Maryam Akbari-Monfared : 17 ans de courage inébranlable, la fin d’un calvaire, le début d’un symbole

C’est une page d’histoire de la résistance iranienne qui s’écrit aujourd’hui. Après 17 années de détention arbitraire, sans avoir bénéficié d’une seule journée de permission, la prisonnière politique Maryam Akbari-Monfared a enfin recouvré la liberté. Sa libération n’est pas seulement la fin d’une injustice prolongée ; elle est le témoignage vivant de la résilience d’une femme face à une machine étatique implacable.

Une arrestation nocturne et un exil carcéral sans fin

Tout commence dans la nuit du 30 décembre 2009, au lendemain des soulèvements populaires qui ont ébranlé Téhéran. Maryam est arrachée à son foyer alors qu’elle endort sa plus jeune fille, Sara, alors âgée de seulement 4 ans. Ce qui devait être une simple convocation pour « explications » s’est transformé en une peine de 15 ans de prison pour « moharebeh » (guerre contre Dieu), prononcée lors d’un procès sommaire d’une heure, sans défense adéquate.

Durant ces 17 ans, le régime de Téhéran a tout tenté pour briser sa volonté :

  • Privation totale de permissions : Contrairement aux règlements pénitentiaires iraniens, elle n’a jamais été autorisée à quitter sa cellule, manquant les mariages de ses filles, les deuils familiaux et les moments cruciaux de la croissance de ses enfants.

  • Exils successifs : Transférée de la prison d’Evin à celle de Semnan en 2021, puis récemment vers le centre de détention de Qarchak, elle a été systématiquement éloignée de sa famille pour accroître sa détresse psychologique.

  • Harcèlement judiciaire : Alors qu’elle approchait du terme de sa peine initiale, de nouveaux dossiers ont été fabriqués pour prolonger son incarcération de deux années supplémentaires, une tactique classique de vengeance institutionnelle.

La quête de justice : L’héritage des martyrs de 1988

Si le régime s’est montré si acharné envers Maryam Akbari-Monfared, c’est parce qu’elle est devenue la voix des disparus. Issue d’une famille tragiquement marquée par la répression, Maryam a perdu quatre de ses frères et sœurs dans les années 1980 :

  1. Alireza Akbari-Monfared, exécuté en 1981.

  2. Gholamreza Akbari-Monfared, tué sous la torture en 1985.

  3. Abdolreza et Roghayeh Akbari-Monfared, tous deux massacrés lors du carnage de l’été 1988, alors qu’ils purgeaient déjà des peines de prison.

En 2016, depuis sa cellule d’Evin, Maryam a eu l’incroyable courage de déposer une plainte officielle auprès du pouvoir judiciaire iranien, exigeant la vérité sur l’exécution de ses frères et sœurs et l’emplacement de leurs sépultures. Cet acte de bravoure a fait d’elle une figure centrale du mouvement pour la justice en Iran, défiant le tabou imposé sur le massacre de 1988.

Une résistance qui inspire au-delà des murs

Tout au long de ses 6 200 jours de captivité, Maryam n’a jamais cessé d’écrire. Ses lettres, sorties clandestinement des prisons d’Evin ou de Semnan, dénonçaient non seulement son sort, mais aussi les conditions de vie déshumanisantes de ses codétenues. Elle y décrivait la prison non comme un lieu de défaite, mais comme un « champ de bataille » pour la dignité.

« On peut emprisonner un corps, mais on ne peut pas enchaîner une conviction », écrivait-elle dans l’une de ses missives les plus célèbres.

Un symbole pour le plaidoyer international

Le CSDHI salue cette libération comme une victoire de la ténacité humaine sur la tyrannie. Toutefois, le cas de Maryam Akbari-Monfared rappelle cruellement que des centaines d’autres prisonniers politiques croupissent encore dans les geôles iraniennes pour avoir simplement exercé leur droit à la liberté d’expression.

Sa sortie de prison est un camouflet pour ceux qui espéraient la voir renoncer à sa quête de justice. Aujourd’hui, Maryam Akbari-Monfared sort la tête haute, incarnant plus que jamais l’aspiration indéfectible du peuple iranien à la liberté et à l’État de droit.


Le CSDHI continuera de suivre de près la situation de Maryam Akbari-Monfared et appelle la communauté internationale à rester vigilante face aux pressions qui pourraient encore peser sur elle et sa famille.