CSDHI – La prison de femmes de Qarchak à Varamin, officiellement appelée Pénitencier de Shahr-e Rey, est aujourd’hui reconnue comme l’une des prisons pour femmes les plus infâmes au monde. Cette prison n’a pas été conçue selon des normes correctionnelles, mais comme un lieu d’humiliation, de torture psychologique et physique. À l’origine, il s’agissait d’un élevage de volailles abandonné, transformé en camp de désintoxication pour hommes avant d’être remis au pouvoir judiciaire et converti en prison pour femmes, sans aucune modification fondamentale. Cette histoire illustre à elle seule le mépris du régime pour la dignité humaine.
Les conditions générales de cette prison – surpopulation extrême, eau non potable, nourriture contaminée, infestations – montrent qu’elle n’a pas été construite pour la réinsertion, mais pour briser les êtres humains.
Surpopulation et espaces inhumains
Qarchak est composé de 11 entrepôts, chacun divisé en couloirs étroits et petites cellules. Sa capacité officielle est de 500 détenues, mais plus de 1 200 femmes y sont enfermées. Certaines salles conçues pour 200 personnes en accueillent jusqu’à 600.
Cette surpopulation oblige de nombreuses femmes à dormir à même le sol (« dormir à terre »). Faute de lits, des dizaines passent leurs nuits sur le ciment sale, ce qui entraîne de graves problèmes de santé et des conflits fréquents entre détenues. Les autorités utilisent délibérément cette promiscuité comme outil de pression psychologique. Des rapports indiquent aussi que des prisonnières de droit commun sont encouragées à espionner ou harceler les prisonnières politiques en échange de privilèges.
Crise sanitaire et environnementale
L’hygiène à Qarchak est catastrophique. Une odeur permanente d’égouts imprègne l’ensemble de la prison, y compris la cour extérieure. Les murs sont tachés de sang, de vomissures et d’excréments, sans qu’aucun nettoyage ne soit effectué par les responsables.
La présence de nuisibles est généralisée : rats, cafards, tarentules venimeuses, salamandres… tous mettent gravement en danger la santé des détenues.
Crise de l’eau et malnutrition
L’un des problèmes les plus graves est l’accès à l’eau. L’eau locale est salée et impropre à la consommation. Les détenues doivent acheter de l’eau en bouteille à la boutique de la prison, à des prix environ 40 fois supérieurs à ceux du marché – et elle n’est même pas toujours disponible.
L’eau insalubre utilisée pour se laver provoque des maladies cutanées massives. Les toilettes et douches sont insuffisantes pour des centaines de femmes, et l’eau chaude n’est disponible que quelques heures limitées.
La nourriture est également misérable. Les repas consistent généralement en du riz à moitié cuit accompagné de pommes de terre ou de lentilles. La viande rouge et le poulet ont disparu du régime alimentaire, tandis que les fruits et les produits laitiers sont presque inexistants. Cette malnutrition chronique met gravement en danger la santé des prisonnières.
La boutique de la prison vend par ailleurs nourriture et médicaments à des prix exorbitants, obligeant les détenues à supporter des dépenses insoutenables. Ce système corrompu constitue une source de profit pour les responsables.
Privation de soins médicaux
Bien que ce sujet soit traité plus en détail séparément, la privation de soins est au cœur du fonctionnement de la prison de femmes de Qarchak. Les femmes malades sont systématiquement privées d’accès aux médecins et aux hôpitaux.
Un exemple tragique est celui de Farzaneh Bijanipour, morte après avoir été renvoyée de l’infirmerie, accusée de « simulation ». Cela montre que même la clinique interne fait partie intégrante de l’appareil de torture.
Analyse juridique
Les conditions générales de la prison de femmes de Qarchak constituent une violation flagrante des obligations internationales de l’Iran :
-
Article 10 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) : obligation de traiter les prisonniers avec humanité.
-
Article 7 du PIDCP : interdiction de la torture et des traitements cruels.
-
Article 12 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) : droit à la santé.
-
Article 11 du PIDESC : droit à un niveau de vie adéquat (nourriture, eau potable, logement).
-
Règles Nelson Mandela : obligation de séparer les catégories de prisonniers, maintenir l’hygiène, garantir l’eau potable et la nourriture comme droits fondamentaux.
Impact humain et social
Les femmes de Qarchak sont exposées quotidiennement à des maladies infectieuses, des intoxications alimentaires et des affections cutanées dues à l’eau contaminée. La malnutrition chronique entraîne faiblesse, anémie et aggravation des maladies préexistantes.
Les familles des détenues subissent également une pression financière énorme à cause des prix exorbitants imposés par la boutique de la prison. Cette politique systématique vise à briser progressivement les prisonnières et leurs proches.
Conclusion et appel à l’action
La structure et les conditions générales de la prison de femmes de Qarchak montrent qu’il ne s’agit pas d’un centre de détention, mais d’un « camp de mort lente ». La crise de l’eau et de la nourriture, la surpopulation extrême, l’hygiène catastrophique et la corruption systémique transforment la vie des détenues en un véritable enfer.
Nous appelons le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et toutes les organisations de défense des droits humains à :
-
Mener des enquêtes immédiates sur les conditions de vie dans la prison de femmes de Qarchak.
-
Contraindre le régime iranien à fermer cette prison et transférer les détenues dans des établissements conformes aux normes internationales minimales.
-
Poursuivre les responsables judiciaires et sécuritaires coupables de ces conditions inhumaines.



