CSDHI – Cet article examine et évalue les conséquences de l’actuelle situation économique en République islamique d’Iran sur les droits humains. Les données statistiques et les rapports officiels de terrain recueillis au cours du premier semestre 2026 indiquent que l’adoption de politiques économiques restrictives, la suppression brutale des subventions pour les produits de première nécessité et les médicaments, les déséquilibres structurels ainsi que l’absence de priorité accordée au bien-être de la population ont entraîné un effondrement sans précédent du pouvoir d’achat de la société et l’émergence d’une grave crise humanitaire.
L’indice de misère atteignant un niveau historique de 97,7 %, l’inflation en glissement annuel comprise entre 83,8 % et 88,6 %, l’inflation alimentaire culminant à 128,1 %, l’exclusion de 1,5 million de personnes de l’emploi formel et la multiplication du coût des médicaments essentiels destinés aux maladies rares et chroniques constituent des preuves sérieuses de la détérioration des conditions de vie et de la diminution de l’accès d’une large partie de la population à l’emploi, à l’alimentation, au logement et aux services médicaux. Cette situation soulève de graves préoccupations quant au respect par la République islamique d’Iran de ses obligations au titre des articles 6, 11 et 12 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), ainsi que de ses obligations relatives à la protection du droit à la vie et de la dignité humaine, consacrées par l’article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). La poursuite de cette tendance pourrait constituer une privation structurelle des conditions nécessaires à une vie digne et respectueuse de la valeur humaine.
Introduction et cadre juridique international
Dans les normes internationales, le droit à la vie ne se limite pas à la simple « survie biologique ». Selon l’Observation générale n° 36 du Comité des droits de l’homme des Nations unies, relative à l’article 6 du PIDCP, le droit à la vie implique de pouvoir jouir d’une « vie dans la dignité ».
Selon cette interprétation, même en période de crise économique ou de contraintes sur les ressources, les États sont tenus de garantir le socle minimal des droits économiques et sociaux, notamment l’accès à l’alimentation, aux soins de santé et aux médicaments.
En outre, en vertu des articles 6, 11 et 12 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) — auquel l’État iranien est partie sans aucune réserve —, l’État est lié par le principe de non-régression dans la réalisation des droits au bien-être. Il doit garantir le « droit à un niveau de vie suffisant », le « droit à une alimentation adéquate et à être à l’abri de la faim » ainsi que le « droit de toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale qu’elle soit capable d’atteindre ».
Les conclusions de ce rapport indiquent qu’une combinaison de politiques, de décisions économiques et de pratiques de gouvernance en République islamique d’Iran a entraîné une érosion continue de l’accès des citoyens aux éléments essentiels d’une vie digne, soulevant de graves préoccupations quant au respect par l’État de ses obligations internationales dans le domaine des droits économiques, sociaux et culturels.
Section I : graves difficultés à garantir le « droit à une alimentation adéquate » et la sécurité alimentaire (article 11 du PIDESC)
Flambée de l’inflation alimentaire et réduction du contenu de l’assiette des ménages
Selon les données du Centre statistique d’Iran, l’inflation alimentaire en glissement annuel a atteint 128,1 % en juillet 2026. Les huiles et les matières grasses ont enregistré les hausses les plus importantes, à 261,5 %, suivies du lait, du fromage et des œufs, à 147,1 %, des viandes rouges et blanches, à 145,2 %, et du pain et des céréales, à 116,7 %.
Le coût des provisions alimentaires nécessaires à une personne seule a atteint 8,6 millions de tomans en octobre 2026 (45,58 dollars au taux de change officiel en vigueur). Ce montant a fait grimper le coût total de l’alimentation d’une famille de quatre personnes bien au-delà du pouvoir d’achat de l’immense majorité des salariés, des travailleurs et des retraités.
Note à l’attention du lecteur : selon une résolution du Conseil supérieur du travail, le salaire mensuel minimum des travailleurs pour l’année 2026-2027 est de 88,12 dollars, et le montant mensuel minimum versé aux retraités est de 89,04 dollars.
Cette situation traduit une forte diminution de l’accès économique à une alimentation adéquate et est contraire aux exigences de l’article 11 du PIDESC concernant le droit à un niveau de vie suffisant et la sécurité alimentaire.
