Les familles de prisonniers condamnés à mort manifestent à Téhéran, sur fond d’indignation nationale contre les exécutions

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CSDHI – Les forces de sécurité dispersent violemment des familles des prisonniers condamnés à mort, qui manifestaient pacifiquement devant le Parlement iranien, alors que 1 500 prisonniers de Ghezel Hesar entament leur septième jour de grève de la faim.

Une manifestation rare et courageuse au cœur de Téhéran

Ce dimanche 19 octobre 2025, la place Baharestan — siège du Parlement du régime iranien — a été le théâtre d’une manifestation rare et résolue. Les familles de prisonniers condamnés à mort à la prison de Ghezel Hesar s’y sont rassemblées pacifiquement, brandissant les photos de leurs proches et des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Non aux exécutions » et « Ne tuez pas ».

Leur demande était claire et simple : un arrêt immédiat de la vague d’exécutions qui balaie actuellement les prisons iraniennes. Mais ce qui avait commencé comme un appel silencieux à la vie a rapidement tourné à la violence.

Une manifestation pacifique réprimée avec brutalité

Selon des témoins, les forces de sécurité et la police ont lancé une attaque sans provocation contre les familles de prisonniers condamnés à mort . Les agents ont utilisé des matraques et une force excessive pour disperser la foule, frappant plusieurs hommes et femmes et arrêtant un nombre indéterminé de participants.

« Ils étaient venus simplement pour faire entendre leur voix », a déclaré un témoin.
« Personne n’était armé. Les agents ont attaqué sans avertissement, sans même un mot. »

Malgré la répression, de nombreux manifestants ont tenu bon, scandant « Non aux exécutions ! » même lorsqu’ils étaient repoussés.
Des passants et automobilistes ont exprimé leur soutien en klaxonnant et en criant « Laissez-les ! », « Ils ont le droit de protester ! »
L’atmosphère autour du Parlement s’est progressivement tendue alors que les autorités tentaient d’empêcher le rassemblement de s’étendre.

Le lien avec la grève de la faim à la prison de Ghezel Hesar

Cette manifestation des familles de prisonniers condamnés à mort intervient alors que 1 500 prisonniers du quartier 2 de la prison de Ghezel Hesar, à Karaj, entament leur septième jour de grève de la faim. Ces détenus, dont beaucoup auraient cousu leurs lèvres, protestent contre la vague d’exécutions et dénoncent des conditions de détention inhumaines.

Des sources internes à la prison rapportent que les autorités ont coupé l’approvisionnement en eau du quartier concerné et que plusieurs grévistes sont dans un état critique, souffrant de pertes de connaissance, de déshydratation et d’hypotension sévère.

Les familles de prisonniers condamnés à mort présentes à Téhéran ont déclaré qu’elles s’étaient rassemblées pour porter la voix des prisonniers.

« Plus de 1 500 personnes sont menacées de mort », a déclaré une femme brandissant la photo de son fils.
« Nous sommes venues simplement dire : assez. »

Les autorités étouffent la couverture médiatique

Selon des sources locales, les forces de sécurité ont tenté d’empêcher la diffusion d’informations sur la manifestation. Plusieurs téléphones portables auraient été confisqués, mais des images et vidéos ont néanmoins circulé sur les réseaux sociaux, montrant des hommes et des femmes désarmés mais déterminés, faisant face à la violence policière.

Pour les observateurs des droits humains, cette manifestation des familles de prisonniers condamnés à mort devant le Parlement s’inscrit dans la continuité de la résistance silencieuse menée à l’intérieur de Ghezel Hesar : une convergence de luttes, derrière les barreaux et dans la rue. Ensemble, elles incarnent un refus croissant de la peine de mort et une contestation nationale du pouvoir fondé sur la peur et la mort.

Une crise de conscience internationale

Le taux d’exécutions en Iran a atteint son plus haut niveau depuis des décennies, suscitant l’inquiétude d’organisations de défense des droits humains. Amnesty International a récemment rapporté que plus de 1 000 personnes ont été exécutées depuis le début de l’année 2025, soit une moyenne de quatre exécutions par jour.

Dans une déclaration publiée le 16 octobre 2025, Hussein Baoumi, directeur régional adjoint d’Amnesty pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, a déclaré :

« Depuis le soulèvement “Femme, Vie, Liberté” de 2022, les autorités iraniennes ont de plus en plus instrumentalisé la peine de mort pour répandre la peur, écraser la dissidence et punir les communautés marginalisées. Cette année, les exécutions ont atteint une ampleur jamais vue depuis 1989. »

Amnesty appelle les États membres de l’ONU à profiter du Dialogue interactif du Troisième Comité de l’Assemblée générale pour exiger un moratoire immédiat sur les exécutions et poursuivre les responsables d’actes de torture et de meurtres illégaux dans le cadre de la compétence universelle.

Un cri que l’on ne peut réduire au silence

Malgré la répression, la manifestation des familles de prisonniers condamnés à mort et la grève de la faim des prisonniers ont ravivé l’appel national pour l’abolition de la peine de mort en Iran — un mouvement « Non aux exécutions » qui ne cesse de gagner en ampleur morale et sociale.

Ce qui a commencé par le silence des lèvres cousues derrière les murs des prisons résonne désormais dans les rues d’Iran. Pour beaucoup d’Iraniens, ce cri symbolise bien plus qu’un refus de la peine capitale : il exprime la résistance contre un système qui maintient son pouvoir par la peur et la mort.