Le prix de la liberté en Iran : des histoires que l’Histoire ne doit jamais oublier

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CSDHI – Des prisons de la police secrète du Shah aux exécutions et aux persécutions qui ont suivi, des familles iraniennes ont payé un prix dévastateur pour leur engagement en faveur de la liberté en Iran. Leurs histoires restent une part vivante de l’histoire du pays.

Depuis des décennies, la lutte pour la liberté en Iran s’est accompagnée de répression, d’emprisonnements, d’exécutions et de sacrifices personnels considérables. Si les noms des prisonniers politiques et de ceux qui ont été tués pour leur opposition sont parfois consignés dans l’Histoire, les histoires des familles laissées derrière eux sont bien moins souvent racontées.

Derrière chaque exécution, il y avait une mère qui perdait un fils, une famille dont la vie était brisée, et des proches qui étaient souvent eux-mêmes victimes de persécutions. Nombreuses sont les mères qui ont porté leur douleur pendant des décennies, tout en continuant à préserver la mémoire de leurs enfants et de la cause pour laquelle ils avaient sacrifié leur vie.

Parmi ces histoires figure celle d’Eshrat Najibzadeh, connue sous le nom de « Mère Dehghan », mère de trois membres de l’Organisation des moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI/MEK) tués, et ancienne prisonnière politique à Chiraz. Il y a également celle de Robab Barayi, ancienne prisonnière politique de la prison d’Adelabad, à Chiraz.

Leurs expériences donnent un aperçu de l’immense coût humain de la répression politique en Iran et de la détermination de familles qui ont refusé de laisser ces sacrifices disparaître de la mémoire collective.

Un jeune garçon entre dans la lutte

L’histoire de la famille de Mère Dehghan a commencé avant même la révolution de 1979.

Son fils, Mehran Dehghan, n’était encore qu’un adolescent lorsqu’il commença à participer à des manifestations et à inscrire des slogans contre le régime du Shah. Élève au lycée Darius de Chiraz, il avait environ 15 ans lorsqu’il s’engagea pour la première fois dans des activités politiques avec ses amis.

Au début de l’année 1978, alors que les manifestations s’intensifiaient dans tout l’Iran, les forces de sécurité arrêtèrent Mehran alors qu’il écrivait des slogans politiques. Sa famille passa des heures à le rechercher désespérément, sans savoir où il avait été emmené.

Tard dans la nuit, la police secrète du Shah, la SAVAK, contacta la famille et l’informa que Mehran était détenu dans ses locaux. Son père se rendit sur place pour le récupérer.

L’arrestation ne mit pas fin aux activités politiques de Mehran. Elle marqua au contraire le début d’un parcours qui allait progressivement impliquer toute la famille.

Mère Dehghan se souvenait avoir soutenu son fils et l’avoir accompagné dans ses activités. Elle s’engagea elle-même dans cette lutte, le suivant partout où elle le pouvait et l’aidant chaque fois que cela était possible.

Mais l’épreuve de la famille s’intensifia après la révolution de 1979, lorsque le nouveau régime commença à persécuter systématiquement ses opposants politiques.

La répression s’étend au-delà du prisonnier

L’exécution de Mohammad Reza Najibzadeh, le neveu de Mère Dehghan, constitua un tournant pour la famille.

Après son exécution, les autorités s’en prirent à la famille et à ses moyens de subsistance. La pharmacie de son père fut fermée, tandis que la librairie d’un autre frère fut également contrainte de cesser son activité. Les frères et sœurs de Mohammad Reza furent expulsés de l’école et empêchés de poursuivre leurs études.

La répression ne se limitait pas à la personne accusée d’opposition politique. Elle s’étendait aux parents, aux frères et sœurs, aux proches, aux lieux de travail, aux entreprises et même aux enfants.

Pour des familles comme les Najibzadeh, la persécution politique devint une expérience collective.

Le traitement réservé au corps de Mohammad Reza révéla une autre dimension de cette répression : même après sa mort, les autorités cherchaient à contrôler et à intimider sa famille.

Un jeune homme de 18 ans exécuté et enterré dans la cour de sa maison familiale

Mohammad Reza Najibzadeh n’avait que 18 ans lorsqu’il fut exécuté.

