Human Rights Watch – La situation des droits humains en Iran s’est encore enfoncée dans la crise en 2025, avec le nombre d’exécutions recensées le plus élevé depuis des décennies et des vagues d’arrestations massives et arbitraires. Les autorités ont poursuivi la persécution des femmes, des minorités ethniques et religieuses, ainsi que des dissidents réels ou supposés.
Dans un nouveau cycle de violence, les autorités ont déclenché une répression meurtrière contre les manifestations qui ont éclaté à travers le pays fin décembre, tuant et blessant des manifestants et procédant à des arrestations massives et arbitraires.
Le 13 juin, Israël a mené des attaques contre l’Iran, qui se sont poursuivies jusqu’au cessez-le-feu du 25 juin, dont une frappe le 23 juin contre la prison d’Evine à Téhéran, constituant apparemment un crime de guerre. En riposte, l’Iran a lancé des missiles balistiques contre Israël, dont certains sont également susceptibles de constituer des crimes de guerre. Après l’attaque israélienne, les autorités iraniennes ont infligé des mauvais traitements et procédé à des disparitions forcées de détenus de la prison d’Evin, tout en intensifiant la répression intérieure sous couvert de sécurité nationale.
En mars, la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur l’Iran (FFMI) a conclu, dans son deuxième rapport, que les autorités continuaient de commettre des crimes contre l’humanité en lien avec les manifestations de 2022. En avril, le Conseil des droits humains des Nations unies a renouvelé le mandat du Rapporteur spécial sur l’Iran et élargi celui de la FFMI.
Peine de mort
L’Iran procède au plus grand nombre d’exécutions au monde après la Chine, qui serait le pays exécutant le plus grand nombre de personnes à l’échelle mondiale. Les autorités ont systématiquement prononcé la peine capitale à l’issue de procès manifestement iniques pour des actes ne relevant pas des « crimes les plus graves », notamment des infractions liées aux stupéfiants, ainsi que pour des accusations de sécurité nationale formulées en termes vagues. Des dizaines de personnes demeuraient dans le couloir de la mort pour des crimes commis alors qu’elles étaient mineures.
À la fin de l’année 2025, les autorités avaient procédé à plus de 2 000 exécutions, selon le Centre Abdorrahman Boroumand pour les droits humains en Iran, soit le nombre le plus élevé recensé depuis la fin des années 1980. Plus de la moitié concernaient des infractions liées aux stupéfiants, en violation du droit international. En octobre, la FFMI s’est dite préoccupée par cette flambée, déclarant : « Si les exécutions s’inscrivent dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique contre une population civile, en tant que politique gouvernementale, alors les responsables — y compris les juges qui prononcent la peine capitale — pourraient être tenus responsables de crimes contre l’humanité. »
Le recours à la peine de mort à des fins de répression politique s’est poursuivi. Les 11 juin et 6 septembre, respectivement, les autorités ont exécuté Mojahed Kourkouri et Merhan Bahramian en lien avec les manifestations « Femme, Vie, Liberté ».
Au moins 13 hommes, dont trois Kurdes, ont été exécutés sous l’accusation d’espionnage, de collaboration ou de liens avec Israël, la majorité après le conflit de juin entre Israël et l’Iran.
Les autorités ont intensifié le recours à la peine capitale, en violation des droits humains, y compris pour des accusations à motivation politique, contre des femmes. En octobre, un tribunal révolutionnaire a condamné Zahra Shahbaz Tabari à mort pour « rébellion armée » en raison de son appartenance à l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran, groupe d’opposition interdit. Dans une lettre ouverte depuis sa prison, Tabari a indiqué que son procès n’avait pas duré plus de dix minutes.
En septembre, un tribunal a condamné à mort une femme baloutche, Nasimeh Eslamzehi, pour « inimitié envers Dieu » en raison d’une affiliation présumée à l’État islamique (EI).