Suppression des subventions et aggravation de l’insécurité alimentaire
Une hausse de 150 % du prix de la farine, consécutive à la suppression des subventions sur le blé destiné à l’industrie, a entraîné une multiplication par 2,5 du prix du pain industriel, passé de 23 800 tomans à 60 000 tomans, et atteignant dans certains cas 90 000 tomans.
Une hausse de 25 % du prix du poulet, qui a atteint jusqu’à 335 000 tomans le kilogramme, ainsi qu’une forte flambée du prix de la viande rouge, à environ 2 millions de tomans, ont considérablement limité l’accès des catégories les plus pauvres aux sources de protéines.
Selon les directives interprétatives du Comité des droits économiques, sociaux et culturels, les États sont tenus de garantir à toute personne un accès économique et physique à une alimentation adéquate. Lorsque de larges segments de la société sont contraints de supprimer ou de réduire leur consommation de produits essentiels, de graves préoccupations se posent quant à la réalisation du droit à l’alimentation et au respect de l’article 11 du Pacte.
Insuffisance des dispositifs de soutien social
Des mesures telles que l’augmentation de 500 000 tomans des cartes électroniques d’aide alimentaire (Kala-barg), accordée à des groupes limités, sont sans commune mesure avec l’ampleur de l’inflation et de l’effondrement du pouvoir d’achat. Une révision fondamentale s’impose donc, sur la base des obligations de l’État en matière de répartition équitable des ressources.
Section II : obstacles majeurs à la réalisation du « droit à la santé » et crise pharmaceutique (article 12 du PIDESC)
Coût exorbitant et pénuries de médicaments essentiels
La mise en œuvre de politiques supprimant les taux de change préférentiels sans instaurer de mécanisme de protection efficace a entraîné une multiplication par 7 à 10 du prix des médicaments destinés aux maladies chroniques et rares et, dans certains cas, une hausse pouvant atteindre 900 %.
Selon les rapports officiels, le coût d’un seul cycle de chimiothérapie pour les patients atteints d’un cancer est passé de 7 millions de tomans ces dernières années à environ 70 millions de tomans, soit une multiplication par dix. Parallèlement, le prix de certains médicaments vitaux est passé de 1 million à 30 millions de tomans.
Les rapports de terrain font état de pénuries aiguës de fournitures médicales essentielles sur le marché, notamment d’insuline et de kits de diagnostic de laboratoire. La persistance de ces pénuries met directement en péril l’accès des patients aux traitements médicaux nécessaires.
Part négligeable des dépenses de santé dans le produit intérieur brut (PIB)
Les dépenses publiques de santé en Iran ne représentent que 4,9 % du PIB. Selon les données de The Global Economy, l’Iran se classe au 112e rang sur 184 pays, ce qui illustre un écart considérable par rapport aux références mondiales en matière de santé et aux normes internationales.
Monopolisation du marché pharmaceutique et discrimination dans l’allocation des ressources publiques
La structure de la production et de l’importation de produits pharmaceutiques en Iran demeure sous le contrôle exclusif d’entités parapubliques et affiliées à l’État, notamment des entreprises telles que « Barakat », liée à l’organisation « Exécution de l’ordre de l’imam Khomeini » (Setad). L’accumulation de capitaux et la monopolisation de ce secteur, conjuguées à l’absence prolongée, pendant plusieurs mois consécutifs, d’allocation de devises au taux officiel pour les médicaments essentiels — alors que plus de 2 milliards de dollars ont été affectés à l’importation de voitures de luxe — illustrent une mauvaise gestion systémique et des conflits d’intérêts institutionnels. Cette disparité prive directement les couches les plus vulnérables de la société de soins médicaux et met gravement en péril le droit à la santé, garanti par l’article 12 du PIDESC.
L’article 12 du PIDESC oblige les États parties à garantir le meilleur état de santé physique et mentale que toute personne soit capable d’atteindre. Un accès effectif et financièrement abordable aux médicaments essentiels constitue un élément fondamental de ce droit. L’augmentation exponentielle des coûts des traitements médicaux et des produits pharmaceutiques, conjuguée à de graves pénuries d’approvisionnement, soulève d’importantes préoccupations quant au respect des obligations relatives au droit à la santé et à son contenu minimal essentiel.
