Forte hausse des arrestations de manifestants et conditions carcérales critiques en Iran

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CSDHI – L’impact de la guerre régionale sur les arrestations de manifestants et les conditions de détention

Selon des informations reçues par Iran Human Rights Monitor (IranHRM), à la suite du déclenchement des conflits militaires et de la montée des tensions régionales, les agences de sécurité ont intensifié de manière sans précédent la pression exercée sur les militants civils, les manifestants et les citoyens dissidents. La République islamique tente d’instaurer un climat de terreur et de fabriquer des dossiers sécuritaires de toutes pièces afin d’empêcher l’émergence d’une nouvelle vague de soulèvements nationaux — des protestations dont le retour apparaît hautement probable au regard de l’effondrement économique et du profond mécontentement populaire.

Parallèlement à ce durcissement sécuritaire intervenu dans l’après-guerre, les rapports concernant les arrestations de manifestants et les conditions de détention font état d’arrestations massives systématiques à Mashhad, Qasrqand, Shahin Shahr, Urmia, Ahvaz et Hormozgan. Nombre de ces détenus sont confrontés à de graves accusations fabriquées de toutes pièces, telles que « espionnage », « collaboration avec Israël » ou « atteinte à la sécurité nationale ». Au cours des derniers mois, il est devenu évident que ces accusations ne servent que de prétextes juridiques pour prononcer et exécuter des condamnations à mort contre des manifestants et des opposants.

L’ampleur de cette répression systématique est corroborée par les statistiques officielles. Selon le chef des Forces de sécurité de l’État (SSF), Ahmad Reza Radan, au moins 500 personnes ont été arrêtées en février-mars 2026 (Esfand 1404) et plus de 1 800 autres en mars-avril 2026 (Farvardin 1405) lors d’opérations visant ce qu’il a qualifié « d’éléments hostiles, d’espionnage et de perturbation ». En outre, au cours du seul mois de Farvardin 1405, plus de 900 autres citoyens ont officiellement été « identifiés » ou soumis à des confrontations sécuritaires.

Section 1 : Vague nationale d’arrestations massives de manifestants

Arrestations massives de femmes dans la province du Khorasan Razavi (prison de Vakilabad, Mashhad)

Les rapports indiquent qu’au moins 30 femmes ont été arrêtées lors des manifestations de décembre 2025-janvier 2026 (Dey 1404) ainsi qu’au cours des opérations sécuritaires menées simultanément en temps de guerre dans la province du Khorasan Razavi. Plusieurs de ces femmes demeurent détenues sous une pression extrême dans les quartiers sécuritaires de la prison de Vakilabad à Mashhad. Les noms et situations de certaines de ces détenues sont les suivants :

  • Sima Anbai Freimani : poétesse, actrice de théâtre et titulaire d’un master en droit, arrêtée par les forces de sécurité le 15 mars 2026.
  • Bi Bi Zahra Mousavi : habitante de Fariman âgée de 21 ans, arrêtée lors des manifestations populaires du 20 janvier 2026.
  • Seyedeh Zeinab Mousavi (connue sous le nom d’Aban) : militante civile arrêtée aux côtés de son frère par les agents de l’État.
  • Mahsa Bahadori : détenue uniquement pour avoir allumé des bougies sur les tombes des manifestants tués entre décembre 2025 et janvier 2026 ; elle est actuellement poursuivie pour « rassemblement et collusion » ainsi que pour « propagande contre l’État ».
  • Azar Yahoo Torghabeh : âgée de 39 ans, arrêtée le 5 mars 2026 pour avoir prétendument exprimé sa joie à la suite de la mort d’Ali Khamenei.
  • Asiyeh et Adaleh Naeimi : deux sœurs âgées de 45 et 50 ans, arrêtées pour avoir participé en direct à l’émission d’une chaîne satellitaire étrangère. Les rapports indiquent qu’Asiyeh a développé de graves troubles neurologiques après son arrestation, tandis qu’Adaleh suivait un traitement actif contre un cancer du sein avant sa détention.
  • Najmeh Amini : âgée de 22 ans, maintenue dans une situation d’incertitude extrême dans le quartier sécuritaire de la prison de Vakilabad depuis près de trois mois. Elle a été violemment battue lors de son arrestation près de l’arcade Ferdowsi à Mashhad et a subi de fortes pressions ainsi que des tortures physiques durant les interrogatoires.

Raid militaire et arrestations massives à Chandookan, Qasrqand

Le mercredi 13 mai 2026, les forces de sécurité de l’État et des agents en civil ont mené un important raid militaire contre le village de Chandookan, dans le district de Qasrqand, au Sistan-et-Baloutchistan. Déployant des dizaines d’hommes et plusieurs véhicules, les forces ont encerclé le village aux premières heures du matin, perquisitionnant des habitations privées sans mandat judiciaire. De nombreux habitants ont été brutalement battus puis transférés vers des lieux tenus secrets.