Pakhshan Azizi, militante kurde, demeurait dans le couloir de la mort à l’issue d’un procès manifestement inéquitable fondé sur des accusations vagues. En décembre, la Cour suprême a annulé la condamnation à mort d’une autre militante kurde, Warisha Moradi, et ordonné un nouveau procès devant la même branche du tribunal révolutionnaire qui l’avait condamnée à mort après un procès profondément inéquitable.
La peine de mort a touché de manière disproportionnée les communautés marginalisées et les minorités, en particulier les Arabes ahwazis, les Kurdes, les Baloutches et les Afghans.
Le 15 octobre, le président Massoud Pezeshkian a promulgué une législation d’urgence adoptée après le conflit de juin, élargissant encore le champ d’application de la peine de mort pour des accusations de sécurité nationale formulées en termes vagues.
Détention arbitraire et procès inéquitables
La crise des arrestations et détentions arbitraires s’est poursuivie, avec au moins des centaines de personnes arrêtées pour avoir exercé leurs droits humains, notamment en exprimant des opinions politiques.
Le 12 août, un porte-parole de la police a annoncé qu’environ 21 000 personnes avaient été arrêtées dans le contexte des hostilités de juin, y compris pour des expressions en ligne de « soutien » ou de « joie » face aux attaques israéliennes.
Les tribunaux ont systématiquement prononcé des condamnations à l’issue de procès manifestement inéquitables, fondés sur des « aveux » obtenus sous la torture et en l’absence d’avocats, et ont omis d’enquêter sur ces allégations conformément au droit international.
Liberté d’expression, d’association et de réunion
Les lois, notamment le Code pénal islamique, ont continué de criminaliser l’exercice des droits humains à la liberté d’expression, d’association et de réunion, et les autorités s’en sont servies pour persécuter journalistes, défenseurs des droits humains, dissidents et autres.
Le 28 décembre, des manifestations ont éclaté et se sont propagées à travers le pays. Les forces de sécurité ont fait un usage illégal de fusils, de fusils à pompe chargés de billes métalliques, de gaz lacrymogène, de canons à eau et de passages à tabac pour disperser, intimider et punir les manifestants, provoquant des morts et des blessures graves. Les autorités ont diabolisé les manifestants en les qualifiant d’« émeutiers », les ont menacés d’une réponse « ferme », ont procédé à des arrestations massives et arbitraires et soumis nombre d’entre eux à des disparitions forcées.
Le 12 décembre, les autorités ont arrêté arbitrairement 39 personnes, dont la lauréate du prix Nobel Narges Mohammadi, Sepideh Gholian, Hasti Amiri, Pooran Nazemi, Ali Adinehzadeh et Alieh Motalebzadeh à Machhad, dans la province du Khorassan-e Razavi. Les arrestations ont eu lieu avec violence lors d’une cérémonie commémorative organisée pour l’avocat des droits humains Khosrwo Alikordi, retrouvé mort dans son bureau dans des circonstances suspectes plus tôt dans le mois.
Selon des informations examinées par Human Rights Watch, Narges Mohammadi a reçu des menaces contre sa vie et sa sécurité en juin et juillet. Les autorités avaient précédemment menacé de la renvoyer en prison pour purger le reste de sa peine injuste.
Les autorités ont continué de censurer les médias, de bloquer ou filtrer des applications mobiles et des plateformes de réseaux sociaux, et d’imposer des coupures d’Internet.
La répression transnationale des dissidents à l’étranger par les autorités iraniennes s’est intensifiée. En août, des experts des Nations unies ont mis en garde contre « l’intensification de la répression contre les journalistes d’Iran International dans le monde… [et] l’intimidation croissante des membres de leur famille vivant en Iran… »
Droits des femmes et des filles
Les femmes et les filles ont continué de subir des formes graves de discrimination et de violence, notamment en raison de lois leur refusant l’égalité avec les hommes en matière de mariage, de divorce, d’héritage et de garde d’enfants, les reléguant au rang de citoyennes de seconde zone.
