Les infirmières iraniennes : Des anges oubliés

Victimes silencieuses d’un système brutal
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CSDHI – À l’occasion de la Journée internationale des infirmières

Vêtues de blanc, les infirmières traversent les nuits les plus sombres

L’infirmière iranienne n’est pas l’image héroïque d’une affiche, mais une âme fatiguée, usée, au bord de l’effondrement. Elles soignent, elles secourent, mais personne ne s’interroge sur leurs propres blessures.

La Journée des infirmières en Iran n’est pas un moment de célébration, mais un moment où l’on se fait l’écho d’un cri silencieux dans un système qui échange l’humanité contre de l’argent, et qui récompense la compassion par la cruauté.

Ce rapport témoigne de la vie cachée des infirmières iraniennes, des blessures invisibles, de la douleur dissimulée sous les masques blancs et d’une voix encore étouffée. C’est l’histoire du silence, de la pauvreté, de la pression et de la persévérance sur les lignes de front les plus discrètes de la lutte. Les mains vides et le cœur plein d’attention, ils insufflent la vie aux autres, tout en devenant eux-mêmes victimes de la négligence, de la discrimination et de la répression.

Au bord de l’effondrement : Les soins infirmiers : un épuisement, pas des soins

Les soins infirmiers ne sont pas seulement un travail, ils sont un symbole d’engagement et de courage en temps de crise. Dans de nombreux pays, les infirmières sont saluées comme des soldats de première ligne. En Iran, elles sont envoyées au combat sans armure, sans nourriture et sans protection.

Une grave pénurie de personnel a transformé les hôpitaux en zones de crise chronique. Une seule infirmière est souvent responsable de 20 à 30 patients par équipe. Le système conduit les infirmières à la destruction physique et émotionnelle. Une infirmière épuisée, malade et découragée ne peut pas soigner les autres. Cette détérioration n’est pas seulement une tragédie personnelle, c’est un avertissement social.

Les blessures profondes de la profession : Discrimination, pauvreté et injustice

Malgré une grave pénurie nationale, des dizaines de milliers d’infirmières qualifiées restent sans emploi, coincées derrière les portes closes du ministère de la santé. Celles qui sont employées gagnent souvent à peine 14 millions de tomans par mois (environ 140 USD), ce qui est bien inférieur au seuil de pauvreté. Certains reçoivent moins de 500 000 tomans (5 USD), sans assurance et avec des retards de salaire pouvant aller jusqu’à un an.

La pauvreté affaiblit le corps et brise l’esprit. Les infirmières nous l’ont dit : « Nous donnons notre vie, mais nous ne vivons pas. C’est la voix de la pauvreté, vêtue de blanc.

Les chômeurs en temps de crise : Contrats à court terme, licenciements massifs

Même en temps de crise, de nombreuses infirmières ne se voient proposer que des contrats à court terme, précaires et faiblement rémunérés. Des dizaines de milliers d’infirmières ont été embauchées avec des contrats de 89 jours, sans assurance, sans sécurité d’emploi et sans espoir d’emploi permanent.

Après le pic de la pandémie de COVID, plus de 3 000 des 8 000 infirmières nouvellement recrutées ont été licenciées. Elles ont été traitées non pas comme des héroïnes ou des collègues, mais comme des outils de crise jetables.

L’exode de l’enfer : La fuite des cerveaux infirmiers

Alors que les infirmières des pays voisins gagnent plus de 2 000 dollars, et jusqu’à 6 000 dollars par mois aux États-Unis, les infirmières iraniennes restent piégées dans le dénuement. Cette disparité salariale a alimenté non seulement l’humiliation, mais aussi une vague d’émigration.

Plus de 10 000 infirmières ont quitté l’Iran ces dernières années. Il ne s’agit pas d’une quête de luxe, mais de la fuite d’une mort lente au sein d’un système inhumain. Les plus grands talents médicaux du pays s’en vont, et cette fuite des cerveaux a infligé des blessures irréparables au système de santé iranien.

Une charge de travail écrasante : Postes forcés et effondrement mental

Avec seulement une infirmière pour 100 lits d’hôpital (alors que la norme mondiale est de 1 pour 8), la charge de travail est devenue insupportable. De nombreuses infirmières travaillent plus de 240 heures par mois. Les gardes consécutives, les heures supplémentaires obligatoires, la mauvaise alimentation, le manque de soutien en matière de santé mentale, la peur constante des erreurs ou des conséquences juridiques et le traumatisme causé par les décès constants de patients ont conduit les infirmières au bord de l’effondrement psychologique.

