CSDHI – Le journal britannique Sunday Times a révélé une vague de répression visant les prisonnières en Iran à la suite de l’attaque israélienne contre la prison d’Evine, le 23 juin, durant la guerre de 12 jours. Selon ses informations, plus de 100 détenus risquent aujourd’hui l’exécution, accusés d’espionnage pour Israël.
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a, de son côté, annoncé le 29 août qu’au moins 841 personnes avaient déjà été exécutées en Iran depuis le début de l’année. Rien qu’au mois dernier, 110 exécutions ont été recensées — soit le double de l’an passé à la même période.
Une ancienne militante étudiante a raconté, dans une série de témoignages publiés sur Instagram, qu’au moment de l’attaque, les agents du régime à Evine prévoyaient de laisser les prisonniers mourir sous les décombres. Après l’explosion, les détenues ont été transférées vers la section de quarantaine de la prison de Qarchak, puis deux jours plus tard dans une maison sécurisée relevant du ministère du Renseignement, à un lieu tenu secret.
Le Sunday Times précise avoir confirmé qu’un avertissement préalable avait été donné à un gardien avant l’attaque israélienne : lui et certains collègues ont quitté les lieux, sans pour autant évacuer ni les prisonniers ni le personnel.
Le 29 juin, Asghar Jahangir, porte-parole du pouvoir judiciaire, a reconnu que 71 personnes avaient été tuées à Evine : membres du personnel administratif, soldats, prisonniers condamnés, familles venues rendre visite, ainsi que des habitants voisins de la prison.
Vers l’exécution de 100 prisonniers politiques ?
D’après le Sunday Times, le régime iranien a lancé une campagne de représailles contre les survivants, en se servant de l’attaque comme prétexte pour les harceler et les brutaliser. Des avocats craignent que plus de 100 d’entre eux ne soient exécutés.
Un avocat des droits humains à Téhéran, sous couvert d’anonymat, rapporte au journal :
« Un esprit de vengeance domine la justice. Un juge m’a dit : nos commandants et nos responsables ont été tués, nous devons nous venger. Il ne m’a même pas laissé parler. »
Selon lui, les condamnations à mort sont prononcées à un rythme anormalement rapide, sans respect des procédures. Nombre des accusés, auparavant emprisonnés pour avoir participé aux manifestations contre le régime, se retrouvent désormais accusés d’espionnage, sans preuves, sur la base de dossiers fabriqués et d’aveux arrachés sous la torture.
La prison d’Evine, symbole international de la répression iranienne, reste tristement célèbre pour ses pratiques de torture et de maltraitance.
Pression accrue sur les prisonnières après l’attaque d’Evine
Toujours selon le Sunday Times, le lendemain du bombardement israélien, 61 prisonnières politiques ont été transférées à Qarchak, en périphérie de Téhéran. Cette prison est dépourvue d’eau potable, de sanitaires adéquats, d’aération et de soins médicaux.
Les détenues y survivent dans une chaleur de 40 °C, entassées à 65 dans cinq petites cellules d’un quartier initialement conçu pour de courtes rétentions.
Des avocats estiment que le régime instrumentalise l’accusation d’espionnage pour Israël pour se venger de personnes innocentes. Ces dernières, brisées par la torture physique et psychologique infligée par les services de renseignement, sont forcées d’avouer des crimes qu’elles n’ont jamais commis.
Le 9 août, le porte-parole du pouvoir judiciaire a annoncé l’arrestation de 20 citoyens, qualifiés d’« espions et partisans du Mossad », dans plusieurs provinces d’Iran. Leurs dossiers ont été immédiatement ouverts, sans que soient révélées ni leurs identités ni leurs lieux de détention.
Dans un tel contexte, aucune garantie de procès équitable n’existe, surtout lorsque les accusés sont soumis à la torture.



