CSDHI – La ville de Rasht, dans le nord de l’Iran, est devenue l’un des centres les plus actifs de l’agitation lors du soulèvement iranien de janvier 2026. Ce qui avait commencé comme des manifestations économiques et des grèves de commerçants s’est rapidement transformé en confrontations de rue prolongées, en actes de résistance civile et en affrontements directs avec les forces de sécurité.
Des protestations économiques à la confrontation ouverte
Les protestations à Rasht ont commencé le dimanche 28 décembre 2025, déclenchées par des grèves parmi les commerçants du bazar et des rassemblements de rue le long des rues Bisotun et Moallem. Initialement centrées sur des revendications économiques, les manifestations ont rapidement dégénéré en confrontations avec les forces de sécurité et des agents en civil.
Le mercredi 31 décembre 2025, les protestations se sont étendues au centre-ville, où des affrontements ont éclaté avec des unités spéciales. Au cours de ces affrontements, des manifestants se sont emparés d’une motocyclette appartenant aux forces spéciales et y ont mis le feu.
Le lendemain, jeudi 1er janvier 2026, des manifestations ont débuté à Sabzeh Meydan et ont de nouveau dégénéré en affrontements violents, les forces de sécurité ayant, selon les informations, ouvert le feu en direction de la foule.
Grèves à l’échelle de la ville et slogans anti-gouvernementaux
Le vendredi 2 janvier 2026, Rasht a connu une paralysie quasi totale. Le bazar couvert de la ville a complètement fermé, rejoint par la majorité des commerces dans toute la ville. Parallèlement, les manifestations de rue se sont étendues, accompagnées de slogans ouvertement anti-gouvernementaux, notamment des chants mettant en avant l’unité collective et la résistance.
Après une brève accalmie, les protestations se sont de nouveau intensifiées le mardi 7 janvier 2026. Les manifestants se sont affrontés aux forces de sécurité, utilisant des cocktails Molotov lors de combats de rue. Dans un incident rapporté, des protestataires ont désarmé un membre des pasdarans, s’emparant d’un pistolet à impulsion électrique et d’une arme de poing. À Sabzeh Meydan, des slogans tels que « Mort à Khamenei » ont été entendus alors que les manifestations s’étendaient à plusieurs quartiers.
Incendies, attaques contre les symboles du régime et munitions réelles
Le mercredi 8 janvier 2026, les protestations et rassemblements se sont propagés dans toute la ville de Rasht. Des slogans tels que « Liberté, liberté » et « Peuple, rejoignez-nous » ont résonné dans les rues. Les manifestants ont bloqué des routes en incendiant des pneus et ont pris pour cible plusieurs sites liés au régime, notamment un poste de police de la circulation, un bureau de l’électricité, une base du Basij à Khojasteh, la Bank Maskan, ainsi qu’un minibus utilisé par les forces de sécurité.
Le même jour, des manifestants ont incendié des banderoles et des panneaux gouvernementaux sur la place Toshiba, endommagé des agences de la Bank Sepah et de la Bank Tejarat, et attaqué un bâtiment du régime appartenant à la Compagnie nationale iranienne du pétrole sur la rue Khomeini. Le bureau local d’un député en exercice a également été pris pour cible, avec des enseignes et des banderoles arrachées.
À la tombée de la nuit, les forces de sécurité auraient tiré depuis les toits à l’aide de fusils de précision et utilisé des munitions réelles à proximité du bâtiment du gouvernorat. Malgré la violence, les protestations ont repris le lendemain, avec de jeunes manifestants scandant « Mort au dictateur » lors de rassemblements dispersés et mobiles, marqués par des affrontements et des poursuites répétées. Des informations font état de victimes, plusieurs manifestants ayant été tués ou blessés.
Une résistance persistante malgré une loi martiale de fait
Le vendredi 10 janvier 2026, des foules se sont rassemblées près du bâtiment de la municipalité, faisant face à des tirs soutenus destinés à les disperser. Le lendemain, samedi 11 janvier 2026, les autorités ont de facto imposé une loi martiale, mais les manifestations nocturnes ont néanmoins continué, entraînant de nouveaux affrontements de rue.
Le 11 janvier, le principal bazar de Rasht et la majorité des commerces sont restés fermés, dans un contexte de forte présence sécuritaire. Malgré les efforts visant à empêcher tout rassemblement public, les confrontations entre manifestants et forces de sécurité se sont poursuivies jusqu’au lundi et au mardi suivants, soulignant la persistance de la résistance dans la ville.
Les événements de Rasht illustrent comment des protestations économiques locales ont évolué en une agitation urbaine durable, marquée par des grèves, une résistance organisée et l’usage répété de la force létale par les autorités — remettant encore davantage en cause les affirmations officielles selon lesquelles le soulèvement aurait été contenu.



