CSDHI – La prison de Qarchak, située à Varamin, n’est pas seulement un lieu de détention pour les femmes ; elle est devenue un outil de pression double exercée également sur leurs familles. Le régime au pouvoir en Iran impose restrictions, menaces et humiliations permanentes afin que non seulement les prisonnières, mais aussi leurs proches, soient enfermés dans un cycle de peur et de répression. Cette double politique – torturer à l’intérieur et persécuter à l’extérieur – représente l’une des dimensions les plus invisibles mais les plus dévastatrices des violations des droits humains en Iran.
Les visites comme outil d’humiliation
Les visites à Qarchak se déroulent rarement dans des conditions humaines :
- Les familles se voient fréquemment refuser l’accès à la dernière minute, après avoir parcouru de longues distances.
- Lorsqu’elles ont lieu, les proches – en particulier les femmes et les jeunes filles – subissent des fouilles corporelles dégradantes.
- Les gardiens interdisent souvent l’apport d’objets essentiels tels que médicaments, vêtements chauds ou produits de première nécessité.
Cette situation inflige non seulement une pression psychologique aux prisonnières mais humilie aussi leurs familles, les laissant impuissantes.
Menaces et arrestations des proches
Les familles qui dénoncent les conditions de détention ou qui deviennent actives sur les réseaux sociaux s’exposent à de graves risques :
- Interrogatoires forcés par les forces de sécurité.
- Poursuites judiciaires fabriquées pour celles qui contactent les médias ou les organisations de défense des droits humains.
- Même les enfants et adolescents ne sont pas épargnés par ces pressions.
Ces pratiques constituent une violation flagrante de l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), garantissant la liberté d’expression et le droit à l’information.
Pression économique et financière
Les prisonnières de Qarchak doivent acheter l’eau potable, les médicaments et une nourriture saine à la boutique de la prison, à des prix exorbitants :
- Eau minérale vendue 40 fois plus cher que sur le marché.
- Médicaments de base, même de simples antalgiques, proposés à des tarifs multipliés.
- Rareté des produits frais, obligeant les familles à assumer un lourd fardeau financier.
- Pour des familles déjà fragilisées par la crise économique, ces coûts deviennent insupportables.
Outils judiciaires pour harceler les familles
Le pouvoir judiciaire instrumentalise la loi pour accentuer la pression :
- Cautions excessives et irréalistes pour accorder des permissions médicales ou des libérations temporaires.
- Menace de confiscation des cautions si les familles dénoncent publiquement la situation.
- Fabrication de dossiers pour entraver toute tentative de justice.
Ces pratiques, contraires aux principes de procès équitable, s’apparentent à une véritable prise d’otages des familles par la justice.
Abus psychologiques et humiliations
Les prisonnières politiques de la prison de Qarchak signalent régulièrement que les gardiens menacent de supprimer les visites ou d’annuler les permissions, ce qui affecte directement leur état mental. Le contact familial reste pourtant leur unique lien avec l’extérieur.
Les proches subissent également insultes et traitements dégradants dans les cours ou aux points de contrôle de la prison. Ces pratiques visent délibérément à briser leur moral et à couper le soutien entre familles et détenues.
Exemples concrets
- Annulations répétées et sans explication des visites hebdomadaires.
- Une fille mineure victime d’une crise de panique après une fouille corporelle humiliante.
- Les familles de prisonnières connues, telles que Maryam Akbari Monfared et Zahra Safaie, convoquées et menacées pour avoir dénoncé la situation.
Analyse juridique
Les pressions exercées sur les familles violent plusieurs normes fondamentales :
- Article 7 du PIDCP : interdiction de la torture et des traitements dégradants (valable aussi pour les proches).
- Article 9 du PIDCP : interdiction de la détention arbitraire (applicable aux parents convoqués ou arrêtés).
- Article 19 du PIDCP : droit à la liberté d’expression et à l’information.
- Article 23 de la Déclaration universelle des droits de l’homme : protection de la famille en tant qu’unité fondamentale de la société.
- Convention relative aux droits de l’enfant (CDE) : protection spéciale des enfants contre les atteintes psychologiques et la violation des droits de leurs parents.
Impact humain et social
Cette politique de répression des familles entraîne des conséquences profondes :
- Vivre dans l’anxiété permanente et l’instabilité.
- Enfants de prisonniers politiques privés de leurs parents et traumatisés.
- Message clair envoyé à la société : toute résistance sera punie, y compris au sein des familles.
- Climat généralisé de peur et de méfiance dans la société iranienne.
Conclusion et appel à l’action
La double pression exercée sur les détenues de la prison de Qarchak et leurs familles constitue un élément central de la machine répressive du régime. Elle vise à briser toute résistance et à réduire au silence les voix qui réclament justice, en violant ouvertement les droits humains.
Nous appelons :
- Le Comité des droits de l’homme de l’ONU,
- Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme,
- Et toutes les organisations de défense des droits des familles et des enfants,
à reconnaître cette persécution comme systématique, à exercer des pressions diplomatiques pour y mettre fin, et à documenter les témoignages des familles afin d’engager des poursuites internationales contre les responsables du régime.