Accusations sécuritaires fabriquées et arrestations à Shahin Shahr, Ispahan

À Shahin Shahr, dans la province d’Ispahan, trois citoyens — dont une femme — ont été arrêtés par les forces de l’ordre et les unités de sécurité. Le commandant adjoint de la police provinciale a affirmé que ces individus étaient liés à des médias étrangers, les accusant de « transmettre des informations classifiées et des photographies d’installations militaires » ainsi que de créer « une atmosphère psychologique négative » lors des funérailles des manifestants tués entre décembre 2025 et janvier 2026.

Arrestation de Forouzan Eslami, blogueuse kurde à Urmia

Le mercredi 13 mai 2026, Forouzan Eslami, professeure d’anglais, directrice de l’académie linguistique « Nojavan » et blogueuse kurde influente à Urmia, a été arrêtée par les forces de sécurité. Les agents ont procédé à son arrestation sans présenter de mandat légal, et aucune information concernant son lieu de détention actuel ou son état de santé n’a été communiquée.

Arrestation massive de 42 citoyens à Ahvaz

Les agences de sécurité à Ahvaz ont procédé à l’arrestation coordonnée de 42 personnes. Les autorités ont affirmé que les détenus filmaient des centres sensibles et transmettaient des données à l’étranger. À ce jour, aucun détail précis concernant l’identité des personnes arrêtées, les procédures judiciaires engagées contre elles ou leur accès à une défense indépendante n’a été rendu public.

Les arrestations mentionnées ci-dessus ne représentent qu’une infime partie des détentions ayant filtré hors d’Iran, en particulier dans le contexte actuel de blackout numérique. Documenter l’ensemble des arrestations ayant pu être révélées dépasse le cadre du présent rapport.

Section 2 : Conditions critiques dans les prisons et centres de détention

Prison de Qezel Hesar : surpopulation extrême et exécutions imminentes

  • Risque imminent d’exécution : environ 100 détenus issus des manifestations nationales de décembre 2025-janvier 2026 sont incarcérés dans le quartier 37 de la prison de Ghezel Hesar (situé dans l’unité 3, à proximité du tristement célèbre « quartier sécuritaire » 35). Beaucoup font face à de lourdes accusations passibles de la peine capitale et risquent à tout moment de voir leur condamnation à mort prononcée ou exécutée.
  • Privation d’équipements et de communication : le quartier 37 souffre d’une densité carcérale extrême, d’un manque d’espace adéquat, d’infrastructures sanitaires minimales et d’une absence de literie de base. La majorité des détenus sont totalement privés de communication téléphonique et de visites régulières de leurs familles.
  • Crise alimentaire dans l’unité 2 : les conditions dans l’unité 2 (où sont détenus des condamnés de droit commun) se sont fortement détériorées. Depuis le début des conflits régionaux et l’aggravation de la crise économique, les magasins de la prison sont dévalisés et les prix ont explosé, laissant un grand nombre de détenus incapables d’acheter des denrées alimentaires essentielles ou des produits d’hygiène de base.

Prison de Sheiban à Ahvaz : blackout des communications et centres secrets

  • Afflux massif de détenus : le transfert continu de nouveaux manifestants arrêtés vers les quartiers généraux et de quarantaine de la prison de Sheiban a entraîné une surpopulation extrême, compromettant gravement les conditions de vie élémentaires.
  • Blocus de l’information : les restrictions drastiques de communication, combinées aux perturbations persistantes d’Internet et à la surveillance sécuritaire, ont considérablement entravé la capacité des organisations de défense des droits humains à documenter précisément la situation des détenus.
  • Centres de détention sécuritaires hors site : des témoignages crédibles indiquent qu’un nombre important de détenus récents sont maintenus dans des centres de détention des services de renseignement non déclarés situés à l’extérieur de la prison de Sheiban, totalement soustraits à tout contrôle juridique.

Quartier sécuritaire « Aramesh » de la prison de Vakilabad : l’ensevelissement souterrain des dissidents

  • Infrastructure inhumaine d’Aramesh : des dizaines de femmes arrêtées lors des manifestations de décembre 2025-janvier 2026 sont enfermées dans ce cachot souterrain. L’installation ne contient que 12 lits superposés à deux niveaux, possède un plafond extrêmement bas et est totalement dépourvue de fenêtres, de ventilation correcte ainsi que d’installations sanitaires ou de douches conformes aux normes. D’anciennes détenues décrivent l’endroit comme « une fourmilière ».
  • Le quartier de quarantaine : un autre groupe de manifestantes est détenu dans une section de quarantaine marquée par une négligence extrême et une odeur pestilentielle, qualifiée par les prisonnières de « salle d’urinoir » (Shash-khaneh).
  • Violation du principe de séparation des détenus : en raison d’une saturation maximale des capacités, les détenus politiques et liés aux manifestations sont mélangés à des criminels de droit commun condamnés pour des actes violents, mettant leur sécurité physique en danger. En outre, des cautions astronomiques empêchent les familles d’obtenir des libérations temporaires.

