CSDHI – Dans la mémoire collective du peuple iranien, le mot « juge » n’évoque plus le pouvoir judiciaire iranien, la justice, la loi ou l’impartialité. Il évoque plutôt une image terrifiante de peur, d’oppression et de mort. Ce changement de sens n’est pas accidentel ; sous le régime des mollahs, le jugement n’a pas servi la loi, mais est devenu complice de crimes systématiques. Le terme « juges de la mort » a été inventé par le peuple iranien pour désigner ces sombres personnages du système judiciaire qui ont directement participé à l’exécution, à la torture et à la condamnation sévère de prisonniers politiques et idéologiques. Ces personnages ont écrit leurs verdicts avec le sang, et leurs noms sont étroitement liés aux cauchemars les plus sombres de la nation.
Comment les « juges de la mort » ont-ils été formés ?
À partir des années 1980, le régime au pouvoir, s’appuyant sur les juges de la charia nommés par Khomeini, a mis en place des tribunaux qui ne respectaient ni le droit civil ni les principes d’un procès équitable. Les condamnations à mort faites par le pouvoir judiciaire étaient prononcées en quelques minutes, sans avocats de la défense, sans preuves et sans procédure régulière. Dans ce cadre, les juges servaient d’instruments religieux et politiques de répression plutôt que de gardiens de la justice.
Au fil du temps, cette pratique a non seulement persisté, mais elle s’est institutionnalisée, devenant l’un des piliers de la continuité du régime. Les visages ont changé, mais la structure est restée la même. De Khalkhali à Salavati, le jugement est devenu synonyme de mort.
Le rôle des agences de sécurité dans la direction du pouvoir judiciaire
La plupart de ces juges n’étaient en aucun cas indépendants. Ils étaient soit directement liés, soit étroitement alignés avec le ministère du Renseignement, l’Organisation du renseignement du CGRI ou le bureau du Guide suprême. Dans de nombreux cas, les sentences étaient rédigées par les institutions de sécurité, et les juges des tribunaux tels que le tribunal révolutionnaire ou le tribunal spécial du clergé se contentaient de les appliquer. Cette structure a transformé le pouvoir judiciaire d’un instrument de justice en une arme idéologique et politique.
Témoignages de survivants
Un survivant du massacre de 1988 : « Nayyeri ne nous regardait même pas dans les yeux. Il se contentait de demander : « Êtes-vous toujours ferme dans votre position ? » Si vous répondiez oui, votre sort était scellé. »
Un prisonnier politique des années 2000 : « Le juge Moghiseh m’a dit : soit vous avouez, soit vous marchez vers la potence. »
Analyse juridique
Selon l’article 6 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), la peine de mort n’est autorisée que dans des conditions extrêmement limitées et après un procès équitable. Dans tous ces cas, les « juges de la mort » ont violé de manière flagrante ce principe fondamental.
Ces actions, en particulier lors du massacre de 1988 et des manifestations de 2022, peuvent être qualifiées de crimes contre l’humanité au sens de l’article 7 du Statut de Rome.
Le bilan sanglant des juges de la mort
Profils des personnages clés : contexte juridique et crimes documentés. Voici un bref aperçu des personnalités éminentes qui symbolisent cette justice sanglante.
Sadegh Khalkhali
Premier juge de la charia de la révolution – symbole des exécutions sans procès
– A prononcé des dizaines de condamnations à mort à Téhéran, au Kurdistan et au Khuzestan
– A détruit des sites culturels et des sanctuaires
– A publiquement déclaré son mépris pour les procédures judiciaires
Mohammadi Gilani
Président du tribunal révolutionnaire, membre du Conseil des gardiens
– A condamné ses propres fils à mort pour leurs activités politiques
– A prononcé des centaines de condamnations à mort et de peines de flagellation dans les années 1980
– A justifié la torture par des arguments théologiques
Gholamhossein Mohseni-Ejei
Procureur spécial pour le clergé, ministre du Renseignement, président de la Cour suprême
– Directement responsable des ordres d’exécution et des peines d’emprisonnement à long terme prononcées à l’encontre de militants
– Accusé de torture et d’aveux forcés dans les années 1990-2000
– Complice silencieux du massacre de 1988 et des répressions de 2009 et 2022
Abolqasem Salavati
Surnommé « le juge de la mort » pendant le soulèvement de 2022
– A condamné Mohsen Shekari et Majidreza Rahnavard à mort
– A collaboré avec le CGRI pour obtenir des aveux forcés
– A prononcé des peines de flagellation, d’emprisonnement à perpétuité et d’exil
Mohammad Moghiseh (Nasseri)
Chef de la section 209 à Evine, juge du tribunal révolutionnaire.
– Directement impliqué dans des actes de torture.
– A prononcé des condamnations massives après le soulèvement de 2009.
– Décédé dans des circonstances suspectes en 2025.
Hossein-Ali Nayyeri
Chef de la Commission de la mort de 1988.
– A mené des procès sommaires ne durant que quelques minutes.
– A cosigné des condamnations à mort avec Raisi et Pour-Mohammadi.
– Décédé dans le silence imposé par le régime
Ebrahim Raïssi
Membre de la Commission de la mort, président nommé par le Guide suprême
– Impliqué dans le massacre de 1988
– A signé des condamnations à mort lors des soulèvements de 2019 et 2022
– Décédé dans un accident d’hélicoptère en mai 2025
Saeed Mortazavi
Procureur chargé des affaires de presse, affaire Kahrizak
– Responsable de la mort de Zahra Kazemi
– Mort et mauvais traitements infligés aux détenus de Kahrizak
– Banni de la magistrature mais jamais poursuivi en justice
Ali Razini
Juge à Mashhad, membre de la Commission de la mort
– A ordonné des exécutions rapides pendant les soulèvements
– A travaillé en étroite collaboration avec Lajevardi pendant la répression des années 1980
– Tué par un domestique en 2025
Asadollah Lajevardi
Procureur révolutionnaire de Téhéran, surnommé « le boucher d’Evine »
– A personnellement torturé des prisonniers politiques
– A prononcé et exécuté lui-même des condamnations à mort
– Tué par un survivant des années 1980
Conclusion et appel à l’action
Les juges de la mort ne sont pas de simples fonctionnaires judiciaires ; ils sont les architectes de la répression orchestrée par l’État. Il est impératif de documenter leurs crimes avec précision et de les traduire en justice devant les instances internationales.
Nous appelons le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à créer une commission d’enquête indépendante chargée d’examiner le rôle du pouvoir judiciaire iranien dans les violations systématiques des droits humains et de poursuivre ces juges de la mort devant les tribunaux internationaux.



