Violation systématique du droit à la santé en Iran

D’une stratégie de « victimes humaines » pendant le COVID-19 au marché noir des médicaments et à la mort silencieuse des prisonniers malades
droit-a-la-sante-en-iran-csdhi

CSDHI – La couverture sanitaire universelle repose sur le principe selon lequel toutes les personnes, partout, ont droit à la santé et doivent avoir accès à des services de santé essentiels et de qualité, sans subir de difficultés financières.

1. Cadre du rapport et principales conclusions

De nombreuses preuves, abondamment documentées, montrent qu’en Iran, ce principe de droit à la santé ne s’est pas seulement jamais concrétisé, mais qu’il a été systématiquement violé.

Sur la base d’aveux officiels des autorités étatiques, de rapports publiés par des médias affiliés au régime, de données recueillies par le CNRI et de réactions internationales, ce rapport démontre que la situation en Iran ne relève ni d’une crise isolée ni d’un simple dysfonctionnement administratif. Elle révèle au contraire un schéma durable de décisions et de politiques dans lequel la santé publique et la vie humaine sont subordonnées à des considérations politiques, sécuritaires et économiques.

2. COVID-19 : politiques meurtrières et dissimulation systématique

Aveu officiel de 700 000 décès

Le 20 septembre 2025, Mohsen Mansouri, vice-président exécutif du président Ebrahim Raïssi, a déclaré qu’à la fin du mandat de Hassan Rohani, environ 700 000 personnes étaient mortes du COVID-19 en Iran. Cet aveu contredit fortement le dernier chiffre officiel annoncé le 3 août 2022, qui faisait état de 142 000 décès. L’écart dépasse 7,5 fois les statistiques officielles du régime.

Données de la Résistance : plus d’un million de victimes

Le secrétariat du Conseil national de la Résistance iranienne a indiqué que, depuis mars 2020, il s’appuyait sur des rapports quotidiens de terrain transmis par l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran dans les 31 provinces du pays. À travers plus de 730 briefings publics ininterrompus, il a annoncé le 8 avril 2022 que le nombre réel de victimes du COVID-19 dépassait 530 000, chiffre établi avec une « extrême prudence ». Les déclarations ultérieures de Mansouri indiquent que le bilan final a dépassé le million de morts, confirmant que les estimations antérieures étaient elles-mêmes conservatrices.

3. Rôle direct d’Ali Khamenei : de la qualification du COVID-19 de « bénédiction » à l’interdiction des vaccins

Le 3 mars 2020, au plus fort de la pandémie, le guide suprême Ali Khamenei déclarait :

« Cette calamité n’est pas si importante… elle peut être un accomplissement… cette calamité peut devenir une bénédiction pour nous. »

Ces propos, diffusés par les médias d’État, illustrent l’approche instrumentale du régime face à la mort de masse.

Le 8 janvier 2021, Khamenei a ordonné l’interdiction de l’importation des vaccins américains et britanniques contre le COVID-19, alors même que les campagnes de vaccination étaient en cours dans le monde entier et que les décès évitables continuaient d’augmenter en Iran.

4. La « bénédiction économique » du COVID-19 : profits tirés de vaccins inefficaces

Le 2 septembre 2021, le quotidien gouvernemental Javan a révélé que l’Iran avait acheté pour des dizaines de milliers de milliards de rials de vaccins chinois inefficaces, sans évaluation scientifique, et avait contraint la population à les utiliser en sachant qu’ils n’étaient pas efficaces. Le journal citait des aveux officiels, y compris de hauts responsables de la santé, reconnaissant l’inefficacité de ces vaccins et leurs effets indésirables. Il signalait également des cas de patients qui, bien que leur décès n’ait pas été attendu, ont perdu la vie après avoir reçu ces produits.

Le 14 septembre 2021, le journal Shargh a révélé que Barkat, une société affiliée au Corps des gardiens de la révolution islamique, facturait chaque dose de vaccin 200 000 tomans, siphonnant plus d’un milliard de dollars de fonds publics pour environ 120 millions de doses.

5. Hausse des prix des médicaments, marché noir de Naser Khosrow et chaîne de corruption

Les médicaments : de biens essentiels à produits de luxe

En janvier 2025, l’agence de presse étatique Mehr a rapporté des augmentations officielles de prix concernant 955 médicaments. Certains ont subi des hausses de 50 à 100 %, notamment :

  • un comprimé passant de 20 000 à 50 000 tomans

  • une pommade passant de 12 600 à 37 000 tomans

  • la dexaméthasone passant de 7 700 à 19 000 tomans

  • les capteurs de glycémie doublant, passant d’environ 4 millions à plus de 8 millions de tomans, tout en devenant rares

Ces chiffres ne concernent que le marché officiel ; l’accès réel des patients dépend souvent du secteur informel.

