, elle subit refus de soins et pressions psychologiques intenses.
Prison de Qarchak : Punition et Inhumanité
Qarchak est conçu comme un lieu d’exil et de souffrance :
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Bâtiments délabrés : anciens entrepôts transformés en prison.
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Surpopulation extrême : plus de 1 200 détenues dans un espace prévu pour moins de 500.
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Mélange des crimes : politiques enfermées avec criminelles dangereuses.
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Visites limitées et humiliantes pour les familles.
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Accès quasi inexistant à une défense légale.
Analyse juridique
Ces pratiques bafouent ouvertement les instruments internationaux :
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Article 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) : interdiction de la détention arbitraire et des disparitions forcées.
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Article 10 du PIDCP : obligation de traiter tout détenu avec humanité.
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Article 7 du PIDCP : interdiction de la torture et des traitements cruels.
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Convention internationale contre les disparitions forcées.
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Règles Nelson Mandela : séparation des détenus selon leur statut, interdiction des transferts punitifs.
Conséquences humaines et sociales
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Familles brisées : absence d’informations, visites humiliantes, angoisse permanente.
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Message de terreur à la société : résister, c’est être envoyée à « l’Enfer de Qarchak ».
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Justice discréditée : l’appareil judiciaire réduit à un instrument de répression politique.
Témoignages
Pour les détenues, Qarchak est une « double peine ». L’avocate et ex-détenue Negar Haeri l’a décrit comme pire que la section 209 d’Evin : « un lieu conçu non pour enfermer, mais pour humilier et briser ».
Les protestations – lettres, grèves de la faim – se heurtent à des représailles accrues.
Conclusion : Appel à l’Action
Le transfert des prisonnières politiques d’Evin à Qarchak constitue une stratégie délibérée visant à humilier, affaiblir et faire taire les femmes dissidentes. Il s’agit d’une violation flagrante des droits fondamentaux et d’un acte de torture systématique.
Nous appelons le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’Union européenne et toutes les instances internationales à :
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Ouvrir des enquêtes indépendantes sur ces transferts punitifs et disparitions forcées.
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Exiger la libération immédiate des prisonnières politiques et leur transfert vers des lieux respectant les standards minimums.
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Poursuivre en justice les responsables judiciaires et sécuritaires du régime iranien pour ces crimes.



