Rapport analytique sur les droits humains – À l’occasion de la Journée internationale des femmes rurales (15 octobre 2025)

femmes-rurales-iran-csdhi

CSDHI – La Journée internationale des femmes rurales met en lumière la situation de millions d’Iraniennes qui, tout en soutenant l’économie nationale de leurs épaules invisibles, vivent elles-mêmes dans la pauvreté, la discrimination et l’injustice.

Sous le régime en place, les femmes rurales et nomades — plus de 11 millions de personnes — constituent une part essentielle de la production agricole, de l’élevage et de l’artisanat du pays. Pourtant, malgré leur rôle central, elles demeurent privées des droits humains et économiques les plus fondamentaux. Des lois discriminatoires, des traditions patriarcales et des inégalités régionales ont fait d’elles l’un des groupes les plus vulnérables de la société iranienne.

Des femmes sans droits au cœur de la production

Selon les statistiques officielles, 59 % des femmes rurales travaillent activement dans l’agriculture et l’élevage, contribuant à plus de 80 % de la transformation agricole et 70 % de la production traditionnelle de volailles et de bétail.

Cependant, seulement 6 % des terres agricoles sont enregistrées à leur nom. La plupart sont classées comme « main-d’œuvre familiale non rémunérée », sans accès à l’assurance, aux retraites ni aux crédits bancaires. L’article 948 du Code civil leur refuse le droit réel à l’héritage foncier, ne leur accordant que la valeur monétaire du terrain. Cette privation juridique les coupe de leur principal moyen d’indépendance et les maintient dans la dépendance économique.

Une pauvreté multidimensionnelle et une discrimination quotidienne

La misère des femmes rurales ne se limite pas à l’aspect financier : elle englobe aussi la pauvreté éducative, sanitaire et infrastructurelle.

Le taux d’alphabétisation des femmes rurales s’élève à 73 %, soit 15 points de moins que celui des femmes urbaines. Seules 43,4 % des ménages ruraux ont accès à l’eau potable, et plus de 10 000 villages restent privés d’internet à haut débit.

Ces chiffres montrent que le développement n’a non seulement pas atteint les femmes rurales, mais qu’il les a davantage marginalisées. L’absence d’infrastructures de base les oblige à cumuler toutes les tâches : travaux domestiques, culture, élevage, et collecte de l’eau.

Dans certaines provinces comme Lorestan, Sistan-Baloutchistan et Khouzistan, les femmes travaillent du lever du soleil à minuit. Une habitante d’Aligoudarz témoigne :

« Notre travail est plus dur que celui des hommes, mais personne ne le voit — jusqu’à ce qu’une femme tombe malade ou meure, et que tout s’effondre. »

Vie sous la violence et mariages forcés

Dans de nombreuses régions défavorisées, les filles rurales sont mariées avant 15 ans. Le manque d’écoles à proximité, la pauvreté des familles et les coutumes patriarcales les privent d’éducation et les enferment dans des cycles de grossesse précoce, de violences domestiques et de pauvreté chronique. Ces mariages forcés mènent parfois au drame : certaines jeunes filles, après des années d’abus, finissent par se défendre et sont condamnées à mort au titre des lois de qisas (représailles).

De la pauvreté à la prison et à l’exécution

Les rapports sur les droits humains soulignent un lien direct entre la pauvreté rurale, la discrimination de genre et les châtiments pénaux sévères.

En octobre 2025, au moins 40 femmes ont été exécutées en Iran — le chiffre le plus élevé depuis vingt ans.
La plupart provenaient de familles pauvres et peu instruites, issues de zones rurales ou frontalières. Leurs condamnations relevaient principalement de deux catégories :

  1. le meurtre intentionnel (qisas),

  2. et les crimes liés à la drogue.