Les autorités ont maintenu et appliqué les lois et politiques imposant le port obligatoire du hijab. Elles ont poursuivi les femmes et les filles défiant cette obligation, immobilisé des véhicules, fermé des commerces et mis en œuvre une surveillance numérique, notamment par l’utilisation de caméras de circulation. La loi sur le Hijab et la Chasteté a été suspendue, sans être abrogée. Le recul signalé des arrestations violentes et arbitraires liées au hijab obligatoire dans certaines grandes villes, dans un contexte de résistance courageuse des femmes, était, comme l’ont admis des responsables, motivé par la priorité donnée par les autorités aux questions de sécurité nationale plutôt que par une reconnaissance des droits des femmes. Un flot de déclarations officielles en novembre et décembre a confirmé cette orientation, annonçant une nouvelle vague de répression. En décembre, le chef du pouvoir judiciaire a donné instruction à la police, aux services de renseignement et aux procureurs de lutter contre le non-respect du hijab obligatoire.
Les autorités ont échoué à prévenir et à sanctionner les violences sexuelles et fondées sur le genre, que les lois internes et les politiques publiques favorisent. Elles n’ont pas criminalisé les violences domestiques ni le viol conjugal. Le mariage d’enfants, sans âge minimum absolu si un juge l’autorise, demeure légal ; environ 17 % des filles se marient avant l’âge de 18 ans, selon l’UNICEF.
Torture, autres mauvais traitements et disparitions forcées
La torture et les autres formes de mauvais traitements et violations des droits humains sont restées systématiques et généralisées, commises en toute impunité. Les autorités ont maintenu des peines telles que la flagellation et les amputations, constitutives de torture au regard du droit international, et les ont prononcées et exécutées.
Le 5 mars, les autorités ont exécuté une peine de 74 coups de fouet contre le chanteur Mehdi Yarrahi pour une chanson commémorant le premier anniversaire des manifestations « Femme, Vie, Liberté ».
Le 30 juillet, les autorités ont amputé les doigts de trois détenus condamnés pour vol à l’issue de procès manifestement inéquitables : Hadi Rostami, Mehdi Sharifian et Mehdi Shahivand.
Human Rights Watch a documenté des cas de disparitions forcées, notamment après l’attaque israélienne contre la prison d’Evin. Les autorités ont fait disparaître de force Ahmadreza Djalali, prisonnier irano-suédois condamné à mort, pendant plusieurs mois, suscitant de vives inquiétudes quant à une exécution secrète.
Les détenus ont été maintenus dans des conditions cruelles et inhumaines. Après l’attaque israélienne contre la prison d’Evin, les autorités ont transféré des prisonniers vers des établissements aux conditions déplorables, tels que des pièces sales, infestées d’insectes et surpeuplées, dépourvues d’eau potable et d’installations d’hygiène de base.
Les autorités ont continué de refuser délibérément aux prisonniers des soins médicaux adéquats et en temps voulu, en violation de l’interdiction absolue de la torture et des autres mauvais traitements. Parmi les nombreux prisonniers politiques privés de soins figuraient : Taher Naghavi, Fatemeh Sepehri, Zeynab Jalalian, Warisha Moradi, Motaleb Ahmadian, Maryam Akbari Monfared et Raheleh Rahemi-Pour. En septembre, trois femmes sont mortes dans la prison de Qarchak, dans la province de Téhéran, après avoir été privées de soins médicaux adéquats.
Persécution des minorités religieuses et ethniques
Le crime contre l’humanité de persécution visant les bahaïs s’est poursuivi, avec une intensification des détentions arbitraires, des procès inéquitables et des confiscations de biens après les hostilités entre Israël et l’Iran.
Les minorités ethniques, notamment les Arabes ahwazis, les Turcs azerbaïdjanais, les Baloutches, les Kurdes et les Turkmènes, ont continué de subir une discrimination généralisée et enracinée.
Les forces de sécurité ont continué d’utiliser une force létale illégale contre les porteurs kurdes transfrontaliers (kulbars) et les transporteurs baloutches de carburant (soukhtbars).
