CSDHI – Les manifestations de janvier 2026 déclenché par les difficultés économiques, avant de se transformer en une contestation directe du régime, a été réprimé par l’une des campagnes les plus meurtrières de l’histoire contemporaine de l’Iran. Pourtant, le nombre réel des victimes demeure inconnu.
Six mois après une répression sans précédent
Six mois se sont écoulés depuis les manifestations nationales de janvier 2026, une période marquée par ce que de nombreux observateurs décrivent comme l’une des répressions les plus sanglantes jamais exercées contre des civils dans l’histoire moderne de l’Iran.
Menée dans un contexte de quasi-coupure totale d’Internet et de restrictions extrêmement sévères des communications, la répression a laissé derrière elle un lourd héritage de questions sans réponse, de bilans humains contestés et d’appels croissants à l’établissement des responsabilités.
Si l’importance politique et sociale du soulèvement de janvier continue de façonner les débats sur l’avenir de l’Iran, une question demeure particulièrement controversée : combien de personnes ont été tuées lors de cette répression ?
Malgré le temps écoulé, les rapports contradictoires et l’absence de transparence de la part des autorités empêchent toujours d’établir un bilan des victimes universellement reconnu.
En revanche, l’ampleur même de la violence ne fait désormais plus débat.
Des revendications économiques à une révolte nationale
Les manifestations ont débuté au début du mois de janvier 2026, dans un contexte marqué par une frustration croissante face à l’effondrement continu de la monnaie iranienne, à une inflation galopante et à la dégradation des conditions de vie.
Ce qui avait commencé par des rassemblements de commerçants et de citoyens dans le Grand Bazar de Téhéran s’est rapidement transformé en un vaste mouvement de contestation du gouvernement.
En quelques jours seulement, les manifestations se sont propagées à de nombreuses villes et provinces, traduisant une colère largement partagée face aux difficultés économiques et au mécontentement envers les autorités en place.
Les forces de sécurité sont rapidement intervenues pour réprimer les rassemblements.
Des morts ont été signalés dès les premiers jours des troubles.
Toutefois, selon de nombreux témoignages, la phase la plus violente de la répression s’est déroulée les 8 et 9 janvier (18 et 19 Dey), lorsque les forces de sécurité ont lancé des opérations de grande ampleur contre les manifestants dans plusieurs villes.
Des sources issues de l’opposition, des militants et des défenseurs des droits humains décrivent ces deux journées comme les plus meurtrières de l’ensemble du soulèvement.
La bataille des chiffres
Comme lors des précédentes manifestations nationales en Iran, le nombre de victimes est devenu l’un des principaux sujets de controverse.
Les organisations de défense des droits humains, les médias et les opposants au régime iranien avancent des estimations très différentes.
Certains rapports évoquent plusieurs milliers de morts, tandis que d’autres avancent des chiffres nettement supérieurs.
Ces divergences ont alimenté les débats sur la fiabilité des sources, les méthodes de collecte des données ainsi que sur les difficultés de documenter les victimes dans un pays où les enquêtes indépendantes sont soumises à de sévères restrictions.
Le manque de transparence des autorités iraniennes n’a fait qu’accentuer cette incertitude.
Les responsables iraniens n’ont publié ni liste exhaustive des personnes tuées ni bilan national vérifiable des victimes.
Pour les défenseurs des droits humains, cependant, la question dépasse largement le simple aspect statistique.
Le nombre de morts ne constitue pas seulement une donnée chiffrée.
Il fait partie intégrante du dossier historique, représente un élément de preuve essentiel pour de futures enquêtes sur les violations des droits humains et pourrait, à terme, contribuer à établir les responsabilités des auteurs de ces violations.
Coupure de l’information et preuves dissimulées
L’une des caractéristiques majeures des manifestations de janvier 2026 a été l’effort considérable déployé par le régime pour empêcher la circulation de l’information.