Sa famille ne fut pas immédiatement autorisée à récupérer son corps. Elle se rendit à plusieurs reprises auprès des autorités, notamment des Gardiens de la révolution, pour réclamer la restitution de sa dépouille.

Finalement, aux premières heures du matin, la famille reçut son corps — mais dans des conditions qui faisaient même du deuil un acte de défiance.

Les autorités ne permirent pas à la famille de l’emmener dans un cimetière.

Au lieu de cela, ses proches furent contraints de l’enterrer dans la cour de la maison familiale.

La famille lava elle-même son corps. Mais ce qu’elle découvrit fut dévastateur. Selon le témoignage de Mère Dehghan, Mohammad Reza avait été atteint par de nombreux tirs, environ 22 balles ayant frappé son corps. Une dernière balle avait atteint sa tête, provoquant des blessures catastrophiques.

La famille se procura du coton dans une pharmacie afin de tenter d’arrêter les saignements avant de pouvoir préparer le corps pour l’inhumation.

Lorsqu’ils finirent par l’enterrer, la maison elle-même était devenue sa tombe.

Il ne s’agissait pas seulement d’une tragédie familiale. C’était aussi l’illustration de la manière dont la répression politique s’immisçait dans les espaces les plus intimes de la vie quotidienne, transformant les maisons en lieux de deuil et les familles en témoins de la violence d’État.

Des blessures que le temps ne peut effacer

Les décennies peuvent passer, mais certains souvenirs ne s’effacent pas.

Pour Mère Dehghan, les images de ces années restent profondément présentes. La perte de son neveu, les persécutions subies par sa famille, les exécutions et l’humiliation entourant l’inhumation sont autant de souvenirs que le temps n’a pas effacés.

Ces expériences mettent en lumière une dimension souvent négligée de l’histoire contemporaine de l’Iran : le prix payé non seulement par ceux qui ont été emprisonnés ou exécutés, mais aussi par les familles qui leur ont survécu.

Les mères, en particulier, ont porté un fardeau singulier. Elles ont subi les arrestations, les perquisitions, les exécutions, les disparitions de leurs proches, les restrictions en matière d’éducation et d’emploi, ainsi que des années d’incertitude. Pourtant, nombre d’entre elles ont continué à préserver les noms et les histoires de leurs enfants.

Leur témoignage est donc bien davantage qu’un simple récit personnel de leur douleur. Il fait partie des archives de l’Histoire.

Préserver la mémoire de ceux qui ont payé le prix

L’histoire de la répression politique en Iran ne peut être comprise uniquement à travers les documents officiels, les registres des prisons ou les listes d’exécutions. Elle doit également être appréhendée à travers les souvenirs de ceux qui ont été témoins, au sein même de leur famille, de ce qui s’est produit.

L’histoire de Mère Dehghan et d’autres mères comme elle montre combien les conséquences de la répression se sont étendues sur plusieurs générations.

Un adolescent qui écrivait des slogans pouvait devenir prisonnier politique. Un jeune homme de 18 ans pouvait être exécuté. Une entreprise familiale pouvait être fermée en raison des activités politiques d’un proche. Des enfants pouvaient être expulsés de leur école. Et une famille pouvait même se voir refuser le droit d’enterrer ses morts dans un cimetière.

Pourtant, la mémoire de ceux qui ont été tués a survécu.

Pour la jeune génération d’Iraniens, ces récits revêtent une importance particulière. Ils montrent que la lutte pour la liberté n’a pas commencé avec un soulèvement particulier ni avec une génération donnée. Elle s’est poursuivie pendant des décennies, portée par des personnes qui ont subi l’emprisonnement, la persécution et la mort — et par des familles qui ont transmis leur mémoire.

Les mères qui ont été témoins de ces pertes font elles-mêmes partie de cette histoire. Leur souffrance est indissociable de l’histoire de la lutte de l’Iran pour la liberté.

Leurs témoignages méritent d’être préservés, non comme de lointains souvenirs, mais comme le témoignage du prix que d’innombrables familles iraniennes ont payé — et continuent de payer — pour leur aspiration à un avenir libre.