En janvier, une cour d’appel a confirmé de lourdes peines d’emprisonnement contre dix militants turcs azerbaïdjanais sur la base d’accusations de sécurité nationale formulées en termes vagues. Les autorités ont invoqué leurs activités passées et leur travail professionnel comme « preuves ».
Les minorités religieuses, notamment les bahaïs, les chrétiens, les derviches gonabadi, les juifs, les musulmans sunnites et les Yarsans, ont fait face à une discrimination en droit et en pratique, les communautés bahaïe, juive et chrétienne subissant une vague d’arrestations pour des accusations de liens avec Israël après le conflit de juin.
Orientation sexuelle et identité de genre
Les relations sexuelles consensuelles entre personnes de même sexe demeurent criminalisées, avec des peines allant de la flagellation à la peine de mort. Les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres ont été soumises à des discriminations et à des violences.
Les autorités ont refusé de divulguer des informations sur le sort et le lieu de détention des prisonniers transgenres détenus dans la section de quarantaine endommagée de la prison d’Evin après l’attaque israélienne du 23 juin.
Répression visant les binationaux, les ressortissants étrangers, ainsi que les réfugiés et migrants
Les autorités ont continué de détenir arbitrairement des ressortissants étrangers et des binationaux.
Le 12 août, un porte-parole de la police a annoncé l’arrestation de 2 774 « ressortissants non autorisés » — terme discriminatoire utilisé pour désigner les Afghans — pour avoir « filmé et pris des images depuis des hauteurs et de sites importants, et transmis des localisations ».
À la suite du conflit de juin, les autorités ont intensifié les expulsions massives et forcées d’Afghans. Dans une déclaration du 18 juillet, des experts des Nations unies ont indiqué que plus de 1,5 million d’Afghans avaient été expulsés d’Iran en 2025.
Conflit armé avec Israël
Selon les autorités iraniennes, 700 civils, dont 38 enfants, ont été tués. Le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que 30 civils, dont quatre enfants, avaient été tués en Israël.
Les forces israéliennes ont attaqué illégalement la prison d’Evin à Téhéran le 23 juin, en l’absence de toute cible militaire apparente, tuant et blessant des dizaines de civils, dans ce qui constitue un crime de guerre présumé. Les frappes, menées pendant les heures de visite, ont gravement endommagé plusieurs bâtiments, notamment dans des secteurs connus pour abriter de nombreux militants et dissidents.
Human Rights Watch a également enquêté sur cinq frappes de missiles balistiques iraniens ayant touché des zones peuplées en Israël, tuant 20 civils, et a estimé qu’elles constituaient probablement elles aussi des crimes de guerre.
Le 18 juin, les autorités iraniennes ont imposé une coupure quasi totale d’Internet à l’échelle nationale, limitant sévèrement l’accès à des informations vitales.
À l’issue du conflit, les autorités iraniennes ont lancé une campagne de répression brutale sous couvert de sécurité nationale, procédant à des arrestations massives, à des exécutions et à l’usage illégal de la force létale.
Impunité
En mars, une vidéo est apparue montrant Hamid Nouri, ancien responsable condamné en Suède pour crimes de guerre en lien avec les massacres de prisonniers de 1988, se promenant dans un cimetière de Téhéran en louant les exécutions de masse et en menaçant les dissidents politiques d’un sort similaire. Le site est présumé contenir les restes de dissidents exécutés arbitrairement dans les années 1980. Le retour de Nouri en Iran en 2024 à la suite d’un échange de prisonniers avec la Suède, ainsi que ses déclarations, ont rappelé de manière saisissante l’impunité persistante des autorités pour les crimes relevant du droit international.
L’impunité structurelle et systémique pour les massacres de prisonniers et d’autres violations graves et crimes relevant du droit international a perduré, et les autorités ont continué de persécuter les familles des victimes ainsi que toutes celles et ceux qui recherchent la vérité et la justice.


