Effondrement du système de santé iranien : quand la maladie devient un chemin vers la pauvreté

Inflation médicale galopante, assurances vidées de leur substance et priorités du régime précipitent retraités et patients vers la ruine financière.
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CSDHI – Alors que le dirigeant du régime iranien continue de se targuer du « progrès » et de la « résilience de la nation pour l’honneur islamique », la réalité vécue par des millions de travailleurs, d’employés, de retraités et de patients raconte une tout autre histoire.

À travers le pays, le système de santé iranien se délite, les coûts des soins sont directement transférés aux ménages, et la maladie est devenue un facteur déclencheur de pauvreté, de liquidation d’actifs et même d’éclatement des familles.

Le lundi 15 décembre 2025, tandis que des dizaines de manifestations de retraités éclataient dans tout le pays pour dénoncer leurs conditions de vie et leurs prestations, les médias nationaux rapportaient que les retraités de la Sécurité sociale faisaient désormais face à ce qui est décrit comme un « tsunami d’inflation médicale ». Cette crise n’est plus abstraite ni progressive : elle est immédiate, mesurable et dévastatrice.

Les données officielles du Centre statistique iranien montrent que l’inflation dans le secteur de la santé a atteint 48,2 %. Dans le cadre du septième plan de développement du régime, la part des dépenses médicales restant à la charge des patients devait être ramenée à 35 %.

Au lieu de cela, les retraités supportent aujourd’hui près de 70 % des coûts de traitement. Cela représente un triplement de la charge financière pour une population qui survit généralement avec des pensions mensuelles de 10 à 15 millions de tomans — des montants déjà rongés par une inflation chronique.

De telles explosions de coûts ont transformé le traitement des maladies graves en cauchemar économique. Selon l’agence ILNA, lorsque le coût complet d’un traitement contre le cancer atteint 900 millions de tomans, même un copaiement théorique de 30 % se traduit par 270 millions de tomans à la charge directe du patient.

Pour un retraité aux revenus minimaux, cela n’est possible qu’en vendant son logement ou en épuisant l’épargne d’une vie — ce qui conduit souvent à l’abandon pur et simple des soins. En pratique, le prétendu « droit à la santé » est devenu un privilège de classe.

Parallèlement, des entreprises affiliées à l’Organisation de la Sécurité sociale promeuvent des dispositifs tels que l’« assurance complémentaire » ou l’« assurance complémentaire dorée », vantant une « couverture illimitée ».

En réalité, ces plans imposent des primes encore plus lourdes aux retraités. Des militants syndicaux et associatifs estiment que ces initiatives ne constituent pas des solutions, mais des tentatives de légitimer l’extraction de paiements supplémentaires auprès de citoyens dont les soins devraient, légalement, être intégralement pris en charge.

Parviz Ahmad Panjaki, membre du Haut Conseil des retraités de la Sécurité sociale, affirme que l’assurance de base a, de fait, perdu toute fonction. Les hôpitaux appartenant à la Sécurité sociale, minés par la vétusté et le sous-financement, ne sont plus en mesure de fournir des services adéquats.

Il souligne que les retraités cherchant une couverture complémentaire pour eux-mêmes et leurs familles peuvent être contraints de payer jusqu’à six millions de tomans par mois en primes — un montant totalement incompatible avec des revenus de niveau pension.

Mais la crise des retraités n’est qu’une facette d’un effondrement sanitaire plus large. Ces dernières semaines, l’Association iranienne de la thalassémie a averti que la suppression des devises subventionnées pour les médicaments et le matériel médical a fait grimper le prix de médicaments vitaux de quatre à douze fois.

Certaines familles, désespérées de poursuivre le traitement de leurs enfants, auraient eu recours à la vente de reins ou de cornées — un témoignage glaçant de la dégradation morale et économique d’un système qui prétend pourtant défendre la « justice sociale ».

Dans le même temps, des sources de l’industrie pharmaceutique font état de rayons de pharmacies vides, de dettes cumulées de l’État et des assurances dépassant 150 000 milliards de tomans, ainsi que de la faillite de milliers de pharmacies.

Mohammad Abdehzadeh, président de la Commission de l’économie de la santé à la Chambre de commerce de Téhéran, a averti que les trois derniers mois de l’année 1404 (calendrier persan) pourraient marquer la période la plus critique pour le secteur pharmaceutique iranien depuis des décennies. Il souligne surtout que les racines de cette crise ne résident pas uniquement dans les sanctions, mais dans l’inefficacité structurelle et les priorités fondamentalement déformées du régime.

À ce désastre s’ajoute la chute libre de la monnaie nationale. Un dollar s’échangeant à 131 000 tomans et une pièce d’or à 144 millions de tomans montrent clairement que, même lorsque les médicaments sont disponibles, de vastes segments de la société ne peuvent se les offrir.

Un salaire minimum mensuel de 83 dollars, combiné à une inflation incontrôlée des produits alimentaires et des soins de santé, a plongé des millions de personnes dans une lutte quotidienne pour survivre — une réalité qui se reflète dans la hausse des vols, des suicides et l’érosion de la sécurité sociale.

Malgré cela, le régime iranien continue d’invoquer des « contraintes financières » pour se justifier. Un argument qui sonne creux à la lumière de récentes déclarations du Trésor américain indiquant que Téhéran aurait fourni au moins un milliard de dollars au Hezbollah libanais au cours de l’année écoulée.

Pour les Iraniens ordinaires, la question est inévitable : s’il n’y a pas d’argent pour les patients âgés, les personnes atteintes de thalassémie ou les traitements contre le cancer, comment de telles ressources colossales sont-elles trouvées — et priorisées — pour des agendas extérieurs ?

Les militants des secteurs des retraités, du travail et de la santé soulignent que la crise médicale iranienne n’est plus un problème temporaire. La vente forcée d’actifs par les retraités, le choix cruel entre soins et mort pour les patients, et la désintégration des familles sont le résultat cumulé d’années durant lesquelles les ambitions idéologiques, sécuritaires et régionales ont été placées au-dessus du bien-être public.

Dans ce contexte, les coûteux régimes d’assurance complémentaire ne sont pas des signes de soutien, mais des preuves documentées du recul du régime face à ses responsabilités les plus élémentaires envers la population qu’il gouverne.