CSDHI – Créé pour assurer l’avenir financier des enseignants, le Fonds d’Épargne des Enseignants est devenu un terrain de jeu politique pour les proches du régime, tandis que les éducateurs vivent dans la pauvreté.
Lorsqu’il a été fondé en 1995, le Fonds d’Épargne des Enseignants (TSA) devait constituer une bouée de sauvetage pour les enseignants iraniens — un investissement collectif destiné à améliorer leurs conditions économiques et à leur garantir une sécurité à la retraite. Les enseignants devaient y verser entre 3 et 5 % de leur salaire mensuel, contribution que le gouvernement s’engageait à égaler, dans le but de bâtir un « avenir financier fiable ».
Trente ans plus tard, le fonds est devenu un symbole de trahison et de corruption systémique. Au lieu de servir de pilier économique aux un million d’enseignants du pays, il fonctionne désormais comme un réservoir de richesse privée au profit de factions politiques et de proches du régime.
Chaque mois, environ 200 000 milliards de tomans alimentent le fonds. Pourtant, ces sommes colossales disparaissent dans un réseau d’entreprises filiales, de holdings et de comptes financiers opaques. Les bénéfices tirés des activités pétrochimiques, de la construction et de l’immobilier — notamment dans les quartiers huppés de Téhéran et du nord de l’Iran — ne profitent presque jamais aux enseignants.
De ces contributions ont pourtant émergé d’immenses entreprises, comme Petrofarhang Holding et d’autres sociétés industrielles ou immobilières. Si la valeur des actifs du fonds a explosé, la part réelle des enseignants reste quasi nulle.
Un fonds confisqué par les réseaux du pouvoir
Au lieu de transparence et de gestion professionnelle, le Fonds d’Épargne des Enseignants s’est transformé en « arrière-cour du clientélisme politique ».
Plus de 7 800 employés liés au régime travailleraient au sein de ses filiales, souvent recrutés par influence, non par compétence.
Les dirigeants du fonds bénéficient de salaires et de primes extravagants, tandis que les enseignants — dont les cotisations maintiennent ce système — vivent sous le seuil de pauvreté.
Le gouvernement refuse à plusieurs reprises d’introduire le fonds en bourse, craignant que la transparence publique n’expose l’étendue de la corruption, de la mauvaise gestion et des ingérences politiques.
Au fil des années, chaque administration a modifié les statuts du fonds pour retirer aux enseignants tout droit réel de propriété ou de contrôle.
À chaque changement de gouvernement, de nouveaux gestionnaires fidèles au régime sont nommés, sans réforme de fond.
Le fonds s’est transformé en réservoir d’argent destiné aux campagnes électorales, aux nominations politiques et aux réseaux de rente du pouvoir.
Promesses brisées, poches vides
Partout dans le pays, les enseignants se demandent :
« Si des centaines de milliers de milliards de tomans sont versés chaque mois, pourquoi nos tables sont-elles toujours aussi vides ? »
Malgré des décennies de cotisations, les enseignants retraités doivent souvent attendre des mois pour obtenir de petits prêts de 10 millions de tomans, tandis que les dirigeants du fonds accumulent d’énormes fortunes.
Ce paradoxe — des enseignants connus pour leur intégrité à la tête de l’institution la plus opaque du pays — est devenu un symbole douloureux de l’injustice institutionnalisée sous le régime clérical.
Le miroir d’un effondrement moral
La tragédie du Fonds d’Épargne des Enseignants dépasse la perte financière.
Elle illustre un effondrement moral et social.
L’institution qui devait honorer la dignité des enseignants est devenue un marécage de secrets et de corruption.
Les dirigeants refusent d’ouvrir les comptes du fonds à la supervision publique, craignant que la vérité n’éclate.
De nombreux cas de détournement, de transferts frauduleux et d’accords entre initiés ont été rapportés, mais chaque enquête s’est perdue dans le labyrinthe du système judiciaire et des organes de contrôle du régime.
Cette corruption a détruit non seulement les moyens de subsistance des enseignants, mais aussi le tissu moral du système éducatif.
Comme l’a résumé un enseignant :
« Comment enseigner l’honnêteté à nos élèves, alors que nous sommes nous-mêmes victimes de mensonges et de trahison ? »
Au-delà des salaires misérables : une crise structurelle
La crise que traversent les enseignants iraniens ne se résume pas à la faiblesse de leurs salaires.
Elle s’enracine dans une structure économique corrompue, opaque et politisée, présente à tous les niveaux du pouvoir.
Le Fonds d’Épargne des Enseignants, autrefois promesse d’émancipation collective, est aujourd’hui le symbole du degré de corruption et d’injustice qui gangrène le régime.
Ce qui devait être un phare d’espoir s’est transformé en monument de la confiance trahie et de la décadence institutionnelle.