Section III : crise du marché du travail, emploi informel et érosion des normes du travail (articles 6 et 7 du PIDESC)
Sortie massive de la population active de l’emploi formel
Au cours des six premiers mois de 2026, au moins 1,5 million de personnes ont été exclues de l’emploi formel, tandis que 250 000 travailleurs ont perdu leur emploi.
Les rapports officiels du Centre statistique d’Iran indiquent une diminution nette de 450 000 personnes parmi les personnes en emploi et une baisse de 10,1 % du produit intérieur brut (PIB) au printemps 2026. Les secteurs de l’industrie et des mines ont subi le recul le plus important, avec une contraction de 14,17 %.
Expansion du travail précaire et des contrats signés en blanc (Gharardad-ha-ye Sefid-Emza)
L’exclusion des travailleurs de l’emploi formel les prive de couverture de sécurité sociale, de régimes de retraite et de prestations légales. La généralisation des contrats signés en blanc constitue un obstacle majeur à la réalisation de « conditions de travail justes et favorables », comme l’exige l’article 7 du PIDESC.
Hausse historique de l’indice de misère
La combinaison d’un taux de chômage officiel de 9,1 % et d’une inflation en glissement annuel supérieure à 88 % a fait grimper l’indice de misère à un niveau historique de 97,7 %, avec de graves répercussions sur la stabilité psychologique et socio-économique des ménages.
Le droit au travail ne signifie pas simplement le fait d’occuper un emploi : il implique la création de véritables possibilités d’emploi, la sécurité de l’emploi et des conditions de travail équitables. L’expansion systématique de l’insécurité professionnelle et l’exclusion massive de travailleurs de l’emploi formel suscitent de sérieuses préoccupations quant à la mise en œuvre des articles 6 et 7 du PIDESC.
Section IV : multiplication des manifestations liées aux moyens de subsistance et répression structurelle des droits du travail et des droits syndicaux (article 8 du PIDESC et article 21 du PIDCP)
Rapport de terrain sur les rassemblements organisés sur une période de 72 heures
Samedi 24 octobre 2026 :
- Personnel de l’industrie gazière : des employés des stations de compression de gaz de Bidboland, à Ahvaz, Hosseinieh, Piazabad et Kuhdasht, ont organisé des rassemblements de protestation après des mois de démarches restées sans réponse concernant leurs revendications.
- Travailleurs municipaux : un groupe de travailleurs municipaux à Ilam s’est rassemblé devant le bâtiment du gouvernorat pour protester contre leur situation professionnelle et leurs conditions de subsistance.
Dimanche 25 octobre 2026 :
- Retraités de l’Organisation de la sécurité sociale : des rassemblements de protestation ont eu lieu à Téhéran, Shoosh, Rasht et Ahvaz, avec des slogans dénonçant la pauvreté et la mauvaise gestion.
- Entraves sécuritaires au rassemblement national des retraités de la sidérurgie : des retraités de la sidérurgie avaient prévu de se rendre à Téhéran depuis différentes régions du pays. Cependant, les services de sécurité, notamment le ministère du Renseignement, ont eu recours à l’intimidation, aux menaces et à des mesures dissuasives pour empêcher les bus de quitter leurs villes de départ. Malgré cela, plusieurs retraités sont parvenus à rejoindre la capitale et se sont rassemblés devant le ministère des Coopératives, du Travail et de la Protection sociale.
- Grèves et protestations dans les services : des chauffeurs de transports scolaires et de transports publics à Karaj se sont rassemblés pour protester contre les graves pénuries de carburant diesel, tandis que des boulangers d’Iranshahr se sont simultanément mis en grève.
Lundi 26 octobre 2026 :
- Rassemblement national des retraités des télécommunications : des rassemblements simultanés ont eu lieu dans des dizaines de villes, notamment Ispahan, Téhéran, Tabriz, Ilam, Borujerd, Bijar, Kermanshah, Khorramabad et Sanandaj. À Téhéran, dans le secteur de Sardar-e Jangal, ces manifestations ont reçu un large soutien de la part des passants.