L’accès à Internet a été fortement perturbé dans une grande partie du pays, compliquant considérablement le travail des journalistes, des organisations de défense des droits humains et des observateurs indépendants qui tentaient de documenter les événements en temps réel.
Malgré ces restrictions, un nombre limité de vidéos est parvenu à sortir d’Iran.
Parmi les images les plus commentées figuraient des enregistrements montrant, selon les informations disponibles, un très grand nombre de victimes dans le district de Fardis, à Karaj.
D’autres vidéos, qui auraient été filmées au centre médico-légal de Kahrizak, ont également circulé sur Internet.
Elles montreraient des rangées de sacs mortuaires noirs ainsi que des familles bouleversées recherchant parmi les victimes des proches portés disparus.
En raison des difficultés liées aux vérifications indépendantes, l’authenticité de nombreuses de ces images demeure difficile à établir avec certitude.
Néanmoins, elles ont largement contribué à renforcer les inquiétudes de la communauté internationale quant à l’ampleur de la violence.
Des déclarations contradictoires des responsables iraniens
La controverse autour du nombre de victimes s’est encore accentuée à la suite de déclarations contradictoires émanant de hauts responsables du régime.
Le 27 janvier 2026, l’ancien Guide suprême Ali Khamenei s’est exprimé au sujet des manifestations et a une nouvelle fois imputé les troubles à des gouvernements étrangers, qualifiant ces événements de « sédition américaine ».
Il a affirmé que des agents liés aux États-Unis et à Israël étaient responsables de la mort de « plusieurs milliers de personnes ».
Cette déclaration a suscité une vive attention, car elle semblait reconnaître, pour la première fois, que le nombre de victimes pouvait effectivement se compter par milliers.
Pourtant, quelques jours auparavant, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait présenté une version radicalement différente lors d’une interview accordée à Fox News, affirmant que le nombre de morts ne s’élevait qu’à « quelques centaines de personnes ».
Cette contradiction a renforcé les interrogations entourant les événements et soulevé de nouvelles questions quant à ce que les autorités iraniennes savaient réellement de l’ampleur des pertes humaines.
Un avertissement qui a suscité de nouvelles interrogations
Une nouvelle controverse est apparue lors du conflit ultérieur entre l’Iran et Israël.
Selon plusieurs informations, des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) auraient adressé des messages d’avertissement à la population, indiquant que toute future manifestation contre le gouvernement serait réprimée avec des conséquences « plus sévères que celles du 8 janvier ».
La formulation de ces menaces a particulièrement retenu l’attention.
Les critiques y ont vu une reconnaissance implicite de l’extrême violence de la répression précédente.
Pour de nombreux observateurs, ces messages confirment que le régime considère les manifestations de janvier non comme un épisode isolé, mais comme une menace durable pour son autorité.
Un chapitre qui reste inachevé
Les manifestations de janvier 2026 viennent s’ajouter à la longue série des soulèvements nationaux qui ont secoué l’Iran au cours de la dernière décennie, notamment ceux de 2017, 2019, 2021, 2022 ainsi que les vagues ultérieures de contestation.
À chaque fois, les controverses concernant le nombre de victimes ont été aggravées par le secret entretenu par les autorités et les obstacles opposés aux enquêtes indépendantes.
Six mois plus tard, de nombreuses questions demeurent sans réponse.
L’identité d’un grand nombre de victimes reste inconnue, le bilan exact des morts continue d’être contesté et de nombreuses familles cherchent encore à obtenir des informations sur des proches disparus pendant les manifestations.
Ce qui apparaît néanmoins avec certitude, c’est que les événements de janvier 2026 constituent un tournant majeur de l’histoire contemporaine de l’Iran.
L’ampleur de la répression, les allégations faisant état d’un très grand nombre de victimes et les incertitudes persistantes entourant leur sort font de ce soulèvement non seulement une question politique, mais également un enjeu majeur de défense des droits humains, dont toute l’étendue reste encore à documenter.


