La mémoire inébranlable de Khavaran : Les familles des victimes du massacre de 1988 défient la guerre du régime contre le souvenir

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CSDHI – Dans un puissant acte de résistance civile, les familles des victimes du massacre de 1988 transforment la répression en un message politique renouvelé de défi.

Le premier vendredi d’Azar (28 novembre 2025) a de nouveau porté le poids d’une cérémonie qui perdure depuis quatre décennies malgré la guerre du régime contre la mémoire. Les mères et les pères des prisonniers politiques massacrés durant l’été 1988 se sont dirigés vers Khavaran, ce lieu de sépulture tourmenté qui est devenu l’un des symboles les plus puissants de la résistance dans l’histoire contemporaine de l’Iran.

Beaucoup de familles de victimes portent encore sur eux les photos de jeunesse de leurs enfants, glissées dans la poche intérieure d’un manteau ou entre les pages d’un Coran, comme des fragments de leur propre âme. Ils sont venus déposer des roses rouges sur les tombes anonymes de leurs proches et déclarer, comme chaque année : « Nous ne pardonnons pas et nous n’oublions pas. »

Cette année, les murs de Khavaran étaient plus hauts, renforcés autant physiquement que symboliquement. Le régime avait transformé l’entrée du cimetière en zone militarisée, bloquant l’accès et imposant des ordres mécaniques et aboyés :

« Carte d’identité ! » – « Famille directe uniquement ! » – « Pas de groupe de plus de cinq ! » – « Pas de fleurs ! » – « Pas de caméras ! »

C’est comme si le régime avait besoin de transformer le lieu de repos des héros en un périmètre de sécurité anxiogène, où même l’acte de se souvenir devient une menace. À travers ces restrictions, les autorités cherchaient non seulement à bloquer le passage, mais aussi à étouffer la possibilité même de la mémoire.

Les familles des victimes du massacre de 1988 se sont tenues silencieuses devant les grilles verrouillées, et la lourdeur du moment était presque insupportable.

Puis une mère, qui depuis quarante ans murmure à la photo de son fils avant de s’endormir, a sorti de son sac des roses rouges et les a posées doucement sur le sol froid, devant l’entrée scellée.

Une autre mère l’a rejointe. Puis une troisième.

En quelques minutes, la grille fermée de Khavaran s’était transformée en un tapis délicat de fleurs, défiant sous les bottes des agents chargés d’empêcher le deuil. Les roses affirmaient leur présence, non pas sur les tombes à l’intérieur, mais au-delà des murs de ciment, reprenant l’espace que le régime tentait de leur enlever.

Dans sa simplicité, ce geste portait une immense force politique.

Les familles des victimes du massacre de 1988 ont créé, sans un mot, un nouveau langage de résistance. Leur acte silencieux semblait dire aux architectes de la répression :

  • Si vous bloquez le chemin, nous recréerons le chemin.

  • Si vous fermez les portes de Khavaran, nous transformerons la rue en mémorial.

  • Si vous interdisez les fleurs, nous ferons du sol lui-même un jardin du souvenir.

Ce geste symbolique n’était pas seulement un acte de protestation ; il redéfinissait l’espace, le sens et l’histoire. En cet instant, Khavaran cessait d’être un point géographique. Il devenait un événement permanent, vivant partout où on l’honore.

Les fleurs déposées à l’extérieur des murs étaient bien plus qu’un rituel de deuil : elles étaient une déclaration politique.

À travers cet acte lourd de sens, les familles des victimes du massacre de 1988 ont dit clairement au régime : il peut ériger des murs, installer des caméras, recouvrir la terre de béton — mais il ne peut pas tuer la mémoire.

Partout où les familles des victimes du massacre de 1988 se tiennent, Khavaran se tient avec elles.

Ce message révélait une vérité profonde : après quarante ans, le régime du massacre craint encore les victimes de 1988.

Cette peur est un aveu de fragilité — la reconnaissance que même un pouvoir absolu ne peut contrôler la mémoire collective.

L’histoire a montré que les systèmes autoritaires cherchent à effacer la mémoire pour assurer leur survie politique. Les nazis ont tenté de détruire les traces de leurs crimes, mais le registre historique — des commissions de vérité aux procès de Nuremberg — a prouvé qu’aucune destruction ne pouvait effacer Auschwitz.

De la même manière, Ali Khamenei, qui se veut héritier de Khomeini, ne peut pas effacer Khavaran de l’histoire de l’Iran.

Chaque rose rouge déposée sur l’asphalte froid devant les portes scellées de Khavaran était un cri contre l’oubli.
Chaque mère aux mains tremblantes, chaque père redressant sa posture brisée pour poser une fleur, établissait un tribunal symbolique contre un crime que l’histoire n’a pas encore refermé.

Grâce à chaque image partagée sur les réseaux sociaux, les jeunes Iraniens ont créé de nouveaux liens avec les héros que le régime tente depuis quarante ans de faire disparaître. Ces liens sont le sang de la mémoire collective, le pont entre les générations.

Ce qui s’est passé devant Khavaran n’était pas seulement l’échec d’une opération policière. C’était un moment de profonde humiliation pour un régime qui a bâti son pouvoir sur la répression et la manipulation de l’histoire.

Les familles des victimes du massacre de 1988 ont montré, encore une fois, qu’aucune force ne peut déraciner une mémoire enracinée dans la justice, l’amour et la persévérance.

Tant que ces mères et ces pères resteront debout, Khavaran perdurera.

Que ce soit dans la terre, dans la conscience collective ou dans les roses rouges qui fleurissent désormais derrière ses murs, Khavaran parle plus fort que jamais.