Iran : 15 femmes et jeunes filles tuées en moins d’un mois dans des violences familiales

Le CSDHI appelle à renforcer d’urgence la protection des femmes victimes de violences en Iran

Paris, le 2 septembre 2026 – Le Comité de défense des droits de l’homme en Iran (CSDHI), association iranienne de défense des droits humains basée en France, exprime sa profonde inquiétude face à une série de féminicides et de violences mortelles contre des femmes et des jeunes filles en Iran.

Selon un rapport publié le 26 août 2026, au moins 15 femmes et jeunes filles ont été tuées dans 12 affaires distinctes entre le 24 juillet et le 20 août 2026, dans différentes villes iraniennes.

Les informations disponibles proviennent principalement de médias iraniens. En raison de la censure, des restrictions sur l’accès à l’information et des interruptions répétées d’Internet, ces chiffres ne représentent vraisemblablement qu’une partie des cas réels.

Les 15 victimes recensées

1. Azarshahr – 24 juillet 2026

Une femme de 62 ans, dont le nom n’a pas été communiqué, a été tuée à Azarshahr, dans la province de l’Azerbaïdjan oriental, par son mari âgé de 72 ans, à coups de couteau et de hache. L’homme a pris la fuite avant d’être arrêté. Il aurait invoqué des « différends familiaux ».

2. Sanandaj – 25 juillet 2026

Roshana Nouri, 15 ans, originaire du village de Sarhvieh, près de Sanandaj, a été tuée par balle par son demi-frère.

3. Qazvin – fin juillet 2026

Esmat Jabbari, 47 ans, et sa fille Setareh Karbasi, âgée de 8 ans, ont été tuées à leur domicile à Qazvin par le mari d’Esmat et leur fils de 17 ans. La mère et sa fille auraient été asphyxiées pendant leur sommeil à l’aide de substances toxiques. Le crime a eu lieu à la fin du mois de juillet, mais les informations n’ont été rendues publiques qu’en août.

4. Machhad – crime commis le 11 juin, révélé le 29 juillet 2026

Fatemeh K., 35 ans, a été étranglée et tuée par son mari à Machhad. Celui-ci aurait brûlé son corps dans une zone désertique avant de l’enterrer dans une fosse peu profonde. Ses restes ont ensuite été découverts par des animaux. Le crime aurait été motivé par des considérations dites « d’honneur ».

5. Marvdasht – 30 juillet 2026

Sanaz Mehrabi Dashtaki, 15 ans, originaire de Marvdasht, dans la province du Fars, a été tuée par balle par son oncle maternel. Le meurtre aurait été commis au nom de « l’honneur », après que sa famille s’est opposée à son mariage avec l’homme qu’elle aimait.

6. Shahr-e Babak – 6 août 2026

Une femme, dont l’identité n’a pas été rendue publique, a été tuée à coups de couteau par son mari à Shahr-e Babak, dans la province de Kerman. Les médias locaux ont évoqué des « différends familiaux ».

7. Qiamdasht – juillet 2026, affaire révélée le 9 août

Une femme de 45 ans, dont le nom n’a pas été communiqué, a été tuée par son mari. Celui-ci aurait enterré son corps dans une zone désertique à l’extérieur de la ville.

L’homme avait déjà tué leur fille plusieurs années auparavant. Lors d’une dispute avec son épouse au sujet de ce meurtre, il aurait également tué la mère de la jeune fille. La disparition de la femme avait été signalée en juillet, mais les circonstances de sa mort n’ont été révélées qu’en août.

8. Malekan – 6 août 2026

Neda Jalilian, 26 ans, mère d’un enfant de quatre ans, a été battue à mort par son mari à Malekan, dans la province de l’Azerbaïdjan oriental.

Neda, qui travaillait lors de cérémonies locales, avait déjà subi de graves violences conjugales et était retournée chez ses parents. Son mari s’est rendu au domicile familial, a violemment agressé ses beaux-parents puis, après leur hospitalisation, est entré dans la maison et a tué Neda.

Il aurait ensuite suspendu le corps de son épouse afin de faire croire à un suicide. Les blessures graves constatées ont toutefois mis en évidence les circonstances du décès.

9. Machhad – 6 août 2026

Leila, 45 ans, a été mortellement poignardée à son domicile par son mari, âgé de 52 ans. Elle est décédée après avoir été transportée à l’hôpital Razavi.

