CSDHI – Des témoignages de témoins oculaires décrivent des tortures et passages à tabac, de longues périodes d’isolement, une surpopulation carcérale et des privations délibérées dans le cadre d’un système organisé visant les prisonniers politiques à Ispahan.
De nouveaux rapports en provenance de la prison de Dastgerd, à Ispahan, dressent un tableau particulièrement préoccupant de la torture systématique, des traitements dégradants et des violations généralisées des droits humains commises à l’encontre des détenus, en particulier des prisonniers politiques et des personnes incarcérées pour des affaires liées à la sécurité.
Les tortures, les violences physiques, les mauvais traitements psychologiques, les longues périodes d’isolement, le refus de soins médicaux et les restrictions sévères des droits fondamentaux sont devenus des caractéristiques habituelles de la vie carcérale. Loin de constituer des incidents isolés, ces pratiques semblent relever d’un système institutionnalisé destiné à intimider, punir et réduire toute dissidence au silence.
Ces allégations viennent s’ajouter à un nombre croissant d’éléments documentant le traitement réservé par le régime iranien aux prisonniers politiques, notamment à la suite des manifestations nationales qui ont conduit à des arrestations massives à travers le pays.
Un système fondé sur la violence
Les quartiers d’isolement de la prison de Dastgerd sont encadrés par un personnel spécialement sélectionné et formé pour gérer ces unités de haute sécurité. D’anciens détenus ainsi que des sources bien informées décrivent des gardiens ayant régulièrement recours à la violence, à l’humiliation et à l’intimidation, les prisonniers politiques étant soumis aux traitements les plus sévères.
Selon ces témoignages, les détenus sont battus pour la moindre infraction présumée, y compris lorsqu’ils déposent des plaintes judiciaires ou protestent contre leurs conditions de détention.
Plusieurs récits font état de prisonniers menottés dans le dos puis attachés à des piliers dans les couloirs de la prison, leur corps restant suspendu dans des positions extrêmement douloureuses pendant de longues périodes.
Après avoir été privés de la vue par un bandeau, les prisonniers seraient frappés par plusieurs gardiens à l’aide de matraques, de bâtons en bois, de coups de poing et de coups de pied. Les passages à tabac se poursuivraient jusqu’à ce que les victimes perdent connaissance ou soient physiquement incapables de rester debout.
Au lieu de recevoir des soins médicaux par la suite, les détenus blessés seraient directement renvoyés dans leurs cellules, où ils resteraient souvent sans traitement pendant plusieurs heures, voire plusieurs jours, malgré la gravité de leurs blessures.
Blessures graves et dissimulation présumée
Les conséquences de ces violences et tortures seraient particulièrement graves.
Des prisonniers auraient subi des fractures, des hémorragies internes, de graves traumatismes crâniens, d’importants gonflements ainsi que des handicaps physiques permanents.
Plus inquiétant encore, certains témoignages affirment que plusieurs détenus seraient morts à la suite de violentes agressions.
Les autorités pénitentiaires auraient dissimulé les véritables causes de ces décès en les attribuant à des altercations entre détenus ou à d’autres explications fabriquées de toutes pièces. Les rapports officiels auraient été falsifiés, empêchant toute enquête indépendante sur les circonstances de ces morts.
Si elles étaient confirmées, ces allégations indiqueraient non seulement le recours à la torture, mais également des efforts systématiques visant à empêcher toute obligation de rendre des comptes.
Les services du renseignement auraient participé aux violences
Les rapports indiquent que la responsabilité de ces tortures ne se limiterait pas aux simples gardiens de prison.
Des membres de l’unité de protection du renseignement de la prison auraient directement participé aux violences contre les détenus, les auraient supervisées ou facilitées.
Certains responsables considéreraient même cette brutalité comme faisant partie intégrante de leurs fonctions, ce qui renforce les inquiétudes selon lesquelles les mauvais traitements seraient désormais profondément ancrés dans la culture administrative de l’établissement, plutôt que de résulter de comportements isolés de certains gardiens.
L’humiliation utilisée comme forme de torture psychologique
D’anciens détenus décrivent également des actes continus de violence psychologique de la part des responsables de la prison.
Le directeur de la prison, identifié sous le nom de Shirvani, ainsi que de hauts responsables des services de renseignement, auraient observé les prisonniers depuis l’extérieur des cellules d’isolement tout en rejetant systématiquement leurs demandes concernant leurs droits les plus élémentaires.
Les détenus demandaient notamment :
- l’accès à une promenade quotidienne en plein air ;
- l’exposition à la lumière du soleil ;
- des visites familiales ;
- des appels téléphoniques ;
- des soins médicaux ;
- l’ouverture d’enquêtes sur les agressions qu’ils affirmaient avoir subies.
Au lieu de répondre à ces demandes, les responsables auraient réagi par des insultes et des propos humiliants.
Les prisonniers politiques auraient notamment été qualifiés d’« espions israéliens », d’« agents du Mossad », de « traîtres » et d’« ennemis de la nation ». Ils se seraient également vu dire qu’ils ne méritaient ni la liberté, ni un traitement humain, ni même les installations pénitentiaires les plus élémentaires, et qu’ils méritaient un châtiment encore plus sévère.
Les défenseurs des droits humains avertissent depuis longtemps que ce type d’abus verbal fait partie d’une stratégie plus large de pression psychologique visant à briser le moral des prisonniers.
