Impunité des auteurs de la répression des journalistes : une violation systématique de la justice et de la liberté d’expression

À l’occasion du 2 novembre – Journée internationale pour mettre fin à l’impunité des crimes commis contre les journalistes
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CSDHI – Le 2 novembre marque la Journée internationale pour mettre fin à l’impunité des crimes commis contre les journalistes, instaurée par l’Assemblée générale des Nations unies en 2013. Cette journée rappelle le devoir des États d’enquêter, de poursuivre et de punir les responsables de crimes visant les membres de la presse.

Si la liberté de la presse est menacée dans le monde entier, en Iran, l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes est devenue une composante structurelle du régime — un instrument délibéré de répression politique.

L’impunité institutionnalisée et la répression du journalisme sous le régime iranien

Selon les données de l’UNESCO, 85 % des meurtres de journalistes dans le monde depuis 2006 demeurent impunis. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) classe l’Iran parmi les dix pays les plus impunis en matière de crimes contre les journalistes — preuve qu’en Iran, non seulement les journalistes sont en danger permanent, mais la justice elle-même est systématiquement niée.

Dans la République islamique, les organes sécuritaires et judiciaires — loin d’être garants de la loi — sont devenus les outils mêmes de la répression. Arrestations arbitraires, condamnations lourdes et déni systématique du droit à un procès équitable constituent aujourd’hui des pratiques permanentes du pouvoir judiciaire.

En octobre 2023, après treize mois de détention, les deux journalistes Niloofar Hamedi et Elaheh Mohammadi, qui avaient révélé la mort et les funérailles de Jina (Mahsa) Amini, ont été condamnées à treize et douze ans de prison, dont sept et six ans fermes, pour « collaboration avec un État hostile » — des accusations entièrement fabriquées.

En décembre 2023, la journaliste Sara Masoumi a écopé de six mois de prison et d’une interdiction de deux ans d’exercer pour un simple tweet. En août 2023, Marziyeh Mahmoudi a été condamnée à une amende et exilée dans la ville reculée de Torbat Jam.

La jeune journaliste Nazila Maroufian, âgée de 23 ans, arrêtée en juillet 2023 après sa convocation devant le tribunal d’Evin, a subi une crise cardiaque avant son audience en raison de pressions psychologiques.
En mars 2023, Anahita Ramazanian a été condamnée à sept mois de prison et quarante coups de fouet, tandis que Yalda Moayeri, photojournaliste renommée, a reçu six ans de prison et des travaux forcés dans des parcs publics.

En décembre 2022, Ziba Omidifar, journaliste kurde originaire de Qorveh, est morte sous la torture dans un centre de détention des Gardiens de la Révolution (CGRI) à Sanandaj. Aucun responsable n’a été poursuivi.

Ces cas démontrent que la répression des journalistes en Iran n’est pas accidentelle, mais systémique. Les agents sécuritaires et les magistrats impliqués bénéficient d’une impunité totale et sont souvent promus plutôt que sanctionnés.

L’exemple le plus frappant reste celui de Saeed Mortazavi, ancien procureur de Téhéran : directement impliqué dans la mort de la photojournaliste Zahra Kazemi, il a par la suite obtenu une licence d’avocat et exerce aujourd’hui en toute liberté — symbole éclatant de l’impunité institutionnalisée du régime.

L’affaire Zahra Kazemi : un symbole historique de l’impunité d’État

Le cas de Zahra Kazemi, photojournaliste irano-canadienne, demeure l’un des exemples les plus documentés de crimes d’État restés impunis.

En juillet 2003, alors qu’elle couvrait la détention de familles de prisonniers politiques devant la prison d’Evin, elle fut arrêtée puis torturée à mort dix-huit jours plus tard.

Les rapports médicaux ont confirmé une hémorragie cérébrale due à de violents coups, ainsi que de multiples marques de torture sur son corps. Malgré ces preuves irréfutables, aucun haut responsable des services de sécurité ou du pouvoir judiciaire n’a été poursuivi.

Saeed Mortazavi, procureur de Téhéran à l’époque et identifié comme principal responsable de son interrogatoire, n’a jamais été jugé.

Il a même obtenu une licence pour exercer le droit, travaillant aujourd’hui au sein du système judiciaire — illustration parfaite de l’impunité structurelle du régime pour les auteurs de torture et de répression.