Prison d’Evin : grave crise sanitaire et infestations parasitaires

  • Infestations de punaises, rats et insectes : avec la hausse des températures estivales en mai 2026, l’absence de désinsectisation saisonnière, combinée aux réparations inachevées des bâtiments après les bombardements, a provoqué une prolifération massive d’insectes et de rongeurs dans les différents quartiers de la prison.
  • Épuisement psychologique : les détenus sont incapables de dormir la nuit en raison des rats et des insectes rampant sur leurs couchages. Les conditions de vie dans cet environnement hautement contaminé ont entraîné une privation généralisée de sommeil, une fatigue psychologique sévère et un risque élevé d’épidémies infectieuses.

Prison de Babel : exploitation des détenus à des fins de propagande d’État

  • Manifestations de rue forcées : les autorités contraignent des groupes de détenus de droit commun à quitter la prison la nuit sous surveillance de bracelets électroniques, les équipent de drapeaux de l’État et les font défiler dans les rues afin de filmer des images de propagande montrant de prétendus « soutiens du régime ».
  • Coercition par la terreur : en raison de la peur absolue des sanctions disciplinaires, de la suppression des permissions de sortie ou de l’alourdissement des peines pénales, les détenus sont structurellement incapables de refuser ces directives illégales imposées par l’État.

Section 3 : Violations du droit international et des traités relatifs aux droits humains

Les actions menées par le régime iranien concernant les arrestations arbitraires massives de citoyens et l’environnement abusif des prisons violent plusieurs traités internationaux fondamentaux auxquels l’Iran est partie :

  • Violation du droit à la vie et interdiction des exécutions arbitraires (Article 6 du PIDCP) : l’utilisation d’accusations fabriquées d’espionnage pour obtenir des condamnations capitales contre des manifestants civils constitue une violation directe du droit à la vie.
  • Interdiction de la torture et des traitements cruels (Article 7 du PIDCP et Article 5 de la DUDH) : les sévices physiques infligés à Najmeh Amini, l’enfermement de femmes dans le quartier souterrain non ventilé « Aramesh » ainsi que le refus de soins à Adaleh Naeimi, atteinte d’un cancer du sein, constituent des actes manifestes de torture.
  • Interdiction des arrestations arbitraires et obligation de présenter des mandats (Article 9 du PIDCP) : le siège du village de Chandookan et l’arrestation de Forouzan Eslami sans mandat judiciaire constituent des exemples flagrants d’enlèvement d’État et de détention arbitraire.
  • Manquement à la séparation des catégories de détenus et obligation de garantir des conditions humaines (Règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus — Règles Mandela) : le placement de manifestants civils aux côtés de détenus violents (Règle 11), les conditions insalubres à Evin et Vakilabad (Règles 13 et 1 relatives à l’hygiène fondamentale) ainsi que l’interdiction des contacts familiaux contreviennent directement aux Règles Mandela.
  • Interdiction de l’exploitation et du travail forcé (Article 8 du PIDCP) : contraindre des détenus de la prison de Babel à participer à des rassemblements politiques organisés par l’État constitue une exploitation politique, du travail forcé et un grave abus psychologique.
  • Absence d’indépendance judiciaire (Article 14 du PIDCP) : la domination totale exercée par les interrogateurs des Gardiens de la révolution et du ministère du Renseignement sur des juges tels que Salavati et Sharifi-Nasab prive le système judiciaire de toute indépendance, le transformant en simple branche exécutive de l’appareil sécuritaire.

Section 4 : Devoir de la communauté internationale et des organismes de défense des droits humains

Alors que le pouvoir en place exploite les crises militaires régionales et le brouillard de la guerre pour éliminer l’opposition intérieure et exécuter des manifestants, le silence international fonctionne comme un encouragement à de nouvelles atrocités. Les instances internationales doivent entreprendre les actions suivantes :

  • Intervention immédiate du Conseil des droits de l’homme de l’ONU : la mission d’établissement des faits des Nations unies et le Rapporteur spécial sur la situation des droits humains en Iran doivent enquêter immédiatement sur les arrestations massives récentes à Ahvaz, Qasrqand et Mashhad, et exiger un accès sans restriction aux prisons de Ghezel Hesar, Sheiban et Vakilabad.
  • Sanctions ciblées contre les responsables judiciaires et les directeurs de prison : les juges prononçant arbitrairement des condamnations à mort, les commandants des forces de l’ordre (tels qu’Ahmad Reza Radan) ainsi que les directeurs de prison qui privent systématiquement les détenus de soins médicaux essentiels et de conditions sanitaires élémentaires doivent faire l’objet de sévères sanctions internationales en matière de droits humains et répondre juridiquement de leurs actes.
  • Pressions diplomatiques des nations démocratiques : les gouvernements occidentaux et les coalitions internationales de défense des droits humains doivent conditionner toute interaction diplomatique et économique avec Téhéran à l’arrêt immédiat de la vague d’arrestations arbitraires, à l’annulation sans condition des condamnations à mort prononcées contre les manifestants de décembre 2025-janvier 2026, ainsi qu’à une remise en état complète des conditions catastrophiques d’hygiène et de sécurité à l’intérieur des prisons.