Prison de Fashafouyeh – Pénitencier central du Grand Téhéran – Première partie

Une prison où la vie elle-même devient une punition
prison de Fashafouyeh

CSDHI – La réalité vécue : une prison où la souffrance ne s’arrête jamais

La prison de Fashafouyeh, officiellement appelée Pénitencier central du Grand Téhéran, n’est pas seulement l’une des plus grandes prisons d’Iran ; elle est aussi le symbole de la politique structurelle du régime fondée sur la répression et la déshumanisation. Les prisonniers l’appellent « la fin du monde » — un lieu où le temps s’arrête et où la frontière entre la vie et la mort disparaît.

Méthodologie

Ce rapport s’appuie sur des témoignages d’anciens détenus, des correspondances familiales et des données indépendantes recueillies sur le terrain. Toutes les informations ont été vérifiées et actualisées jusqu’en juillet 2025.

Le rapport comporte deux sections :

• La première section examine la structure et les réalités quotidiennes de la prison.
• La seconde fournit une analyse juridique et les réactions internationales à ces violations.

1. Structure et surpopulation

Située à 32 kilomètres au sud de Téhéran et couvrant plus de 110 hectares, la prison de Fashafouyeh se compose de six unités principales. Chaque hall abrite environ 370 prisonniers, malgré une capacité standard de seulement 180. La moitié des détenus dorment au sol, à côté des toilettes.

2. L’économie de la souffrance et la corruption interne

Dans cette prison, chaque privilège a un prix — les lits, l’accès au téléphone, voire le passage à la douche.
Les cigarettes servent de monnaie officieuse, tandis que le pain ou le savon se vendent jusqu’à dix fois leur valeur réelle.

Un ancien détenu écrit :

« À la prison de Fashafouyeh, si tu n’as pas d’argent, même l’air ne t’appartient pas. »

3. Nourriture, eau et hygiène

Les repas quotidiens, appelés Jireh Doli, se composent de riz de mauvaise qualité et d’un ragoût aqueux.
L’eau est salée et contaminée, et les coupures fréquentes provoquent des épidémies de poux, de gale et d’infections cutanées.

4. La lettre de Babak Dadbakhsh : un témoignage de l’intérieur

En août 2025, Babak Dadbakhsh, prisonnier politique de 45 ans, a écrit une lettre ouverte au chef du pouvoir judiciaire :

« À la prison de Fashafouyeh, les lits, le thé, même le droit de s’asseoir à la table, coûtent de l’argent.
Les responsables vendent les postes de chefs de quartier et font passer les médicaments au marché noir.
Sur 3 500 prisonniers, seuls quelques-uns ont accès à des livres.
Chaque semaine, nous devons payer des pots-de-vin pour survivre. »

Il ajoute :

« Le magasin de la prison vend des médicaments périmés ; l’eau salée et l’odeur des égouts emplissent l’air, et quiconque proteste est envoyé à l’isolement.
Ici, la loi est morte. »

5. La clinique et la situation médicale

Plus de 20 détenus gravement malades sont regroupés dans le quartier 4, unité 2  de la prison de Fashafouyeh — sans médecin permanent, sans médicaments et sans transferts hospitaliers.

Liste des prisonniers malades :

Nom Âge Maladie Situation médicale
Mir Yousef Younesi 72 Diabète, colite, arthrite Aucun traitement, risque vital
Reza Akbari Monfared 68 Cardiopathie, maladies articulaires Verdict « inapte à la peine » ignoré
Matlab Ahmadian 43 Hernie diaphragmatique, ulcère Besoin urgent de 9 opérations
Mohammad-Ali Mahmoudi 56 Leucémie, insuffisance cardiaque Privé de soins spécialisés
Mehdi Vafaei Sani 39 Troubles gastro-intestinaux Transfert hospitalier refusé
Sepehr Ziaei 65 Hernie, maladie digestive Chirurgie promise mais non réalisée
Sirous Fathi 44 Maladie de la moelle osseuse Risque d’hémorragie interne

« À Fashafouyeh, la maladie n’est pas la mort ; c’est la torture. » — lettre d’un prisonnier malade

6. Violence organisée

La violence à la prison de Fashafouyeh n’est pas accidentelle ; elle fait partie du système de contrôle.
En 2024, des gangs liés à la drogue ont attaqué l’unité politique (unité 2) avec le soutien des gardiens.
Les interrogatoires se déroulent toujours avec bandeau sur les yeux, coups, et privation de sommeil forcée.

« Les interrogateurs nous emmènent deux fois par semaine, les yeux bandés, en nous frappant.
La torture ne se limite pas à l’isolement ; c’est une humiliation constante. »

7. Impact humain

Les familles — surtout les femmes et les enfants — vivent dans une détresse économique et psychologique permanente. Refus de visites, menaces, isolement prolongé : tout cela provoque un traumatisme profond chez les proches des détenus.

Conclusion

La prisond e Fashafouyeh n’est pas simplement une prison — c’est une structure conçue pour la destruction progressive des êtres humains. Ce qui se passe derrière ces murs relève d’une politique délibérée destinée à réduire au silence toute forme de résistance.

Les conclusions de cette première partie serviront de base à l’analyse juridique qui constituera la deuxième section.