Amnesty International : six mois après le massacre des manifestations en Iran, l’inaction de la communauté internationale alimente l’impunité

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CSDHI – L’organisation de défense des droits humains avertit que l’absence de poursuites internationales à la suite des tueries de janvier 2026 risque d’encourager de nouveaux crimes contre les manifestants, alors que la répression s’intensifie à travers l’Iran.

Le 8 juillet 2026, Amnesty International a lancé un avertissement particulièrement sévère à l’occasion du sixième mois anniversaire de la répression des manifestations nationales de janvier 2026 en Iran. L’organisation estime que l’incapacité de la communauté internationale à engager des procédures visant à établir les responsabilités a renforcé le régime iranien et accru le risque de nouvelles atrocités de masse.

L’organisation appelle les Nations unies ainsi que les gouvernements du monde entier à faire des mécanismes internationaux de justice concernant l’Iran une priorité, soulignant que la persistance de l’impunité permet au régime d’intensifier la répression contre sa propre population.

Amnesty : l’inaction internationale encourage une répression accrue

Dans un communiqué publié le 8 juillet, Diana Eltahawy, directrice régionale adjointe d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, a condamné ce qu’elle qualifie de réponse insuffisante de la communauté internationale face à l’une des répressions les plus meurtrières de l’histoire contemporaine de l’Iran.

Selon Diana Eltahawy, six mois après que les forces de sécurité du régime iranien ont illégalement tué des milliers de manifestants et de passants en l’espace de deux jours, les survivants ainsi que les familles des victimes restent privés de justice, tandis que les responsables continuent d’agir dans une impunité totale.

Elle avertit que cette absence de reddition de comptes renforce un schéma ancien selon lequel les autorités iraniennes recourent de manière répétée à une force meurtrière contre les manifestations pacifiques sans craindre de conséquences.

Amnesty International estime également que les efforts diplomatiques actuellement engagés autour d’un accord plus large entre les États-Unis et l’Iran ne doivent pas se faire au détriment de la justice due aux victimes de graves violations des droits humains.

Appel à la création d’un mécanisme international de justice

L’organisation de défense des droits humains renouvelle son appel à la création d’un mécanisme international indépendant de justice chargé d’enquêter sur les crimes commis en Iran.

Amnesty demande également aux États membres des Nations unies de placer la crise des droits humains en Iran au premier rang des priorités internationales et appelle le Conseil de sécurité de l’ONU à saisir la Cour pénale internationale de la situation iranienne.

L’organisation souligne que toute responsabilité au niveau national demeure impossible en raison de ce qu’elle décrit comme une culture systémique de l’impunité au sein des institutions judiciaires et sécuritaires iraniennes.

Le soulèvement de janvier 2026 déclenché par l’effondrement économique

Les manifestations nationales ont débuté le 28 décembre 2025, à la suite d’un effondrement spectaculaire de la monnaie iranienne dans un contexte marqué par une inflation galopante, une dégradation continue des conditions de vie, une mauvaise gestion chronique du gouvernement et des pénuries croissantes de services essentiels, notamment en matière d’accès à l’eau.

Ce qui avait commencé comme des manifestations à caractère économique à Téhéran s’est rapidement transformé en un mouvement national réclamant la démocratie, la liberté, le respect des droits humains, la dignité et la fin du régime iranien.

Les autorités ont répondu par ce qu’Amnesty qualifie de répression militarisée sans précédent, caractérisée par un recours massif aux munitions réelles, un usage excessif de la force ainsi qu’une coupure prolongée de l’accès à Internet à l’échelle nationale destinée à empêcher la diffusion d’informations sur les violences.

Des bilans contradictoires qui illustrent l’ampleur de la répression

Les estimations officielles et indépendantes concernant le nombre de personnes tuées diffèrent considérablement, ce qui illustre les difficultés rencontrées pour documenter l’ampleur réelle des violences.

Le 21 janvier 2026, le Conseil suprême de sécurité nationale iranien a reconnu que 3 117 personnes avaient été tuées au cours du soulèvement.

Quelques jours auparavant, le 16 janvier, la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en Iran, Mai Sato, avait déclaré que plus de 5 000 personnes avaient été tuées par les forces de sécurité iraniennes.

Amnesty International affirme de manière constante que les autorités ont eu recours à une force létale illégale contre les manifestants à une échelle massive, tout en empêchant les enquêtes indépendantes et en limitant l’accès aux informations.

Les familles des victimes continuent d’être réprimées

Selon Amnesty International, la répression ne s’est pas arrêtée avec la fin des manifestations de rue.

L’organisation affirme que les autorités poursuivent une campagne nationale de répression fondée sur des arrestations arbitraires, des disparitions forcées, l’interdiction des rassemblements publics, l’intimidation des familles des victimes ainsi que des poursuites judiciaires à caractère politique.

Les organisations de défense des droits humains ont documenté de nombreuses tentatives des services de sécurité visant à empêcher les cérémonies de deuil, à réduire les témoins au silence et à faire obstacle aux enquêtes indépendantes sur les homicides.

Une répression renforcée après la guerre entre l’Iran et Israël

Amnesty International avertit également que la répression intérieure s’est encore aggravée depuis le récent conflit entre l’Iran et Israël.

L’organisation indique que les autorités utilisent ce qu’elles présentent comme des « conditions de guerre » afin de justifier un durcissement de la répression contre toute forme de dissidence, notamment par une augmentation des exécutions motivées par des considérations politiques.

Selon Amnesty International, au moins 44 personnes ont été exécutées depuis le conflit, tandis que de nombreux autres détenus seraient confrontés à un risque imminent d’exécution.

L’organisation exprime également son inquiétude quant au fait que le protocole d’accord du 18 juin 2026, signé entre les États-Unis et l’Iran afin de mettre fin aux hostilités, n’a pas placé les droits humains, la justice, l’obligation de rendre des comptes ou les réparations au cœur des négociations.

Amnesty International avertit que le cycle de la violence se poursuivra sans mécanisme de responsabilité

Amnesty International conclut que des mesures internationales concrètes deviennent de plus en plus urgentes.

Selon l’organisation, tant que les responsables des homicides commis en janvier 2026 ne seront pas traduits en justice par l’intermédiaire de mécanismes internationaux indépendants, les autorités iraniennes continueront de croire qu’elles peuvent réprimer la contestation populaire au moyen d’une violence meurtrière sans avoir à en répondre.

Pour les familles des milliers de victimes, estime Amnesty International, la justice demeure hors de portée.

À défaut d’une pression internationale durable, l’organisation avertit que le cycle de répression qui caractérise l’Iran depuis plusieurs décennies risque de s’intensifier davantage plutôt que de prendre fin.