CSDHI – Après le massacre de manifestants en janvier 2026, le débat européen sur la désignation de l’IRGC révèle la peur du régime face à l’isolement et à la reddition de comptes
À la suite de la répression meurtrière menée par les forces du régime iranien les 8 et 9 janvier 2026, la question de la désignation du Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC ou pasdarans) comme organisation terroriste est revenue au centre du débat politique en Europe. Ce que le régime présente comme un « différend diplomatique » est en réalité le reflet d’une profonde inquiétude à Téhéran face à la possible perte de l’un de ses instruments de pouvoir les plus essentiels.
Alors que les tensions politiques entre le régime iranien et les gouvernements européens s’intensifient, de récentes déclarations du porte-parole du ministère des Affaires étrangères du régime ont une nouvelle fois placé l’IRGC (les pasdarans) au cœur de la confrontation. La question de son inscription sur les listes terroristes est devenue le point focal de ces réactions, les responsables du régime adoptant un ton ouvertement menaçant afin d’augmenter le coût politique perçu d’une telle décision pour l’Europe.
S’exprimant lors d’un point de presse hebdomadaire, Esmail Baghaei, porte-parole du ministère des Affaires étrangères du régime de Khamenei, a répondu à une question de l’agence de presse russe Sputnik en condamnant toute éventuelle initiative européenne visant à désigner l’IRGC comme entité terroriste. Il a qualifié une telle démarche « d’illégale », affirmant que qualifier les forces armées officielles d’un État de terroristes ne repose sur aucune base juridique. Baghaei a également soutenu que cette voie avait été empruntée en premier lieu par les États-Unis et a mis en garde les gouvernements européens contre le fait de suivre l’exemple de Washington.
Il a ensuite averti qu’une telle décision entraînerait des « conséquences » pour l’Europe. Ces déclarations interviennent à un moment où, en particulier après le meurtre d’un grand nombre de manifestants lors du soulèvement de janvier 2026, la désignation de l’IRGC est devenue un sujet central dans les cercles politiques européens. Les parlements et les institutions de défense des droits humains ont à plusieurs reprises souligné le rôle de l’IRGC dans la répression intérieure ainsi que l’ampleur de ses opérations au-delà des frontières iraniennes.
Les avertissements du régime ont été formulés dans un contexte de violence extrême. En seulement deux jours, en janvier 2026, les forces de sécurité et militaires du régime ont pris pour cible des manifestants dans de nombreuses villes. Des rapports de terrain indiquent que des milliers de jeunes Iraniens ont été tués, les pasdarans jouant un rôle décisif et opérationnel dans la répression. De nombreuses instances indépendantes ont identifié les pasdarans (IRGC) comme le principal instrument du régime pour exercer une violence organisée et systématique.
L’IRGC et son long passé de répression intérieure
Depuis des années, le nom d’IRGC (Pasdarans) est indissociable de la répression des mouvements populaires à l’intérieur de l’Iran. De Téhéran aux plus petites villes de province, cette force s’est systématiquement placée en première ligne des campagnes de répression contre la contestation. Pour ses détracteurs, la volonté d’inscrire les pasdarans sur la liste des organisations terroristes constitue une réponse directe à ce bilan long et sanglant. Une documentation abondante existe, détaillant les arrestations arbitraires, la torture et les meurtres de manifestants perpétrés par des unités liées à l’IRGC.
Au-delà des frontières iraniennes, les pasdarans ont également joué un rôle central dans la déstabilisation régionale. Sa présence militaire à travers le Moyen-Orient et son soutien à des groupes armés supplétifs suscitent depuis longtemps l’inquiétude des gouvernements européens. Le débat sur l’inscription des pasdarans (IRGC) découle directement de cette combinaison de répression intérieure et de militantisme transnational.
Dans un autre passage de ses déclarations, Baghaei a implicitement menacé les États européens, avertissant que l’inscription de l’IRGC sur des listes terroristes aurait des répercussions pour eux. Des observateurs politiques considèrent ce langage comme emblématique de la posture diplomatique plus large du régime — une posture qui substitue régulièrement l’intimidation au dialogue lorsqu’il est confronté à un examen international.
Menaces ou aveu de pratiques terroristes ?
Des analystes estiment que les références aux « conséquences » vont au-delà de simples avertissements diplomatiques et s’apparentent à des menaces voilées de représailles. Par le passé, des services de sécurité européens ont mis au jour des affaires impliquant des opérations clandestines et des actes d’intimidation visant des dissidents sur le sol européen, liés au régime iranien. Dans ce contexte, la sensibilité du régime à la question de la désignation des pasdarans (IRGC) devient plus compréhensible.
Les critiques soulignent également des décennies d’apaisement occidental, estimant que celui-ci a enhardi le régime. Selon eux, les reculs répétés face aux menaces ont permis aux pasdarans d’étendre son influence et d’agir avec une impunité croissante. Aujourd’hui, alors que la perspective d’inscrire les pasdarans sur les listes terroristes est prise plus au sérieux, la rhétorique diplomatique de Téhéran s’est visiblement durcie.
En définitive, les déclarations du porte-parole du ministère des Affaires étrangères révèlent plus que de la défiance : elles exposent la peur. Les pasdarans (IRGC) constitue un pilier central de la survie du régime de Khamenei. Sa désignation comme organisation terroriste porterait un coup direct au cœur de la structure de pouvoir du régime, en limitant ses réseaux financiers, sa mobilité et sa portée internationale. La réaction agressive de Téhéran souligne une réalité fondamentale : derrière les menaces se cache une profonde inquiétude face à un isolement accru et à l’éventuel effondrement de l’un des soutiens les plus vitaux du régime.

