L’analphabétisme en Iran : une véritable crise en Iran

8 septembre 2025 – Journée internationale de l’alphabétisation

CSDHI – Chaque 8 septembre, la Journée internationale de lutte contre l’analphabétisme rappelle que l’éducation est un droit fondamental et un pilier du développement durable. Alors que le thème mondial de cette année met en avant la promotion de la littératie à l’ère numérique, l’Iran demeure confronté à un échec structurel profond. Les chiffres et aveux officiels révèlent que des millions d’Iraniens restent privés de leur droit le plus élémentaire : l’éducation. Cette situation n’est pas conjoncturelle, mais traduit une violation systématique du droit à l’éducation par le régime en place.

Contexte et statistiques : au moins 20 millions d’analphabètes et de semi-alphabètes

En dépit des déclarations répétées des autorités sur l’amélioration des taux d’alphabétisation, leurs propres chiffres contredisent ce discours :

  • Ali Bagherzadeh, alors directeur de l’Organisation du Mouvement pour l’alphabétisation (6 octobre 2018) : « Selon les indicateurs d’alphabétisation pour la tranche d’âge de six ans et plus, le nombre total d’analphabètes absolus est de 8,8 millions… Le nombre de semi-alphabètes atteint également 10 millions. »

  • Seyed Mohammad Javad Abtahi, membre de la commission parlementaire de l’éducation (25 septembre 2018) : « On compte environ 11 millions d’analphabètes en Iran, soit 13 % de la population. »

  • Centre statistique d’Iran (2011) : 9,48 millions d’analphabètes, dont 6,25 millions de femmes, représentant les deux tiers de cette population.

Ces chiffres confirment qu’au moins 20 millions d’Iraniens souffrent d’analphabétisme ou de faible niveau d’instruction, conséquence de politiques discriminatoires et inefficaces.

Les enfants déscolarisés

Les données officielles soulignent l’aggravation du phénomène :

  • Rapport parlementaire (2016) : 778 000 enfants déscolarisés.

  • Statistiques officielles (2021) : plus de 911 000.

  • Ministère de l’Éducation : au niveau primaire, 76 175 enfants privés d’école, dont à peine un tiers réintégrés.

  • Responsable de l’enseignement secondaire : les taux d’abandon scolaire des filles dépassent largement ceux des garçons.

Cette exclusion massive, en particulier des filles, constitue l’une des violations les plus graves du droit à l’éducation en Iran.

Contradictions du régime et absence de responsabilité

Les autorités publient des chiffres contradictoires, révélateurs d’un manque de transparence :

  • Ali Bagherzadeh (avril 2018) : 2,3 millions d’analphabètes âgés de 10 à 49 ans.

  • Ali Bagherzadeh (mars 2018) : à peine quelques semaines plus tôt, ce chiffre était de 2,7 millions.

Face à la déscolarisation massive, le ministre de l’Éducation (2022) a même tenté de rejeter la responsabilité sur les familles et leurs difficultés économiques. Ces propos contredisent pourtant la Constitution iranienne, qui garantit l’enseignement gratuit et obligatoire jusqu’à la fin du secondaire.

Le retour de l’analphabétisme : une crise silencieuse

Alors que nombre de pays voisins ont éradiqué l’analphabétisme, l’Iran connaît un inquiétant recul :

  • Site Tabnak (2018) : l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan, le Kazakhstan et le Kirghizistan ont tous atteint 100 % d’alphabétisation.

  • Mohammad Reza Mahboubfar, sociologue (2019) : « Le retour d’un taux d’analphabétisme de 47 % est une crise silencieuse. On observe une corrélation directe entre analphabétisme, pauvreté et chômage. »

L’analphabétisme apparaît ainsi comme un facteur majeur d’inégalités et de fragilisation sociale.

Position des organisations internationales

Plusieurs organismes internationaux alertent sur la gravité de la situation :

  • UNESCO (2015) : au moins 9 millions d’Iraniens de plus de 10 ans dépourvus de compétences de base. L’organisation évoque des disparités géographiques, la faible qualité des programmes et des taux élevés d’abandon scolaire.

  • Banque mondiale : estime à 11,6 millions le nombre d’analphabètes absolus, un chiffre supérieur aux données nationales.

  • Nations Unies – Objectif de développement durable n°4 (ODD4) : malgré son engagement pour une éducation inclusive et équitable, l’Iran figure au 103ᵉ rang mondial.

Ces constats renforcent l’idée d’une violation chronique du droit à l’éducation.

Conséquences sociales et humaines

L’analphabétisme en Iran a des répercussions profondes :

  • Centre statistique (2011) : près de 60 % des analphabètes sont des femmes, victimes de mariages précoces et de manque d’écoles en zones rurales.

  • Données agricoles : environ 70 % des agriculteurs iraniens sont analphabètes, freinant la modernisation et accentuant la pauvreté.

  • Évaluation internationale PIRLS 2021 : l’Iran obtient un score de 413 en lecture, se plaçant en queue de classement parmi 57 pays.

Ces éléments démontrent que l’analphabétisme n’est pas seulement un problème éducatif, mais une atteinte systématique aux droits humains fondamentaux.

Conclusion et appel à l’action

En cette Journée internationale de l’alphabétisation 2025, l’Iran se trouve confronté à l’une des crises éducatives les plus graves de la région : des millions d’adultes analphabètes ou semi-alphabètes, près d’un million d’enfants déscolarisés, des discriminations de genre et une qualité d’enseignement alarmante.

Le refus du régime d’appliquer l’Agenda Éducation 2030 de l’UNESCO et ses contradictions statistiques illustrent un mépris structurel de ses obligations internationales.

Nous appelons le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’UNESCO et la Banque mondiale à :

  • Mener des enquêtes indépendantes sur l’état de l’éducation en Iran,

  • Tenir le régime pour responsable de ses engagements internationaux,

  • Et soutenir la société civile iranienne dans son combat pour une éducation libre, égalitaire et de qualité pour tous.