CSDHI – Des agressions violentes à la prison d’Evine jusqu’à la corruption systémique à la prison de Lakan, la dégradation des conditions de détention révèle une campagne de répression de plus en plus intense visant à écraser les prisonniers politiques, sur fond de craintes croissantes du régime face à une agitation nationale.
L’Iran intensifie la répression dans ses prisons alors que la résistance se poursuit
Les développements récents survenus dans les prisons iraniennes témoignent d’une nette intensification de la campagne menée par le régime contre les prisonniers politiques. Les informations faisant état de descentes violentes, de la détérioration des conditions de détention, d’une corruption institutionnalisée et de la privation des besoins les plus élémentaires montrent que les autorités recourent à des méthodes toujours plus brutales pour réduire au silence toute forme de dissidence derrière les barreaux.
Loin de constituer des incidents isolés, ces événements s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à briser le moral des prisonniers politiques et à empêcher les établissements pénitentiaires de devenir des foyers de résistance dans un contexte de crise politique, économique et sociale de plus en plus profonde.
Une descente violente à la prison d’Evine ravive les inquiétudes
Selon un communiqué publié le 31 juillet par le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), les forces de sécurité ont mené, le 26 juillet, une descente violente dans le hall n° 5 du quartier n° 7 de la prison d’Evine.
Au cours de cette opération, les gardiens de la prison d’Evine auraient agressé des détenus, confisqué leurs effets personnels — notamment leurs vêtements, leurs bagues et leurs chapelets de prière — et soumis les prisonniers à des actes d’intimidation. Cette intervention aurait été menée sous la supervision de hauts responsables de l’administration pénitentiaire, ce qui, selon les sources de l’opposition, témoigne d’une action coordonnée plutôt que d’un acte isolé de mauvais traitements.
Cette agression présumée intervient alors que la situation humanitaire continue de se dégrader à la prison d’Evine, où les prisonniers politiques seraient confrontés à des mauvais traitements systématiques allant bien au-delà des seules violences physiques.
Des conditions de détention qui continuent de se dégrader
Les informations provenant de l’intérieur de la prison d’Evine décrivent des conditions de détention qui se sont détériorées à un niveau alarmant.
Les prisonniers politiques seraient détenus aux côtés de personnes condamnées pour des crimes violents, une pratique largement considérée comme un moyen d’exercer sur eux une pression psychologique et physique supplémentaire.
Les préoccupations sanitaires se sont également aggravées. Des maladies cutanées, notamment la gale, se seraient propagées en raison d’infestations de rongeurs, de punaises de lit et d’autres conditions d’insalubrité, tandis que l’accès aux douches serait devenu extrêmement limité.
Par ailleurs, les prisonniers seraient confrontés à des prix exorbitants dans les magasins de la prison, où les produits de première nécessité sont vendus à plusieurs fois leur valeur sur le marché, sans affichage transparent des prix ni délivrance de reçus officiels, ce qui accroît encore les difficultés financières des détenus et de leurs familles.
Pris dans leur ensemble, ces mesures semblent avoir pour objectif non seulement de punir les détenus, mais aussi d’affaiblir la solidarité entre eux et de décourager toute résistance organisée à l’intérieur des prisons.
Des accusations de corruption émergent à la prison de Lakan
Parallèlement aux informations faisant état de violences physiques à Evin, les allégations concernant la prison de Lakan, à Rasht, mettent en lumière une autre dimension des abus : la corruption systémique au sein de l’administration pénitentiaire iranienne.
Selon ces informations, les crédits budgétaires destinés au fonctionnement des prisons ainsi que les dons caritatifs auraient été détournés, tandis que les détenus étaient privés des biens les plus élémentaires.
Parmi les pratiques dénoncées figurent notamment :
- la suppression de fournitures telles que les brosses à dents, le dentifrice, le shampoing et les produits d’entretien, contraignant les prisonniers à les acheter à des prix largement majorés ;
- la réduction des rations alimentaires de base, notamment du pain, aggravant encore les difficultés quotidiennes des détenus ;
- des allégations selon lesquelles les familles seraient contraintes de verser des sommes importantes afin d’obtenir des droits pourtant prévus par la loi, tels que des permissions temporaires de sortie ou une libération conditionnelle.
Ces accusations dépeignent un système pénitentiaire dans lequel l’exploitation financière est devenue indissociable de la répression politique.
Pourquoi le régime intensifie-t-il la pression ?
Le renforcement simultané des violences et de la corruption dans plusieurs prisons traduit des préoccupations plus profondes au sein du régime iranien.
Depuis des décennies, les prisons iraniennes ne servent pas uniquement de lieux de détention ; elles sont également devenues des espaces où les prisonniers politiques continuent de s’organiser, de documenter les violations des droits humains et d’inspirer la résistance au-delà même des murs des prisons. Les autorités semblent de plus en plus préoccupées par le fait que la résilience dont font preuve les prisonniers politiques puisse encourager une opposition plus large au sein de la population, dans un contexte marqué par les difficultés économiques, les tensions politiques et un mécontentement social généralisé.
En imposant des conditions de détention toujours plus sévères, le régime semble chercher à accroître le coût de toute forme de dissidence, à isoler les militants emprisonnés de la société et à décourager l’émergence de nouveaux mouvements de protestation à l’extérieur des prisons.
Des appels croissants à une action de la communauté internationale
Les conditions de détention rapportées ont ravivé les appels en faveur d’un contrôle international plus strict du système pénitentiaire iranien.
Les défenseurs des droits humains ont exhorté les Nations unies et les autres organisations internationales à enquêter sur les allégations de mauvais traitements, de corruption et sur la dégradation des conditions humanitaires à l’intérieur des prisons iraniennes. Ils ont également demandé l’envoi d’une mission internationale indépendante d’établissement des faits, chargée de se rendre dans des établissements tels que la prison d’Evine et celle de Lakan et de s’entretenir en privé avec les prisonniers politiques, sans aucune ingérence des autorités pénitentiaires.
À mesure que de nouveaux témoignages d’abus continuent d’émerger, un contrôle international est de plus en plus considéré comme indispensable pour protéger la vie, la santé et les droits fondamentaux des centaines de prisonniers détenus à travers l’Iran.



