Le régime iranien lance une nouvelle vague de répression pour rétablir le port obligatoire du hijab

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CSDHI – Au milieu d’une résistance populaire croissante menée par les femmes iraniennes, le régime a déclenché une campagne sécuritaire et politique coordonnée visant à réimposer le port obligatoire du hijab, par un renforcement des contrôles policiers, des fermetures administratives et l’élargissement de la surveillance.

La résistance continue des femmes iraniennes face au hijab obligatoire — particulièrement depuis le soulèvement de l’automne 2022 — est devenue l’un des mouvements sociaux les plus durables de ces quatre dernières décennies.

Cette défiance persistante a désormais déclenché une nouvelle phase de répression, alors que les plus hauts responsables du régime annoncent une mobilisation concertée pour réhabiliter l’appareil coercitif qui avait momentanément reculé sous la pression populaire.

Lors d’un discours à Yazd le 4 décembre, le chef du pouvoir judiciaire, Gholam-Hossein Mohseni-Ejei, a tenu ses propos les plus explicites depuis des mois. Il a affirmé que les lois en vigueur permettent aux autorités de « contrôler jusqu’à 75 % des violations » et déclaré que l’atmosphère sociale actuelle dans les rues « ne doit pas perdurer ».

Il a annoncé que les services de renseignement ont reçu pour consigne d’identifier ce qu’il appelle des « réseaux organisés anti-hijab », tandis que les forces de police ont été invitées à intervenir rapidement contre les « infractions flagrantes », avalisant de fait le retour intégral des patrouilles des mœurs.

Ejei a également averti que les établissements commerciaux jugés non conformes ne seraient plus seulement fermés temporairement et que les organisateurs de tout événement impliquant ce qu’il qualifie « d’actes immoraux » seraient poursuivis.

Ces déclarations, renforcées par les récents propos du président du régime, de responsables sécuritaires et de commandants de police, reflètent une mobilisation générale en vue de rétablir le hijab obligatoire. Selon les autorités, cette campagne répond directement aux ordres du Guide suprême, qui presse le gouvernement de Masoud Pezeshkian de réactiver des mécanismes stricts d’application de la loi.

La veille des propos d’Ejei, le Guide suprême s’était adressé à un groupe de femmes Bassidjis et les avait exhortées à résister à ce qu’il dénonce comme « la pensée occidentale sur les femmes et le hijab ».

Il a appelé les médias d’État et les institutions culturelles à éviter de « mettre en avant » les idées occidentales sur les libertés individuelles, estimant qu’en relayant ces vues, les médias nationaux deviendraient « des instruments de l’ennemi ». Ces propos s’inscrivent dans une pression accrue exercée depuis des semaines par son entourage pour rétablir l’appareil suspendu d’application du hijab.

Les évolutions sur le terrain confirment cette rhétorique. L’agence Fars, proche du régime, a diffusé des images montrant des cafés et restaurants à Téhéran scellés au chalumeau ou murés, une méthode punitive désormais appliquée pour des périodes de plusieurs mois.

La police, dans tout le pays, a accéléré les fermetures de commerces sur des accusations allant du « mauvais port du hijab » à l’organisation de musique live ou de réunions. Cette escalade reflète le nouveau modèle policier élaboré après des mois de planification interne.

Au Parlement, les figures ultraconservatrices comme Morteza Agha-Tehrani réclament une mobilisation totale de toutes les institutions pour contrer ce qu’ils décrivent comme de la « nudité et du dévoilement ». Ezzatollah Zarghami, lui, considère toute entorse au hijab obligatoire comme une pente dangereuse menant à « l’obscénité ». Ces prises de position révèlent l’alignement politique derrière la répression et la justification idéologique qui l’accompagne.

Même le président Pezeshkian, qui avait reconnu durant la campagne électorale de l’an dernier avoir participé dans sa jeunesse à la répression de femmes, s’est désormais aligné sur la ligne du régime.

Son insistance récente sur la « modestie » et la « discrétion », ainsi que son appel aux athlètes et figures culturelles à promouvoir des « modèles supérieurs de hijab », montrent la volonté du gouvernement de se conformer aux injonctions du Guide plutôt que de tenir compte de l’opinion publique.

Cette intensification est intervenue après que le ministère du Renseignement a soumis au Guide un rapport confidentiel sur la situation sociale — notamment sur le port obligatoire du hijab. Selon Elyas Hazrati, responsable du conseil médiatique du gouvernement, ce rapport a conduit à un ordre immédiat adressé au cabinet de Pezeshkian pour relancer l’application de la loi.

En quelques jours, des réunions d’urgence réunissant le ministère de l’Intérieur, le ministère du Renseignement, la présidence et les organes sécuritaires ont été tenues afin de concevoir un nouveau cadre de « gestion des anomalies sociales ». Un comité spécial a été créé pour coordonner ces mesures à l’échelle de l’État.

Tout cela se déroule alors que des observations de terrain et des rapports internationaux témoignent d’une transformation profonde du comportement des femmes iraniennes. Un récent reportage de l’Associated Press à Téhéran décrit des femmes de tous âges marchant tête découverte dans les quartiers nord de la capitale, « indifférentes et insensibles » aux avertissements.

Selon ce rapport, le régime est alarmé par l’ampleur de ce rejet populaire et conscient que des mesures trop brutales, en pleine crise économique, pénurie d’eau et menace de guerre, pourraient rallumer des manifestations nationales.

Malgré les discours de certains idéologues du régime prônant des « rappels polis » plutôt que la contrainte, l’appareil sécuritaire dessiné raconte une toute autre histoire. Les autorités ont officiellement activé une « salle d’opérations du hijab et de la chasteté » à Téhéran et mobilisé plus de 80 000 agents dédiés à l’application du port obligatoire du hijab — une mobilisation sans précédent, l’une des plus importantes depuis les années 1980.

Trois ans après les manifestations de 2022 et le recul partiel du régime sur l’application agressive du hijab, l’Iran est confronté au retour d’une stratégie familière — et éprouvée comme défaillante. Pressions sécuritaires renouvelées, arrestations, amendes, fermetures de commerces, relance des patrouilles des mœurs, intensification de la propagande : tout indique un État tentant de réimposer son contrôle par la contrainte plutôt que par l’adhésion.

Reste à savoir si cette nouvelle version d’une vieille politique pourra résister à la transformation sociale désormais visible dans l’espace public — ou si elle déclenchera une nouvelle vague de contestation nationale dans les mois à venir.