Analyse juridique des manifestations (conclusion)
La tenue, dans un intervalle limité de trois jours, du 24 au 26 octobre 2026, de dizaines de rassemblements et de grèves à l’échelle nationale dans des secteurs professionnels et liés aux moyens de subsistance très divers — notamment les retraités des télécommunications, de la sécurité sociale et de la sidérurgie, les boulangers, les chauffeurs de transports publics, les travailleurs des stations gazières et le personnel municipal — met en évidence plusieurs réalités juridiques fondamentales :
Ampleur structurelle et omniprésence de la crise des moyens de subsistance : ce volume de manifestations simultanées dans des dizaines de villes, dont Téhéran, Ispahan, Tabriz, Ahvaz, Rasht, Sanandaj, Ilam, Khorramabad et Karaj, démontre que la privation économique actuelle n’est ni localisée ni ponctuelle. Elle s’est transformée en une « crise généralisée et structurelle des moyens de subsistance », qui touche l’ensemble de la population active ainsi que les catégories de retraités.
Érosion complète des mécanismes de résilience et de protection : les manifestations successives de retraités et de travailleurs, après des mois de démarches infructueuses, témoignent de l’incapacité totale des voies officielles à répondre aux revendications relatives aux moyens de subsistance et de l’insuffisance des salaires et des pensions pour garantir les besoins essentiels de la vie, conformément à l’article 11 du PIDESC.
Entraves sécuritaires et intimidations portant atteinte au droit de réunion pacifique : l’intervention des appareils de sécurité — notamment les mesures prises par le ministère du Renseignement pour intimider et menacer les retraités de la sidérurgie et empêcher les bus de différentes villes de rejoindre la capitale — constitue une violation manifeste du droit de réunion pacifique, garanti par l’article 21 du PIDCP, ainsi que du droit à la liberté d’association et aux activités syndicales, garanti par l’article 8 du PIDESC. Une réponse policière et sécuritaire à des revendications fondamentales relatives aux moyens de subsistance constitue un rejet flagrant des obligations internationales de l’État en matière de respect des droits fondamentaux des citoyens.
Conclusion
Les conclusions de ce rapport indiquent que la crise économique persistante en République islamique d’Iran n’est pas simplement un problème financier ou de gestion. Elle a atteint un stade où ses conséquences compromettent directement l’exercice des droits humains fondamentaux par des millions de citoyens. L’inflation sans précédent, la forte baisse du pouvoir d’achat, l’aggravation de l’insécurité alimentaire, la crise de l’accès aux médicaments et aux traitements médicaux, la contraction de l’emploi formel et la multiplication des contrats de travail précaires ont, ensemble, créé des conditions qui privent de larges segments de la société des exigences minimales nécessaires à une vie dans la dignité humaine.
Les éléments présentés dans ce rapport démontrent que les privations susmentionnées ne sont plus des phénomènes sporadiques ou temporaires. Elles se manifestent désormais sous la forme d’un schéma structurel et persistant touchant l’emploi, la santé, l’alimentation et la protection sociale. La persistance de cette situation, en particulier en l’absence de mécanismes de réparation et de protection adéquats, suscite de graves préoccupations quant au respect par l’État de ses obligations au titre des articles 6, 7, 11 et 12 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.
En outre, la concomitance de la crise des moyens de subsistance et des restrictions imposées aux manifestations et rassemblements civiques et syndicaux a non seulement privé de nombreux citoyens d’un accès effectif à leurs droits économiques et sociaux, mais les a également privés de la possibilité de revendiquer ces droits pacifiquement et d’œuvrer à leur réalisation. De telles conditions accroissent considérablement le risque d’aggravation, à grande échelle, des cycles de pauvreté, d’inégalité et d’exclusion sociale.
En conséquence, les éléments disponibles révèlent qu’une part importante de la population iranienne est confrontée à une tendance croissante à la privation structurelle des éléments essentiels d’une « vie digne et respectueuse de la valeur humaine ». Cette situation exige une attention immédiate des organismes internationaux de défense des droits humains ainsi que l’adoption de mesures correctives efficaces par les autorités responsables.


