CSDHI – Comment l’implosion du système social, la montée de la pauvreté, les morts silencieuses et la disparition des moyens de subsistance révèlent la décomposition structurelle de la vie quotidienne en Iran sous le régime de mollahs.
En Iran aujourd’hui, la crise n’est plus une exception. Elle est devenue le cadre même de la vie quotidienne en Iran. Tous les indicateurs – économiques, sociaux, psychologiques – montrent une société poussée au bord de la rupture, où le coût de la survie grimpe plus vite que les revenus, et où le laisser-faire délibéré de l’État accentue le désespoir dans chaque province.
Nulle part cette dégradation n’est plus visible que dans le sort des retraités. Pendant des décennies, ils ont versé trente pour cent de leur salaire – l’un des taux de cotisation les plus élevés au monde – avec l’espoir d’une sécurité et d’une dignité à la retraite.
Aujourd’hui, ils se retrouvent confrontés à une cotisation complémentaire fixée à 720 000 tomans, dont l’Organisation de la sécurité sociale ne prend en charge qu’une faible portion. Près d’un demi-million de tomans sont directement prélevés sur leurs pensions déjà insuffisantes, transformant une épargne de toute une vie en un nouveau fardeau.
Ce qu’on leur rend n’a plus rien d’une sécurité : c’est un revenu qui s’amenuise mois après mois, forçant nombre d’entre eux à retomber dans la spirale des dépenses essentielles. Le silence de ceux qui devraient défendre leurs droits devient une forme de complicité dans ce démantèlement du filet social.
L’effondrement économique de la vie quotidienne en Iran dépasse largement le cas des retraités. Un rapport officiel récent dresse un constat alarmant : depuis 2017, tous les indicateurs du bien-être se sont détériorés – mais aucun autant que la sécurité alimentaire et le logement. Le taux de pauvreté absolue est passé de 30 % en 2017 à 44 % en 2024.
Durant la même période, la consommation calorique a reculé chaque année, signe d’un déclin nutritionnel diffus mais profond. Parmi les locataires, la pauvreté liée au revenu a grimpé de 26 % à 38 %. Les dépenses d’éducation se sont presque volatilisées, passant de 1,5 % à un peu plus de 0.5 % du budget des ménages.
Le nombre d’enfants déscolarisés a, lui, bondi de 777 000 à 911 000 – un chiffre vertigineux qui montre comment l’effondrement économique actuel hypothèque directement l’avenir.
Les disparités régionales suivent, elles aussi, une trajectoire constante. Dans les provinces du Zagros – Ilam, Kermanshah, Lorestan et Kohgiluyeh-et-Boyer-Ahmad –, les taux de suicide figurent parmi les plus élevés du pays depuis trois décennies.
Ces régions ne sont jamais sorties de l’état de crise. Leur éloignement des moyennes nationales est révélateur. Les chercheurs relient la hausse des suicides à un faisceau de pressions structurelles : chômage, pauvreté ancrée, développement entravé, violences domestiques, tensions culturelles entre tradition et modernité, et inégalités de genre persistantes.
Une question hante désormais ces communautés : comment des pressions systémiques transforment elles la frustration en désespoir, puis le désespoir en une décision irréversible ?
La dégradation économique de la vie quotidienne en Iran prend aussi des formes symboliques frappantes. Avec un prix du pièce d’or Bahar Azadi atteignant 123 millions de tomans, l’inflation devient palpable.
Pour atteindre cette somme en billets de 10 000 tomans, il faudrait douze mille billets – une montagne de papier pour l’équivalent d’une pièce qui tient dans la paume. Cette image explique mieux que toute statistique la disparition du pouvoir d’achat. La monnaie circule encore : c’est sa valeur qui s’est évaporée.
L’insécurité alimentaire constitue un autre versant de cette crise. Si les étals des marchés ne manquent pas de viande rouge, les tables des familles racontent tout autre chose. Selon les données de la FAO, la consommation annuelle de viande en Iran est tombée à 31,9 kilos par personne, bien moins que les 46,8 kilos recensés en Turquie.
Les spécialistes avertissent : sans réforme sérieuse de l’alimentation animale, des circuits de distribution et des politiques publiques, l’agriculture et l’élevage iraniens risquent d’entrer dans une crise encore plus aiguë. L’abondance exposée en vitrine n’a plus rien à voir avec l’accessibilité pour un public aux revenus effondrés.
À travers toutes ces crises – appauvrissement des retraités, faim croissante, hausse des suicides, effondrement du pouvoir d’achat, recul nutritionnel – une même réalité s’impose : un régime incapable, ou non disposé, à assurer la dignité et la survie de sa population.
Sous ce pouvoir, l’économie ne fluctue pas : elle s’effrite. Les conditions sociales ne se dégradent pas temporairement : elles se détériorent structurellement. Chaque nouveau chiffre, chaque drame silencieux, révèle à quel point l’échec du système s’est immiscé dans l’intimité de millions de vies.
Dans cette société, la crise n’est plus un moment.
C’est l’atmosphère même que respire la nation.