Au moins 20 infirmières sont mortes au cours des trois dernières années à cause de l’épuisement lié au travail. Une infirmière peut passer 18 heures à l’hôpital, puis se rendre dans une clinique privée ou aux urgences pour une « deuxième garde » – par pure faim.

Être une femme : Une double peine

En Iran, le métier d’infirmière est considéré comme un travail de femme, mais les infirmières portent un double fardeau. Outre la discrimination professionnelle, elles sont confrontées au harcèlement sexuel, au refus de promotion et à des attitudes patriarcales sur le lieu de travail. Les infirmières-mères ne bénéficient d’aucune aide pour la garde de leurs enfants, sont menacées de licenciement pendant leur grossesse et se voient régulièrement refuser des avantages sociaux.

COVID et la mort silencieuse : Du sacrifice à l’oubli

Lors de la pandémie de COVID-19, plus de 340 travailleurs de la santé – dont 100 infirmières – ont perdu la vie. Plus de 60 000 infirmières ont contracté le virus et des milliers ont été mises en quarantaine. Pourtant, il n’y a eu ni reconnaissance, ni soutien, ni compensation au niveau national.

Des noms comme Fatemeh Shafiee-Moghadam, Zahra Shirouyeh et Narjes Khonali-Zadeh ne sont que quelques-uns des oubliés. Elles sont décédées sans pierre tombale dans les médias.

L’écrasement de la dissidence : Répression et exécutions

Ces dernières années, les infirmières ont multiplié les manifestations dans les villes d’Iran. Des dizaines d’entre elles ont été poursuivies pour avoir participé à des manifestations pacifiques ou publié des messages critiques en ligne.

Lorsque des voix se sont élevées dans les couloirs des hôpitaux, le régime n’a pas écouté : il a claqué les portes. Les infirmières qui réclamaient leur dignité et leurs droits fondamentaux ont reçu des convocations, des suspensions, des arrestations et des peines de prison. Pour les autorités, une infirmière qui proteste n’est pas une guérisseuse, mais une menace pour la sécurité nationale.

Mohammad Ghobadlou, un jeune homme issu d’une famille de soignants, a été condamné à mort lors des manifestations de 2022, sans avoir bénéficié d’une procédure régulière. Sa famille et les organisations de défense des droits de l’homme ont régulièrement fait état de tortures, d’un refus d’assistance juridique et d’un procès injuste. Son exécution n’est pas seulement un désastre juridique, c’est aussi un message brutal adressé à ceux qui osent élever la voix.

Parisa Behrouzi-Rad, une jeune infirmière convoquée et menacée à plusieurs reprises après les manifestations, est morte dans des circonstances suspectes. Sa famille insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un suicide, mais du résultat de graves pressions psychologiques et sécuritaires.

Farhad Rasti, un autre infirmier, est mort d’une crise cardiaque pendant une vague de grèves et de conditions insupportables – une mort directement liée à l’injustice systémique, aux difficultés économiques et à l’épuisement psychologique. Firoozeh Mojarian-Shargh est tombée dans le coma après son arrestation. Ce ne sont là que quelques exemples parmi des centaines d’infirmières réduites au silence, qui n’ont pas reçu de soutien, mais qui ont été tuées, réduites au silence et effacées.

Un syndicat refusé : Isolées et impuissantes

Les infirmières iraniennes sont privées de syndicats indépendants. Les associations existantes sont contrôlées par l’État et axées sur la sécurité. Il n’existe pas de véritable mécanisme permettant d’exprimer des revendications collectives. Toute voix forte est considérée comme un acte criminel. Cette absence de syndicalisation prive les infirmières iraniennes des outils les plus élémentaires pour défendre leurs droits.

Conclusion : Les infirmières iraniennes – punies et non honorées

Ceux qui écoutent les gémissements des malades au cœur de la nuit restent eux-mêmes sans voix. Les infirmières iraniennes sont victimes de la pauvreté structurelle, de la discrimination fondée sur le sexe, de traumatismes psychologiques, de l’insécurité de l’emploi et de la répression politique. Elles méritent une reconnaissance mondiale, et non l’effacement.

La communauté internationale, les organisations de défense des droits de l’homme et les institutions mondiales de santé portent une responsabilité. Ce silence tue les gens.

C’est la voix de la vie – Ecoutez-la avant qu’elle ne s’éteigne.