Naser Khosrow : cœur du marché noir pharmaceutique iranien

Les médias iraniens identifient depuis longtemps la rue Naser Khosrow, à Téhéran, comme le principal centre du marché noir des médicaments. Des rapports confirment que des médicaments introuvables dans les pharmacies agréées y sont vendus à des prix plusieurs fois supérieurs aux tarifs officiels.

Les données compilées montrent que des médicaments vitaux pour les patients atteints de cancer, pour la dialyse, les greffes d’organes et les maladies rares — souvent importés avec des devises subventionnées — sont systématiquement détournés de la chaîne légale pour être revendus sur le marché noir à des dizaines de millions de tomans.

Acteurs et mécanismes

Le fonctionnement continu du marché de Naser Khosrow est impossible sans protection structurelle. Il opère au centre de Téhéran, sous surveillance policière et sécuritaire constante, à proximité immédiate d’institutions étatiques.

L’ancien ministre de la Santé, Saeed Namaki, a publiquement évoqué une « corruption organisée dans le secteur pharmaceutique et des équipements médicaux », s’interrogeant sur la disparition de 1,3 milliard de dollars. Les données relient certaines parties de ce réseau à des entreprises affiliées aux Gardiens de la révolution, qui profitent directement des pénuries artificiellement créées.

Conséquences humaines

Selon les statistiques officielles, avant même l’aggravation de la crise des médicaments, les travailleurs et retraités dépensaient environ 1,4 million de tomans par mois pour les soins médicaux, alors que le revenu mensuel moyen avoisinait 6 millions de tomans. Avec la flambée récente des prix des médicaments, les traitements sont devenus pratiquement inaccessibles pour de larges segments de la population, contraignant les patients à choisir entre la pauvreté et la mort.

6. Les prisons iraniennes : antichambres de la mort pour les prisonniers malades

Des preuves fiables provenant de l’intérieur des prisons iraniennes montrent que le refus de soins médicaux aux détenus malades constitue une politique délibérée.

Cas représentatifs

  • Maryam Shahreki, 40 ans, prison de Fardis (Karaj) : souffrant de graves symptômes cardiaques, diagnostiquée à tort comme ayant des douleurs gastriques, décédée le 11 septembre 2025 avant son transfert à l’hôpital.

  • Jamileh Azizi, prison de Qarchak (Varamin) : transférée à la clinique pénitentiaire le 18 septembre 2025 pour des symptômes d’infarctus, renvoyée sans traitement et décédée quelques heures plus tard.

  • Somayeh Rashidi, 42 ans, prison de Qarchak : épileptique, ses crises répétées entre le 15 et le 19 septembre 2025 ont été qualifiées de « simulation », entraînant une dégradation critique de son état.

  • Seyed Abolhassan Montazermoqaddam, prison de Ghezel Hesar : condamné à mort, atteint de plusieurs maladies graves nécessitant une chirurgie urgente, privé de soins adéquats.

  • Mir Yousef Younesi, 72 ans, prison de Fashafouyeh : transfert à l’hôpital annulé à trois reprises au dernier moment.

  • Ayoub Parkar, 69 ans, prison de Sheiban (Ahvaz) : souffrant de multiples maladies chroniques après 17 ans d’emprisonnement, privé de soins suffisants.

Schémas de privation médicale

Ces cas révèlent des mécanismes constants : retards délibérés dans les transferts hospitaliers, contrôle sécuritaire des décisions médicales, qualification des plaintes comme « simulations », conditions humiliantes telles que les transferts menottés, refus de médicaments essentiels et obligation pour les détenus de payer eux-mêmes leurs soins.

7. Condamnations et réactions internationales

Les instances internationales de défense des droits humains et les procédures spéciales de l’ONU ont exprimé à plusieurs reprises leur inquiétude concernant l’accès aux soins en Iran, en particulier dans les prisons.

Amnesty International, dans son rapport d’enquête Antichambres de la mort, a déclaré que les autorités iraniennes refusent délibérément aux prisonniers malades l’accès à des soins vitaux, transformant les prisons en lieux de mort lente.

Les rapporteurs spéciaux des Nations unies sur la torture et sur le droit à la santé ont également exprimé de graves préoccupations dans des communications officielles, appelant à la fourniture immédiate et inconditionnelle de soins médicaux à tous les prisonniers malades en Iran.

8. Conclusion

L’ensemble des preuves démontre une violation systématique du droit à la santé en Iran. Des politiques meurtrières liées au COVID-19 et à la dissimulation massive des décès, aux profits tirés des vaccins et des médicaments, en passant par l’institutionnalisation du marché noir de Naser Khosrow et le refus délibéré de soins aux prisonniers malades, la santé a été subordonnée à des priorités politiques, sécuritaires et économiques.

Ce rapport sur le droit à la santé documente un schéma cohérent dans lequel la souffrance évitable et la mort sont devenues des instruments normalisés de gouvernance.