Non au retour de la tyrannie : pourquoi le soulèvement populaire iranien ne doit pas être volé une fois de plus

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CSDHI – De la Révolution constitutionnelle à 1979, l’histoire de l’Iran montre comment les soulèvements populaires ont été à plusieurs reprises confisqués — le soulèvement populaire iranien actuel fait face au même danger à un moment décisif.

« Nous n’avons pas fait une révolution pour renverser une tyrannie et la remplacer par une autre. »

Ces mots ont été prononcés il y a près d’un siècle, le 7 novembre 1925, par Malek al-Sho‘ara Bahar au Parlement iranien. Deux jours plus tard, la dynastie qadjare était officiellement abolie. En l’espace de quelques semaines, la monarchie Pahlavi était installée comme nouveau système dirigeant de l’Iran.

Ce qui s’ensuivit ne fut pas la liberté, mais un nouveau siècle de répression, de pauvreté et de promesses trahies. Un siècle marqué par l’assassinat des épris de liberté, l’étouffement de la démocratie et le pillage systématique d’une nation riche de ses ressources humaines et naturelles — tandis que monarques et clercs, à différentes époques et souvent de concert, gouvernaient par la coercition.

Aujourd’hui, l’Iran se trouve une fois encore à un carrefour historique. Et une fois encore, une vérité dure doit être clairement énoncée :

Mort à l’oppresseur — qu’il soit Shah ou Guide suprême.

Un schéma répété de trahison

L’histoire politique moderne de l’Iran révèle un schéma amer et récurrent. Chaque fois que la jeunesse iranienne s’est soulevée pour la liberté, des forces hostiles au peuple sont intervenues dans l’ombre pour s’emparer du résultat.

De la Révolution constitutionnelle au gouvernement démocratiquement élu du Dr Mohammad Mossadegh, jusqu’au soulèvement anti-monarchique de 1979, le résultat a été frappant de similitude. Grâce à l’accès aux réseaux de propagande, au pouvoir financier, à des collaborateurs internes et à des soutiens étrangers, des factions autoritaires ont manœuvré à des moments critiques pour détourner les mouvements populaires. Les véritables architectes de ces soulèvements ont été arrêtés, torturés, exécutés ou ont disparu dans les prisons.

Ces confiscations du pouvoir n’étaient pas spontanées. Elles reposaient sur des outils bien rodés : médias contrôlés, foules recrutées, nervis criminels et groupes d’intimidation chargés d’attaquer les manifestants — en particulier les femmes — afin de créer le chaos justifiant la répression, les coups d’État et les arrestations massives. À maintes reprises, l’absence de vigilance politique suffisante a permis aux opportunistes de réécrire l’issue de l’histoire.

Les mêmes forces, encore une fois

Aujourd’hui, le danger ressurgit sous des formes familières. Alors que l’Iran entre dans la phase de résistance la plus avancée depuis plus de quarante ans, les mêmes réseaux — reliquats monarchistes, agents liés au régime et plateformes médiatiques aux financements opaques — tentent de s’approprier le fruit de 47 années de résistance.

Cette résistance a été payée au prix de milliers d’exécutions, de décennies d’emprisonnement et d’une persécution incessante des militants les plus engagés de l’Iran.

Les signes sont visibles sur les réseaux sociaux et dans les médias monopolisés : amplification sélective, récits fabriqués, manipulation des slogans de protestation et campagnes de diffamation systématiques visant des figures politiques, civiques et culturelles. L’objectif n’est pas l’unité, mais l’exclusion — repousser hors de l’espace public des citoyens intègres et enracinés socialement par la vulgarité, l’intimidation et la déformation politique.

Une différence qualitative cette fois-ci

Pourtant, ce moment n’est pas une simple répétition du passé.

Derrière les manifestations nationales actuelles se trouvent des unités et des réseaux de résistance organisés, forts de décennies d’expérience. L’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), avec plus de soixante ans d’expérience politique, organisationnelle et de lutte, s’est ouvertement positionnée aux côtés du peuple. Depuis le 20 juin 1981, elle s’est préparée précisément à des moments comme celui-ci — et a clairement affirmé qu’elle ne transigerait ni ne négocierait avec les vestiges de la monarchie ou du pouvoir clérical.

L’histoire montre que le Shah et les mollahs, malgré des rivalités ponctuelles sur le partage du pouvoir, se sont systématiquement alliés lorsqu’il s’agissait de réprimer le peuple. L’alliance de l’ayatollah Kashani avec les forces royalistes contre Mossadegh, et l’accord soutenu par l’Occident avec Khomeini lors de la conférence de la Guadeloupe, qui a ouvert la voie au vol de la révolution de 1979, en sont des exemples éclatants.

Ils sont les deux faces d’une même pièce.

Fabriquer des alternatives, voler les révolutions

La répression aujourd’hui du soulèvement populaire iranien ne repose plus uniquement sur les matraques, les balles et les prisons. Le régime clérical recourt de plus en plus à des tactiques sophistiquées : ingénierie narrative, opérations psychologiques et promotion d’alternatives fabriquées destinées à diluer et marginaliser l’alternative démocratique incarnée par le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI).

La manipulation des slogans, la mise en avant artificielle de symboles monarchistes et l’amplification de voix clivantes ne sont pas des évolutions naturelles — ce sont les composantes d’un effort systématique visant à détourner une révolution avant qu’elle n’atteigne son aboutissement.

Les Iraniens ont déjà vécu cette tromperie. La mémoire collective reste vive.

De la protestation à la confrontation politique

Le soulèvement populaire iranien actuel a désormais dépassé les universités, les bazars et les secteurs du travail. Il est devenu national, unissant une société meurtrie mais résolue, par-delà les classes, les genres et les régions.

L’Iran a franchi le stade des protestations dispersées et des revendications purement économiques. Il est entré dans une phase de confrontation politique directe. Si les acquis de ce soulèvement sont protégés, sa trajectoire mène sans équivoque à la révolution et au changement de régime.

Aucun pouvoir, aucune propagande et aucune autorité ne peuvent effacer le courage et la vérité d’une génération qui a déjà franchi le seuil de la peur.

Révolution, pas remplacement

L’effondrement du pouvoir clérical ne débouchera sur une véritable révolution que s’il est guidé par une force démocratique organisée, indépendante et expérimentée — forgée par des décennies de sacrifice et de lutte. À défaut, la chute d’une dictature risque d’en engendrer une autre, dissimulée sous des symboles différents mais reproduisant la même corruption, les mêmes inégalités et la même répression.

L’avenir de l’Iran ne doit pas être un passé recyclé.

Le renversement du régime clérical doit conduire à une véritable révolution 
sans Shah et sans Mollah.