Human Rights Watch : Preuves croissantes de massacres de manifestants en Iran

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CSDHI – Dans un nouveau rapport, Human Rights Watch a révélé des preuves de plus en plus nombreuses de massacres de manifestants perpétrés par les forces de sécurité du régime iranien à travers le pays. L’organisation affirme que l’utilisation de munitions réelles contre des manifestants non armés était délibérée et s’inscrivait dans une politique d’État.

Publié le vendredi 16 janvier, le rapport souligne que les forces de sécurité du régime iranien, suite à l’escalade des manifestations nationales depuis le 8 janvier, ont coordonné des massacres de manifestants. On estime que des milliers de manifestants et de passants ont été tués. Selon l’organisation, les preuves disponibles montrent que de nombreuses victimes ont été tuées ou grièvement blessées par balles à la tête et au haut du corps.

Human Rights Watch indique que les restrictions sévères imposées aux communications et la coupure totale d’Internet ont masqué l’ampleur réelle de ces massacres de manifestants. Néanmoins, selon le rapport, certains responsables iraniens ont eux-mêmes reconnu que le nombre de morts se chiffrait en milliers.

Lama Fakih, directrice adjointe de la division Moyen-Orient de Human Rights Watch, a déclaré en réaction à ces conclusions :

« Les massacres perpétrés par les forces de sécurité iraniennes depuis le 8 janvier sont sans précédent dans l’histoire du pays et démontrent une fois de plus que les dirigeants qui massacrent leur propre peuple continueront de commettre des crimes tant qu’ils resteront impunis.»

La nécessité d’une réponse internationale face à ce crime

Selon le rapport publié, Human Rights Watch a interrogé 21 personnes entre le 12 et le 14 janvier, notamment des témoins oculaires, des proches de victimes, des journalistes, des défenseurs des droits humains et du personnel médical. Ces personnes ont fourni à l’organisation des images, des messages audio et des témoignages des massacres de manifestants. Par ailleurs, 51 photos et vidéos authentifiées ont été examinées, et les blessures des victimes ont été évaluées par des experts médico-légaux indépendants affiliés au Conseil international pour la réadaptation des victimes de torture.

Le rapport ajoute que malgré les coupures généralisées des communications, des preuves de manifestants tués ont émergé dans des provinces comme Téhéran, Alborz, Kermanshah, Khorassan-e Razavi, Gilan, Kohgiluyeh et Boyer-Ahmad, Markazi et Mazandaran. Un témoin oculaire à Kermanshah a déclaré dans un message audio :

« Ils tirent ici ; les gaz lacrymogènes sont partout. Je suis bloqué dans la rue en rentrant du travail. Toutes les routes sont bloquées et les forces de sécurité tirent.»

Human Rights Watch a également fait état de vidéos en provenance de Téhéran montrant de nombreux sacs mortuaires et des corps entassés dans et autour du centre médico-légal de Kahrizak. Selon l’organisation, sur quelques vidéos prises au même endroit, on a pu dénombrer au moins 400 corps, bien que le nombre réel soit probablement plus élevé en raison de l’empilement des corps.

Des sacs remplis de corps humains !

Le rapport indique ensuite que les médias affiliés au régime des mollahs ont fait état de la mort d’au moins 121 membres des forces de sécurité, un chiffre qui n’a pas été vérifié de manière indépendante. Human Rights Watch a toutefois déclaré avoir examiné des rapports indiquant que, dans certains cas, des responsables ont fait pression sur les familles des victimes pour qu’elles identifient faussement leurs proches comme membres de la milice Bassidj afin de récupérer leurs dépouilles.

Se référant aux principes des Nations Unies sur le recours à la force, l’organisation a souligné que l’usage généralisé, coordonné et meurtrier d’armes à feu contre des manifestants non armés démontre que les autorités ont délibérément utilisé la force létale dans le cadre d’une politique « d’État ».