Le meurtre aurait eu lieu devant leur fille de 17 ans. Selon le rapport, l’homme, dépendant aux drogues, vendait des biens du foyer pour financer sa consommation et aurait tué son épouse après qu’elle s’y est opposée.

10. Chabahar – 10 août 2026

Azita Rahmatzehi, 24 ans, étudiante universitaire et employée dans une pharmacie, a été violemment battue puis tuée par balle par son mari, seulement 12 jours après son mariage forcé.

Malgré son opposition, Azita aurait été contrainte par sa famille, son père et son oncle maternel d’épouser un homme qui avait déjà cinq enfants. Après le mariage, son mari l’aurait empêchée de poursuivre ses études et son travail.

11. Babol – 7 août 2026

Somayeh Razaghi, 39 ans, originaire de Babol, a été étranglée par son ancien mari le 5 août et est décédée à l’hôpital deux jours plus tard.

Séparée de lui depuis plusieurs mois, Somayeh s’était rendue dans son magasin pour récupérer des documents. L’homme aurait baissé le rideau du magasin avant de l’étrangler.

12. Qaemshahr – 14 août 2026

Huriyeh Dadashpour et sa jeune fille Selin Afraei ont été étranglées et tuées par le mari d’Huriyeh alors qu’elles dormaient à leur domicile.

Pour dissimuler le crime, l’homme aurait organisé la scène afin de faire croire à une intoxication au gaz.

13. Parand – 20 août 2026

Une femme de 33 ans, dont le nom n’a pas été communiqué, a été tuée par son prétendant dans une collision volontaire avec un minibus, mise en scène afin de faire croire à un accident.

14. Shahr-e Rey – 20 août 2026

Une femme d’âge moyen, dont l’identité n’a pas été communiquée, a été tuée par son mari à Shahr-e Rey, dans la province de Téhéran. Son corps a ensuite été retrouvé à l’extérieur de la ville. Les médias ont évoqué des « différends familiaux ».

15. Saqqez – 20 août 2026

Latifeh Mohammadzadeh, 40 ans, répartitrice de taxis à Saqqez, a été poignardée à 20 reprises par son mari.

Latifeh travaillait pour subvenir aux besoins de sa famille et de son enfant. Elle aurait été menacée de mort à plusieurs reprises par son mari et avait même été agressée dans un tribunal. L’homme avait déjà des antécédents de violence et aurait également tenté de tuer leur bébé.

Des violences qui ne peuvent être considérées comme de simples affaires familiales

Pour le CSDHI, ces 15 cas illustrent la gravité des violences faites aux femmes en Iran et la nécessité de considérer les féminicides et les violences conjugales comme une question urgente de droits humains.

Selon les données compilées par le Comité des femmes du Conseil national de la Résistance iranienne à partir de médias officiels et semi-officiels, le nombre de femmes tuées est passé de 105 cas en 2023 à 160 en 2024, puis à au moins 192 en 2025. Des estimations universitaires non officielles évoquent également plusieurs centaines de femmes victimes chaque année de meurtres dits « d’honneur » ou de violences familiales.

Le manque de statistiques officielles complètes et les restrictions imposées aux médias rendent toutefois difficile l’évaluation de l’ampleur réelle du phénomène.

Le CSDHI appelle à une protection effective des femmes

Le Comité de défense des droits de l’homme en Iran appelle les autorités iraniennes à prendre des mesures concrètes pour protéger les femmes exposées aux violences, notamment :

  • garantir une protection immédiate aux femmes victimes ou menacées de violences domestiques ;
  • assurer l’accès à une justice indépendante et à une protection juridique effective ;
  • mener des enquêtes transparentes et impartiales sur tous les cas de féminicide ;
  • poursuivre les auteurs de violences sans discrimination ;
  • garantir aux victimes l’accès aux services médicaux, psychologiques, sociaux et judiciaires nécessaires ;
  • publier des statistiques officielles et transparentes sur les violences faites aux femmes et les féminicides.

Le CSDHI appelle également les Nations unies, l’Union européenne, la France et les organisations internationales de défense des droits humains à accorder une attention particulière à la situation des femmes en Iran.

Le droit à la vie et à la sécurité doit être garanti à toutes les femmes. Aucune violence ne doit être banalisée ou considérée comme une simple affaire familiale.