Des avertissements internes croissants révèlent la peur du régime face à une explosion sociale en Iran

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CSDHI – La pauvreté croissante, les fractures sociales qui s’approfondissent et les aveux sans précédent des proches du régime révèlent un système de plus en plus incapable de contenir la colère populaire et l’explosion sociale.

L’angoisse quotidienne du régime n’est plus cachée

Quoi que préoccupent quotidiennement les dirigeants iraniens, cela transparaît inévitablement dans les propos de leurs officiels, d’experts alignés sur l’État et des médias contrôlés. Ces avertissements, souvent formulés avec prudence, traduisent une réalité plus profonde : une peur ancrée au sein de l’establishment au pouvoir.

La question centrale n’est plus de savoir si le régime est inquiet, mais ce qu’il redoute le plus. Quelle force nourrit ce sentiment persistant d’insécurité ? Quelle est la cause sous-jacente de cet état permanent d’alerte ?

Au cœur du paysage politique et social iranien réside une relation instable entre la société et l’État. Les tensions, visibles ou dissimulées, sont continues. Plus l’écart entre les revendications populaires et la structure politique rigide et fermée se creuse, plus les avertissements dans le discours officiel se font bruyants. Même les médias fortement censurés ne peuvent totalement dissimuler les secousses qui ébranlent les fondations de l’élite au pouvoir.

La peur d’une explosion sociale soudaine

Ces dernières semaines, la principale inquiétude du régime a été la menace imminente d’un soulèvement social — une explosion de colère et de frustration accumulées. Cette peur n’est pas spéculative. Elle est reconnue de l’intérieur même des institutions conçues pour réprimer et nier les crises.

Un exemple marquant est survenu le 13 novembre 2025, lorsque Mohammad-Hossein Adeli, ancien directeur de la Banque centrale, s’est exprimé ouvertement à la télévision d’État :

« Les jeunes ont déjà des griefs. S’ils se soulèvent sur cette question, que vous disposiez de 80 000 forces ou même de 800 000, un soulèvement aura lieu. S’il éclate — et si deux ou trois autres facteurs se conjuguent, y compris la guerre — vous ne pourrez pas le contrôler. »

Ce n’est pas un simple avertissement technique ; c’est une évaluation stratégique de l’effondrement de l’efficacité des dispositifs de répression du régime. Adeli admet ouvertement qu’au-delà d’un certain seuil, les forces de sécurité deviennent impuissantes. Si de tels avertissements apparaissent ponctuellement dans la rhétorique officielle, leur portée aujourd’hui est bien plus urgente : le régime reconnaît que la société approche d’un état de « dépassement de la peur ».

Une pauvreté croissante qui pousse la société à bout au bord de l’explosion sociale

À cette fragilité politique s’ajoute un autre facteur explosif : la pauvreté sans précédent. Un rapport de Bahar News du 16 novembre souligne le déclin social vertigineux.

Les experts préviennent que la pauvreté, conjuguée au chômage, aux pénuries d’eau et à l’émigration, menace désormais la stabilité sociale de l’Iran. Lorsque des millions de personnes estiment n’avoir plus rien à perdre, les décisions collectives peuvent rapidement mener à des réactions imprévisibles et incontrôlables.

Selon les données du Centre de recherche du Parlement :

  • En février 2016, le seuil de pauvreté pour une famille de quatre personnes à Téhéran était de 2,5 millions de tomans.

  • Ce chiffre est resté stable jusqu’en 2018, avant de bondir de 25 % pour atteindre environ 3 millions de tomans.

  • En 2018, 16 % de la population iranienne vivait sous le seuil de pauvreté absolue, un chiffre qui a brusquement atteint 23 %.

  • La hausse la plus marquée est survenue plus tard :

    • Fin 2021, le seuil national de pauvreté pour une famille de quatre était estimé à 4,5 millions de tomans, pour atteindre 7,5 millions de tomans six mois plus tard.

    • La même année, 25 millions de personnes vivaient en dessous du seuil de pauvreté.

La Banque mondiale rapporte qu’en 2025 seulement, plus de 2,5 millions d’Iraniens supplémentaires sont tombés dans la pauvreté. La part de la population vivant avec moins de 8,30 $ par jour est passée de 33,2 % en 2024 à 35,4 % en 2025, et devrait atteindre 38,8 % en 2026, avec 3 millions de personnes supplémentaires plongées dans la précarité.

L’économiste Alireza Eshragh attribue l’augmentation de 1 200 % du seuil de pauvreté en une décennie à des stratégies économiques défaillantes dans le contrôle de l’inflation, la production et les moyens de subsistance. Le sociologue Amanollah Gharaei avertit que la pauvreté, conjuguée au chômage, aux pénuries d’eau et à l’émigration, menace directement la stabilité sociale.

Une fracture sociale à plusieurs niveaux

La fracture croissante dans la société iranienne n’est plus uniquement économique. Elle englobe désormais des griefs politiques, générationnels, culturels et liés aux moyens de subsistance. Les manifestations, autrefois sporadiques, évoluent en une forme de conscience collective. Le nombre croissant d’aveux internes par des institutions proches du régime démontre que même les stratèges du pouvoir ne peuvent plus nier le début d’une transformation majeure.

Un régime de plus en plus fragile chaque jour

Dans ces circonstances, la trajectoire de l’Iran pointe vers une instabilité croissante. Les griefs accumulés continuent de s’aggraver, et tout événement imprévu — crise économique, choc politique ou conflit externe — pourrait déclencher une explosion incontrôlable.

Le régime le sait. C’est pourquoi le ton anxieux de son cercle intérieur n’a jamais été aussi audible. L’avenir de l’Iran ne sera pas façonné par la propagande d’État, mais par la volonté de la majorité — par la génération montante, la population réclamant le changement et les unités de résistance organisées, déterminées à ne pas rester en marge de leur propre destin.