Peur de l’insécurité et classes vides
Aujourd’hui, l’instabilité et l’anxiété pèsent sur le quotidien, et pour de nombreuses familles, l’école n’est plus un lieu sûr. Face à l’escalade des tensions et aux inquiétudes croissantes liées aux conflits extérieurs, les parents sont confrontés chaque matin à de sérieux doutes. Ils se demandent si, dans ces conditions, il est prudent d’envoyer leur enfant à l’école. Des témoignages de terrain font état d’une baisse significative de la fréquentation scolaire dans certains établissements. Bien qu’aucune statistique officielle n’ait été publiée, l’ampleur du phénomène semble considérable. Les conversations avec les enseignants et les parents révèlent que la peur et la méfiance quant à la sécurité de l’environnement scolaire sont les principales préoccupations. Progressivement, ces inquiétudes ont conduit à la banalisation de l’absentéisme scolaire. Une mère témoigne : « Au début, même lorsque la connexion internet était coupée ou venait d’être rétablie, les enseignants prenaient les présences via le réseau Shad (une application éducative développée par le gouvernement iranien). On savait clairement qui était présent et qui était absent. Mais maintenant, même cela a disparu. C’est comme si la présence ou l’absence d’un enfant n’avait plus d’importance.»
Pressions scolaires et crises psychologiques
Le rythme effréné du système éducatif exerce une pression supplémentaire sur les élèves. Ils doivent faire face non seulement au stress extérieur, mais aussi à une charge de travail importante et à des examens fréquents. Une mère explique : « Il y a du stress, des retards et trop de devoirs. L’enfant est vraiment sous pression.» Les conséquences de cette situation ne se limitent pas à l’absentéisme. Les élèves perdent leur motivation à apprendre. Lorsque les cours sont régulièrement annulés et que les leçons restent inachevées, l’indifférence remplace l’enthousiasme scolaire. Les familles sont désormais contraintes de choisir entre l’éducation et la sécurité. Pour beaucoup, le choix final est évident. Elles estiment : « La priorité absolue est de protéger la vie de nos enfants. Si des cours prennent du retard, on peut les rattraper, mais une vie perdue, ça ne revient pas. » Ce phénomène prend de l’ampleur. De nombreux parents refusent d’envoyer leurs enfants à l’école.
Crise de la qualité et souvenirs amers du passé
Outre les préoccupations sécuritaires, la faible qualité de l’enseignement contribue également à la désertion des écoles. Un élève de collège témoigne : « En réalité, aller à l’école ou non ne change pas grand-chose. Le système éducatif est devenu tellement défaillant, et beaucoup d’enseignants dispensent un enseignement si médiocre que notre présence n’a pas beaucoup d’impact. » Les enseignants confirment également la baisse de la motivation des élèves à aller en cours. Dans une classe de 18 élèves, il arrive qu’il n’y en ait que cinq ou six présents. Certains travaillent pour subvenir aux besoins de leur famille, tandis que d’autres manquent de motivation.
Des études montrent que les fluctuations de l’assiduité scolaire ont entraîné un déclin notable du niveau scolaire à l’échelle nationale. L’écart important des résultats aux examens finaux de juin 2025 illustre clairement cette inégalité. Alors que la moyenne dans le 6e arrondissement de Téhéran est de 14,84, à Mirjaveh, ville défavorisée de la province du Sistan-et-Baloutchistan, dans le sud-est de l’Iran, elle chute à 5,26. Ce profond fossé éducatif révèle une pauvreté d’apprentissage généralisée au sein du système actuel. Selon les statistiques internationales, 70 % des élèves iraniens ont des résultats inférieurs à la moyenne mondiale.
La combinaison de la peur de la guerre, des souvenirs douloureux liés à l’insécurité et des faiblesses structurelles du système éducatif a éloigné les écoles de leur mission première. Face à ce douloureux dilemme, les familles doivent choisir entre la vie et l’éducation. Le silence et l’inaction des autorités ne font qu’aggraver la situation. Vie ou éducation : laquelle privilégier ?