Arrestations massives et répression des journalistes pendant le soulèvement national de 2022

Lors du soulèvement national déclenché en septembre 2022, l’arrestation en masse et la répression des journalistes est devenue l’un des principaux outils du régime pour étouffer la vérité. Au moins 20 journalistes et acteurs des médias ont été arrêtés ou convoqués dans les premières semaines des manifestations.

Liste des journalistes arrêtés lors du soulèvement de 2022

Nom Ville / Lieu d’arrestation Date Affiliation
1 Niloofar Hamedi Téhéran 22 sept. 2022 Shargh Daily
2 Yalda Moayeri Téhéran 20 sept. 2022 Photojournaliste
3 Marziyeh Talaei Saqqez 20 sept. 2022 Agence Mokrian
4 Ali Khatibzadeh Saqqez 20 sept. 2022 Agence Mokrian
5 Khosro Kurdpour Saqqez 20 sept. 2022 Rédacteur en chef, Mokrian
6 Masoud Kurdpour Saqqez 21 sept. 2022 Journaliste, Mokrian
7 Batoul Balaei Sirjan 21 sept. 2022 Journaliste locale
8 Samira Alinejad Sirjan 21 sept. 2022 Journaliste locale
9 Fatemeh Rajabi Téhéran 23 sept. 2022 Activiste médiatique
10 Elaheh Mohammadi Téhéran 23 sept. 2022 Ham-Mihan
11 Mojtaba Rahimi Qazvin 22 sept. 2022 Journaliste indépendant
12 Alireza Khoshbakht Téhéran 22 sept. 2022 Journaliste
13 Rouhollah Nakhaei Téhéran 22 sept. 2022 Journaliste / activiste
14 Vida Rabbani Piranshahr 23 sept. 2022 Journaliste
15 Elnaz Mohammadi Téhéran 23 sept. 2022 Journaliste
16 Hamed Shafiei Téhéran 23 sept. 2022 Journaliste
17 Ahmad Halabisaz Téhéran 22 sept. 2022 Photojournaliste
18 Mehrnoush Tafian Ahvaz 27 sept. 2022 Militante / journaliste
19 Farshid Ghorbanpour Téhéran 25 sept. 2022 Écrivain / éditeur
20 Alireza Jabari-Darestani Téhéran 23 sept. 2022 Journaliste

Femmes journalistes : victimes d’une double discrimination

Les femmes journalistes en Iran subissent une double répression — en tant que professionnelles et en tant que femmes.

En plus des risques sécuritaires, elles font face à un harcèlement organisé, à l’exclusion professionnelle et à des humiliations à caractère sexiste.

La loi sur la presse iranienne ne prévoit aucune protection spécifique pour les femmes. Beaucoup travaillent sous contrat précaire, pour des salaires dérisoires, sans protection légale contre le licenciement arbitraire ou l’arrestation.

Ces dernières années, de nombreuses journalistes ont été arrêtées ou condamnées injustement, dans le cadre d’une politique délibérée visant à réduire au silence les femmes dans les médias et l’espace public.

Analyse juridique et violations des engagements internationaux

En tant qu’État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et à la Convention contre la torture (CAT), le régime iranien est tenu de garantir la liberté d’expression et le droit à un procès équitable.
En pratique, les arrestations arbitraires, les tortures et les lourdes peines infligées aux journalistes constituent des violations flagrantes de ces traités internationaux.

La Mission d’enquête des Nations unies sur l’Iran (2024) a confirmé que le traitement infligé aux journalistes et aux manifestants pourrait constituer des crimes contre l’humanité. Le refus du pouvoir judiciaire de poursuivre les responsables équivaut à un double déni de justice — d’abord envers les victimes, ensuite envers toute une société privée de son droit à la vérité.

Conclusion et appel à l’action

L’impunité des persécuteurs de journalistes est au cœur du système de survie du régime clérical.
De Zahra Kazemi aux journalistes du soulèvement de 2022, la justice a été systématiquement niée par le mensonge, la dissimulation et la protection politique.

Cette impunité persistante constitue une violation manifeste des obligations internationales de l’Iran et une attaque directe contre le droit du public à la vérité.

La communauté internationale doit activer la compétence universelle pour poursuivre les responsables de ces crimes. Sur le plan interne, il est urgent de supprimer les lois vagues sur la “sécurité nationale”, de garantir l’accès à un avocat indépendant et de réformer la loi sur la presse afin de protéger les femmes journalistes.

Tant que les journalistes iraniens ne pourront pas écrire sans craindre l’arrestation, la torture ou la mort, parler de liberté et de justice ne restera qu’un slogan vide de sens.