La crise des droits humains s’aggrave en Iran alors que le régime intensifie les exécutions et réprime la liberté d’expression

la-crise-des-droits-humains-iran-csdhi

CSDHI – Les mises en garde internationales concernant l’exécution de prisonniers politiques et les nouvelles restrictions visant les contacts avec les journalistes étrangers témoignent de l’intensification de la campagne de répression et de la crise des droits humains menée par le régime iranien.

La situation des droits humains en Iran s’est fortement dégradée ces derniers mois, avec une hausse spectaculaire du nombre d’exécutions, notamment de prisonniers politiques, parallèlement à de nouvelles restrictions visant la liberté d’expression et l’accès à l’information.

Dans une interview accordée à INTV et consacrée aux derniers développements, la spécialiste des droits humains Sahar Sanaei a présenté les exécutions comme l’un des indicateurs les plus révélateurs de la dégradation de la situation des droits humains dans le pays. Elle a souligné que, tandis que des pays comme le Liban ont pris des mesures en faveur de l’abolition de la peine de mort, l’Iran a évolué dans la direction opposée.

Depuis mars, le nombre d’exécutions a considérablement augmenté. Selon Sanaei, 56 prisonniers politiques ont été exécutés au cours des mois suivants, ce qui représenterait le chiffre le plus élevé depuis environ 35 ans.

L’ampleur et la rapidité de ces exécutions ont suscité une inquiétude croissante au niveau international.

L’ONU alerte sur la hausse des exécutions

En août, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a lancé une mise en garde, faisant part de sa profonde inquiétude face à l’augmentation du nombre d’exécutions en Iran, et notamment à l’exécution de prisonniers politiques. Il a appelé le régime iranien à mettre fin aux exécutions.

Le régime a également recours aux exécutions publiques comme moyen d’intimidation. Deux jeunes hommes auraient été exécutés publiquement à Ispahan, illustrant une nouvelle fois la manière dont la peine de mort est utilisée non seulement comme une sanction, mais également comme un moyen de répandre la peur au sein de la société.

L’inquiétude internationale porte également sur des prisonniers actuellement menacés d’exécution. Des experts des Nations unies — parmi lesquels le Rapporteur spécial sur la situation des droits humains en Iran, le Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires et le Rapporteur spécial sur la torture — ont exprimé leur préoccupation concernant le cas de 12 personnes condamnées à mort dans le cadre de l’affaire Ali Khani.

Les experts ont appelé le régime à suspendre les exécutions, estimant que la procédure judiciaire n’avait pas respecté les normes internationales et que de graves questions demeuraient concernant la manière dont les procédures avaient été menées.

Ils ont également exhorté l’Iran à instaurer un moratoire sur les exécutions et à respecter la liberté d’expression ainsi que les autres droits fondamentaux.

L’exécution d’un défenseur des droits humains

L’exécution du militant des droits humains Majid Adineh constitue un autre exemple de l’approche adoptée par le régime.

Adineh aurait consacré près de deux décennies à la défense des droits humains, notamment en venant en aide à des familles en difficulté et en les soutenant. Il avait également participé aux manifestations de décembre.

Plutôt que de reconnaître son engagement humanitaire, le régime l’a exécuté au cours des dernières semaines.

Son cas illustre l’élargissement de la définition du « crime » utilisée contre ceux qui contestent ou critiquent les autorités. Des activités qui seraient normalement considérées comme relevant de l’engagement citoyen ou de la défense des droits humains sont de plus en plus présentées par le régime comme des menaces pour sa sécurité.

Les contacts avec des journalistes étrangers criminalisés

La répression ne se limite pas aux prisons et aux lieux d’exécution.

Le régime a également entrepris de restreindre la circulation de l’information en criminalisant les contacts avec les journalistes étrangers. Une mesure approuvée par le Parlement du régime ferait de la communication avec des journalistes étrangers une infraction pénale.

De telles restrictions sont en contradiction flagrante avec les efforts internationaux visant à renforcer la liberté d’expression et à protéger l’accès des citoyens à l’information.

Cette mesure révèle également ce que le régime redoute le plus : que des informations sur la situation à l’intérieur de l’Iran parviennent au monde extérieur et que les revendications et difficultés de la société iranienne soient davantage connues.

En limitant les échanges avec les médias étrangers, le régime cherche à contrôler non seulement ce que les Iraniens peuvent dire, mais aussi ce que la communauté internationale peut savoir de la situation en Iran.

La pression internationale face à la résistance intérieure

Les experts des Nations unies ont à plusieurs reprises alerté sur la dégradation de la situation. La Rapporteuse spéciale des Nations unies sur l’Iran, Mai Sato, continue également de suivre activement les évolutions et de faire part de ses préoccupations concernant la situation dans le pays.

La succession des mises en garde internationales souligne l’ampleur de la crise. Comme l’a relevé Sanaei, les rapporteurs de l’ONU et les experts internationaux ne parviennent souvent à mesurer pleinement l’ampleur des violations qu’après avoir examiné les pratiques du régime et les dossiers qui leur sont soumis.

Le schéma qui se dessine à travers ces différents développements est clair : les exécutions se multiplient, les prisonniers politiques sont ciblés, les défenseurs des droits humains sont sanctionnés, les exécutions publiques servent à répandre la peur et les restrictions à la liberté d’expression s’étendent.

La réponse du régime iranien face à un mécontentement social croissant repose donc de plus en plus sur la répression.

Mais les exécutions et la censure ne peuvent faire disparaître les causes profondes de la colère de la population. Elles révèlent au contraire la crainte du régime face à une société qui refuse de plus en plus d’accepter la répression comme le prix à payer pour sa survie politique.

L’attention internationale croissante portée aux violations des droits humains en Iran, conjuguée à la résistance persistante des prisonniers politiques et de la société iranienne, montre que la campagne d’intimidation menée par le régime n’est pas parvenue à faire taire l’opposition.