Pressions et privations accrues contre les prisonnières politiques à la prison d’Evine

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CSDHI – D’après des informations récentes provenant du quartier des femmes de la prison d’Evine, de nouvelles mesures restrictives et une pression sécuritaire accrue ont été imposées ces dernières semaines aux prisonnières politiques. L’arrêt total des rations alimentaires de base, la fermeture de la cuisine du quartier, la hausse brutale du prix des produits essentiels et la réduction des visites — de toutes les deux semaines à une fois par mois — ont considérablement aggravé les conditions de vie.

Les familles affirment que le coût de la fourniture des biens les plus élémentaires est devenu « insupportable » et que la réduction des visites a entraîné une détérioration manifeste du moral des détenues.

Dans le même temps, l’accès aux soins médicaux est davantage entravé par des retards délibérés, des interférences sécuritaires et le manque de médicaments essentiels. Selon leurs proches, « la négligence à Evine a atteint un niveau dangereux et menace désormais la santé et la sécurité des femmes détenues ».

Dégradation des conditions environnementales et sanitaires dans le quartier 6

Le quartier 6, situé au sous-sol de la prison d’Evine, est dans un état extrêmement lamentable. L’humidité permanente, un air pollué et épais, les murs couverts de moisissure ainsi que l’odeur d’humidité et d’égout rendent l’environnement suffocant.

De nombreuses femmes souffrent de problèmes respiratoires, de maux de tête chroniques et de douleurs articulaires.

On rapporte également la présence de gros rats circulant dans les chambres et les couloirs, ce qui pose de graves risques sanitaires et sécuritaires.

Les dégâts causés par les anciennes attaques et incendies de la prison d’Evine sont toujours visibles, et aucune réparation sérieuse n’a été effectuée. Combinée à la surpopulation et à l’absence de fournitures de base, cette dégradation rend les conditions de vie presque intenables, en particulier pour les détenues âgées ou souffrant de maladies chroniques.

Population et besoins médicaux importants

Le quartier des femmes compte environ 60 prisonnières politiques et 6 détenues pour raisons financières. Plus d’une dizaine d’entre elles ont plus de 60 ans et nécessitent des soins médicaux constants.

Un nombre important souffre de maladies graves : cancer, sclérose en plaques, maladies cardiaques, diabète, rhumatismes, troubles sévères de la colonne vertébrale.

L’accès aux médicaments, aux examens médicaux et aux traitements spécialisés est extrêmement limité — et souvent totalement interrompu.

Priver les prisonnières politiques et religieuses de traitements médicaux nécessaires constitue une politique délibérée visant à briser leur résistance par l’usure physique et psychologique.

Trois cas illustratifs de privation médicale à Evine

1. Aida Najaflou : fracture de la colonne vertébrale et retour en prison sans traitement

Le 1er novembre 2025, la convertie chrétienne et prisonnière de conscience Aida Najaflou est tombée d’un lit superposé et a souffert d’une fracture de la vertèbre T12.

Bien que la fracture ait été confirmée à l’hôpital, elle a été renvoyée à Evine sans aucun traitement, alors qu’elle était incapable de se déplacer.

Après les protestations des autres détenues, elle a été transférée dans un second hôpital, mais elle n’a toujours pas reçu les soins nécessaires.

Elle avait pourtant demandé à plusieurs reprises à dormir sur un lit du bas à cause de douleurs chroniques au dos, mais ses demandes ont été ignorées.

Aujourd’hui encore, elle dépend d’antalgiques puissants et de l’aide de ses codétenues, tandis que l’absence d’une intervention urgente risque d’entraîner des dommages permanents voire une paralysie.

2. Marziyeh Farsi : cancer et maladie cardiaque aggravés par la négligence médicale

La prisonnière politique Marziyeh Farsi, née en 1967 et souffrant de cancer et de problèmes cardiaques, subit depuis plusieurs semaines des vertiges sévères, des migraines chroniques et un affaiblissement général.

Bien que son spécialiste ait prescrit un traitement essentiel pour freiner la progression du cancer, les autorités d’Evine ont refusé à plusieurs reprises de laisser entrer les médicaments.

Les transferts médicaux sont soit retardés indéfiniment, soit annulés au dernier moment.

Son état se détériore rapidement, et le risque de récidive complète de son cancer est désormais extrêmement élevé.

Elle reste détenue sans accès à des soins vitaux.

3. Shiva Esmaeili : immobilité et obstruction sécuritaire des traitements

La prisonnière politique Shiva Esmaeili, née en 1965, a développé de graves douleurs dorsales et vertébrales après son transfert à la prison de Qarchak.

Malgré son retour à Evine, elle est toujours incapable de se déplacer seule et a besoin d’aide pour les tâches quotidiennes.

Le ministère des renseignements et les autorités pénitentiaires ont bloqué à plusieurs reprises ses transferts vers des spécialistes.

Elle est aujourd’hui presque totalement immobilisée, dépend d’analgésiques puissants et est également privée de contact avec ses enfants — une souffrance psychologique qui aggrave encore son état physique.

Femmes menacées d’exécution, lourdes peines et mères emprisonnées

Dans le quartier des femmes, plusieurs prisonnières politiques — notamment Verisheh Moradi, Pakhshan Azizi et Nasimeh Eslamzehi — risquent l’exécution.

D’autres, comme Forough Taghipour et Marziyeh Farsi, purgent de longues peines de prison.

Certaines prisonnières, telles que Shiva Esmaeili et Zahra Safaei, ont été arrêtées avec leurs enfants, qui vivent aujourd’hui dans des conditions dangereuses et très en dessous des standards de santé.

Des femmes sunnites d’Afghanistan, du Tadjikistan, d’Inde et de Jordanie sont également détenues dans des cellules séparées et mal équipées. Deux d’entre elles ont accouché à l’intérieur d’Evine et n’ont ni lait infantile ni soins adaptés pour leurs nourrissons.

Analyse des droits humains : violations du droit international

Les conditions dans le quartier des femmes de la prison d’Evine violent clairement plusieurs normes internationales :

  • ICCPR, Article 10 : droit à un traitement humain

  • ICESCR, Article 12 : droit à la santé

  • ICCPR, Article 7 : interdiction de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants

  • Convention relative aux droits de l’enfant : protection des mères et nourrissons

  • Règles Mandela de l’ONU : accès immédiat aux soins, interdiction des retards médicaux intentionnels

La privation médicale, les conditions insalubres, l’insécurité alimentaire, la réduction des visites et la pression psychologique constituent un schéma ciblé et systématique d’abus contre les prisonnières politiques.

Conclusion et appel urgent

La pression croissante, les privations et les restrictions sévères imposées aux prisonnières politiques de la prison d’Evine reflètent une politique d’État fondée sur la négligence médicale, la pression psychologique et des conditions inhumaines.

Le manque de soins médicaux, la diminution des visites familiales et la dégradation rapide des conditions sanitaires mettent la vie de dizaines de femmes — en particulier les plus âgées et les plus malades — en danger immédiat.

Des mesures urgentes sont nécessaires :

  • transfert médical immédiat des prisonnières gravement malades ;

  • rétablissement des visites familiales ;

  • amélioration des conditions pour les mères et leurs enfants ;

  • levée des restrictions abusives ;

  • accès à une surveillance indépendante du quartier des femmes.

Malgré la répression sévère, ces femmes continuent de faire preuve d’un courage exceptionnel. Leur situation exige une attention immédiate de la communauté internationale des droits humains.