Une surpopulation carcérale après les arrestations massives
Les conditions de détention à la prison de Dastgerd se seraient considérablement détériorées à la suite des manifestations nationales de janvier 2026.
Un grand nombre de manifestants arrêtés ont été transférés dans cet établissement, portant plusieurs quartiers bien au-delà de leur capacité d’accueil prévue.
Les autorités pénitentiaires auraient été contraintes d’héberger des détenus dans les couloirs, voire dans les cours destinées à la promenade, en raison de la surpopulation.
L’augmentation du nombre de prisonniers a aggravé les pénuries de nourriture, les problèmes d’hygiène, le manque de soins médicaux et l’insuffisance des espaces de vie, détériorant encore davantage des conditions déjà très difficiles.
Des prisonniers contraints de dormir à même le sol
L’une des conséquences les plus graves de cette surpopulation est la pratique généralisée consistant à faire dormir les détenus à même le sol.
Le nombre de lits disponibles étant largement insuffisant par rapport au nombre de prisonniers, beaucoup sont contraints de dormir directement sur le béton.
Pendant la journée, les détenus qui ne disposent pas d’un lit attitré se verraient souvent interdire de se reposer, quel que soit leur âge ou leur état de santé.
Une exposition prolongée à de telles conditions accroît considérablement les risques de maladies physiques et de détresse psychologique, en particulier chez les prisonniers âgés et ceux souffrant de maladies chroniques.
Les besoins essentiels transformés en privilèges
Des informations décrivent également de sévères restrictions concernant les vêtements et d’autres biens de première nécessité.
Les nouveaux arrivants n’auraient pas le droit d’apporter des vêtements supplémentaires, des sous-vêtements ou des vêtements chauds à l’intérieur de la prison. Durant les mois les plus froids, certains détenus passeraient plusieurs jours vêtus uniquement de la tenue réglementaire avant que leur demande de vêtements supplémentaires ne soit examinée.
Même après autorisation, les familles sont soumises à de strictes limitations quant aux vêtements qu’elles peuvent fournir. Selon les sources, les vêtements noirs, ceux comportant des fermetures éclair, des poches ou certaines autres caractéristiques seraient interdits, ce qui impose des contraintes supplémentaires aux prisonniers et à leurs proches.
Parallèlement, la boutique interne de la prison, appelée « Bahareh », vend des vêtements et des produits de première nécessité à des prix qui seraient largement supérieurs aux prix du marché, tout en proposant des articles de mauvaise qualité.
Les prisonniers doivent obtenir une autorisation officielle simplement pour pouvoir accéder à cette boutique, et cette autorisation ne leur est pas toujours accordée.
Bien que les détenus finissent par recevoir une carte bancaire sur laquelle leurs proches peuvent déposer de l’argent, de nombreuses familles ne sont plus en mesure d’apporter un soutien financier en raison de la dégradation de la situation économique en Iran, laissant ainsi de nombreux prisonniers dans l’impossibilité d’acheter même les produits les plus essentiels.
Une alimentation insuffisante et des sanctions contre ceux qui protestent
La qualité de la nourriture constitue un autre sujet de préoccupation récurrent.
Les repas quotidiens seraient insuffisants tant en quantité qu’en valeur nutritive, des aliments de qualité acceptable n’étant servis qu’à de rares occasions.
Les produits essentiels — notamment la nourriture, les articles d’hygiène et les produits d’entretien — seraient vendus à l’intérieur de la prison à des prix excessifs, les rendant inaccessibles à de nombreux détenus.
Plus préoccupant encore est le traitement réservé aux prisonniers qui osent se plaindre.
Les détenus qui protestent contre la qualité de la nourriture, les conditions sanitaires, l’absence de soins médicaux, la surpopulation ou les mauvais traitements feraient fréquemment l’objet de sanctions disciplinaires.
Certains seraient placés à l’isolement, tandis que d’autres se verraient ouvrir de nouvelles procédures judiciaires pouvant entraîner des accusations pénales supplémentaires ou un allongement de leur peine de prison.
Selon les sources, ces pratiques ont instauré un climat de peur dans lequel de nombreux prisonniers n’osent plus exercer les droits juridiques les plus élémentaires qui leur restent.
Des appels croissants à une mobilisation internationale
Les derniers témoignages en provenance de la prison de Dastgerd renforcent les préoccupations exprimées depuis longtemps par les organisations internationales de défense des droits humains concernant le traitement des détenus en Iran.
Ces allégations ne décrivent pas simplement de mauvaises conditions de détention, mais un système organisé dans lequel les violences physiques, les mauvais traitements psychologiques, le refus de soins médicaux et l’impunité institutionnelle fonctionnent conjointement pour réprimer toute forme de dissidence.
Alors que les arrestations de militants, de manifestants, de journalistes et d’opposants politiques se poursuivent dans tout le pays, les défenseurs des droits humains demandent la mise en place d’un contrôle international indépendant des centres de détention ainsi qu’un renforcement des pressions sur le régime iranien afin qu’il mette fin à la torture, enquête sur les allégations de mauvais traitements et respecte les obligations qui lui incombent en vertu du droit international des droits humains.
Pour les milliers de prisonniers détenus dans le système carcéral iranien, ces obligations demeurent, à ce jour, très éloignées de la réalité.



