Le régime iranien fait pression sur les familles des manifestants tués

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CSDHI – Après la répression la plus meurtrière des manifestations en Iran depuis plusieurs décennies, les autorités iraniennes ont étendu leur répression au-delà des rues, touchant les morgues, les hôpitaux et les domiciles des familles. Elles instrumentalisent les corps des manifestants pour étouffer la dissidence et contrôler le discours officiel.

Des témoignages révèlent comment les corps des manifestants tués lors des récentes manifestations sont collectés, stockés, puis remis sous haute surveillance.

Morgues sous contrôle des forces de sécurité

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent le transfert continu des corps d’Iraniens tués vers le complexe médico-légal de Kahrizak, un centre médico-légal d’État situé au sud de Téhéran.

Dans l’une de ces vidéos, datée du mercredi 14 janvier, on aperçoit des dizaines de corps allongés à même le sol dans de vastes halls du complexe, semblables à des entrepôts.

Sur la même vidéo, on voit une remorque d’où les forces de sécurité déchargent d’autres corps.

Des vidéos et des témoignages similaires en provenance de Téhéran, Mashhad, Ispahan et Rasht font état d’un grand nombre de corps détenus dans des centres médico-légaux et des hôpitaux.

Selon des témoins de terrain, les morgues et les hôpitaux sont placés sous haute surveillance, et l’accès à ces lieux est entièrement contrôlé par les forces de sécurité du régime iranien.

Les familles qui se sont rendues dans ces centres pour obtenir des informations sur leurs proches disparus ont décrit une atmosphère chaotique, de longues files d’attente et une absence de communication efficace.

Pression sur les familles

Les familles qui tentent de récupérer les corps de leurs proches sont confrontées à des intimidations et à des pressions de la part des forces de sécurité, notamment d’agents en civil et de membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).

Les forces de sécurité du régime iranien ont perquisitionné les domiciles des familles des victimes, voire ceux de leurs voisins, fouillé les téléphones portables, insulté les membres des familles et, dans certains cas, tiré sur les murs lors de raids nocturnes.

D’après ces sources, les autorités ont indiqué aux familles que les corps ne leur seraient remis qu’au petit matin. Il a également été précisé que les cérémonies funéraires doivent se dérouler individuellement et se terminer avant quatre heures du matin.

Plusieurs familles ont également rapporté avoir été averties que si elles n’acceptaient pas ces conditions, les corps de leurs proches seraient enterrés collectivement sans leur consentement.

Paiement des balles

L’un des points les plus fréquemment évoqués dans les témoignages publics est la demande d’argent faite aux familles en échange de la restitution des corps des personnes tuées.

Selon de multiples sources, les autorités du régime iranien exigent des familles qu’elles paient pour chaque balle ayant servi à tuer leurs proches. Selon les cas, les montants exigés varient de 700 millions à 2,5 milliards de rials par balle.

Au taux de change actuel, ces sommes équivalent approximativement à 480 à 1 720 dollars. Alors que le revenu mensuel moyen d’un travailleur en Iran est estimé à moins de 100 dollars, payer de telles sommes est pratiquement impossible pour de nombreuses familles. Cependant, des informations en provenance d’Iran font également état de sommes allant jusqu’à 7 000 dollars pour la remise d’un corps.

Les autorités du régime iranien avaient déjà eu recours à cette pratique lors de précédentes répressions de manifestations, mais selon des sources bien informées, son application lors des récentes manifestations est sans précédent et d’une ampleur bien plus importante.

Un message a également été publié par la mère d’une des victimes, dans lequel elle explique avoir enterré son enfant dans le jardin de leur maison.

Appartenance forcée au Bassidj

Plusieurs familles ont rapporté avoir subi des pressions de la part des services de sécurité du gouvernement pour qu’elles identifient leurs proches tués comme membres du Bassidj, une force paramilitaire affiliée au régime.

Selon des rapports d’organisations de défense des droits humains et des sources bien informées, les familles se sont vu promettre que si elles acceptaient la délivrance d’une carte de membre du Bassidj pour leurs proches, les corps leur seraient remis gratuitement.

D’après des organisations de défense des droits humains, dans plusieurs villes, la remise gratuite des corps a été conditionnée à la déclaration par les familles que leurs proches étaient membres du Bassidj et avaient été tués par des manifestants.

Les organisations de défense des droits humains considèrent cela comme une usurpation d’identité et une tentative de gonfler le bilan officiel des victimes des forces de sécurité du régime iranien ; une action visant à renforcer l’affirmation du gouvernement quant à la présence d’« éléments terroristes » dans les manifestations.

Fortes pressions sur les centres médicaux

Les témoignages publiés décrivent une pression intense sur les hôpitaux. Le nombre élevé de victimes par balles et de corps a plongé les centres médicaux dans la crise, et les forces de sécurité, par des interventions directes, empêchent la remise des corps et la tenue des cérémonies funéraires.

Selon un témoignage, les forces de sécurité ont perquisitionné les domiciles de familles qui avaient réussi à récupérer les corps de leurs proches.

Un autre témoignage fait état du suicide d’une infirmière. Selon ce rapport, confrontée à un grand nombre de manifestants tués, elle s’est donné la mort sous une pression psychologique intense.

Des messages en provenance d’Ispahan font état de massacres généralisés, d’arrestations massives et du refus des autorités de remettre les corps des victimes.

Répression des deuils

Il semble que les restrictions imposées par le gouvernement aux funérailles et aux inhumations des personnes tuées visent à empêcher que le deuil public ne devienne un point de ralliement pour de nouvelles manifestations.

Certaines familles ont déclaré avoir été contraintes d’enterrer leurs proches à la hâte, en silence et sous la surveillance des forces de sécurité du régime iranien.

Certaines ont affirmé avoir reçu l’ordre de ne pas s’exprimer publiquement ni de publier d’images, tandis que d’autres ont signalé une surveillance continue après l’enterrement.