Dans les affaires de qisas, beaucoup avaient subi des années de violences domestiques avant d’agir en légitime défense. Dans les affaires de drogue, la misère et le manque d’emploi les avaient poussées vers la contrebande.
Ces exécutions sont moins le fruit du crime que celui d’un système d’inégalités structurelles.
De nombreuses condamnées à mort ne peuvent payer la diya (prix du sang) ni obtenir le pardon des familles des victimes, conduisant à des exécutions secrètes.

Témoignages des marges de la survie

Dans le Sistan-et-Baloutchistan, femmes et jeunes filles parcourent chaque jour de longues distances pour puiser de l’eau, sous 50 °C, portant des charges qui provoquent blessures à la colonne, fausses couches et épuisement chronique. Ces dernières années, plusieurs filles se sont noyées dans des fosses d’eau naturelles appelées hootag en tentant d’en remplir leurs cruches. Au Khouzistan, des femmes font la queue des heures pour un simple bidon d’eau potable. Dans le Lorestan et le Kohguilouyeh, les tisserandes et éleveuses, sans aucun soutien public, vendent leurs produits à vil prix à des intermédiaires.

Une femme baloutche confie :

« Nous travaillons toute notre vie — sur la terre des autres ou juste pour survivre. Mais nos noms n’apparaissent nulle part. »

Femmes baloutches, kurdes et nomades : triple oppression

Les femmes issues de minorités ethniques subissent une triple marginalisation — par la pauvreté, le genre et l’origine ethnique.

Les statistiques montrent qu’une part importante des femmes exécutées sont baloutches et kurdes, vivant dans les provinces les plus pauvres et les plus touchées par le chômage.

Dans ces régions, la misère économique, la discrimination sexiste et l’exclusion ethnique se croisent. Les femmes baloutches, privées de terres et d’emplois, sont souvent jugées pour des affaires de drogue sans avocat ni interprète.

Contrôle et silence au lieu de justice

À première vue, la proportion de femmes incarcérées semble faible dans les provinces pauvres — 1,1 % au Sistan-et-Baloutchistan contre une moyenne nationale de 3,8 %. Mais cette baisse ne traduit pas une amélioration : elle résulte d’un contrôle social et tribal strict.

Dans ces communautés fermées, les femmes sont confinées à la sphère domestique. En cas de conflit, leur sort n’est pas la prison, mais souvent la mort, qu’elle soit judiciaire ou silencieuse.

Discrimination légale : de la maison au tribunal

En Iran, la loi ne protège pas les femmes — elle institutionnalise leur discrimination.
Les législations sur la famille, l’héritage et le mariage les privent d’autonomie financière et de pouvoir décisionnel.
Dans les affaires de drogue, les tribunaux ne distinguent pas les trafiquantes professionnelles des femmes poussées par la misère. Le même régime qui leur refuse l’éducation et le travail les punit ensuite pour leur pauvreté — transformant l’injustice en norme légale.

Appel international à l’action

La situation des femmes rurales en Iran représente une crise humaine multidimensionnelle.
La pauvreté, la discrimination et la punition s’entremêlent, et le régime au pouvoir en est la cause principale.
La communauté internationale — Nations unies, Union européenne, et organisations mondiales de défense des droits des femmes — doit user de tous les leviers diplomatiques, juridiques et humanitaires pour :

  • mettre fin aux exécutions de femmes,

  • abolir les lois discriminatoires,

  • et soutenir des programmes ciblés de développement et de protection pour les femmes rurales et nomades.

Conclusion

Les femmes rurales iraniennes sont la force motrice de la production nationale, mais vivent dans un système qui les enchaîne à la pauvreté et à la discrimination — du travail aux prisons, des champs jusqu’à l’échafaud.

De la ferme au cachot, un même fil rouge traverse leur existence : l’inégalité de genre.

Un avenir juste pour l’Iran ne sera possible que lorsque la voix de ces femmes sera entendue et que la justice deviendra un engagement universel contre la discrimination systémique.

Malgré les condamnations répétées des organisations internationales face à la montée des exécutions et à la discrimination ethnique, le sort des femmes rurales d’Iran — en particulier baloutches, kurdes et nomades — demeure largement ignoré par le monde.