Une chronologie de l’effusion de sang : comment les mouvements de contestation populaires en Iran ont été réprimés dans la violence sous Ali Khamenei

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CSDHI – Des soulèvements de Mashhad en 1992 aux manifestations nationales de 2026, plusieurs décennies de contestations populaires ont été systématiquement réprimées par un usage meurtrier de la force, des arrestations massives et une répression organisée, selon des rapports sur les droits humains et des documents historiques.

Plus de trois décennies de répression

Plus de trente années du leadership d’Ali Khamenei ont été marquées non seulement par des vagues récurrentes de contestations populaires, mais aussi par un recours toujours plus sévère à la répression étatique.

Depuis son accession au poste de Guide suprême en 1989, les différents mouvements de protestation — déclenchés par les difficultés économiques, les revendications politiques, les crises environnementales ou encore les aspirations aux libertés fondamentales — ont régulièrement été confrontés à des répressions armées, des arrestations de masse, des coupures d’Internet et à de nombreuses allégations de graves violations des droits humains.

L’aperçu ci-dessous retrace l’évolution des principaux mouvements de protestation en Iran entre 1992 et 2026, montrant comment des manifestations initialement localisées se sont progressivement transformées en contestations nationales du régime.

Le premier grand soulèvement : Mashhad, 1992

Le premier soulèvement social majeur sous la direction d’Ali Khamenei s’est produit à Mashhad, en mai 1992.

Déclenchées à l’origine par les démolitions forcées d’habitations dans le quartier de Kouye Tolab ainsi que par la dégradation de la situation économique, les manifestations ont rapidement dégénéré en affrontements avec les institutions gouvernementales.

Selon les informations disponibles, les manifestants auraient pris le contrôle de certaines parties de la ville pendant plusieurs heures avant que les forces de sécurité — notamment le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), la milice Bassidj et la police — n’interviennent en utilisant des munitions réelles.

Les autorités iraniennes n’ont jamais publié de bilan officiel des victimes.

Les estimations indépendantes évoquent un nombre de morts allant de plusieurs dizaines à plus d’une centaine, tandis que de nombreux participants auraient été exécutés dans les semaines qui ont suivi.

Qazvin, 1994 : une contestation populaire régionale devient politique

En août 1994, des manifestations éclatent à Qazvin pour protester contre une modification des limites administratives.

Bien qu’elles soient d’abord restées locales, elles se sont rapidement transformées en mouvement plus largement dirigé contre le gouvernement.

Les affrontements se sont intensifiés lorsque les manifestants ont attaqué des bâtiments administratifs, des banques et des postes de police.

Selon diverses sources, les forces de sécurité ont répondu par des tirs à balles réelles.

Des sources indépendantes estiment qu’au moins 33 personnes ont été tuées et que de nombreuses autres ont été blessées.

Eslamshahr, 1995 : la colère économique explose

Une inflation galopante, la hausse du coût des transports, les pénuries d’eau et la détérioration des conditions de vie ont alimenté l’un des plus importants mouvements de protestation urbaine des années 1990.

Les habitants d’Eslamshahr, au sud de Téhéran, manifestaient contre l’augmentation du prix des tickets de bus ainsi que contre la dégradation générale de la situation économique.

Selon les informations disponibles, les autorités ont déployé des hélicoptères militaires au cours de la répression, qui s’est étendue sur quatre jours.

Aucun bilan officiel n’a été publié, mais des estimations indépendantes évaluent le nombre de victimes entre 50 et 70 morts.

Les contestations populaires étudiantes de 1999

L’attaque contre les résidences universitaires de l’Université de Téhéran, en juillet 1999, demeure l’un des événements les plus marquants de l’histoire politique iranienne depuis la révolution.

Les manifestations avaient été déclenchées par la fermeture du journal réformateur Salam avant de s’étendre des campus universitaires à plusieurs villes iraniennes.

La mort de l’étudiant Ezzat Ebrahim-Nejad est devenue le symbole le plus connu de cette répression, même si les organisations étudiantes ont fait état d’autres victimes ainsi que de plusieurs milliers d’arrestations.

Les manifestations des minorités au Khouzistan et en Azerbaïdjan

Entre 2005 et 2006, plusieurs vagues de contestation éclatent dans les régions peuplées de minorités ethniques.

Au Khouzestan, les manifestations suivent la publication d’un document controversé qui aurait proposé des modifications démographiques dans la province.

Selon les rapports disponibles, plusieurs dizaines de manifestants auraient été tués.

L’année suivante, d’importantes manifestations éclatent à Tabriz, Ourmia et dans d’autres villes d’Azerbaïdjan iranien après la publication, dans un journal, d’une caricature largement perçue comme insultante envers la population azérie.

Les forces de sécurité auraient tué plusieurs manifestants et procédé à des centaines d’arrestations.

Les manifestations de 2009

À la suite de l’élection présidentielle contestée de 2009, l’Iran connaît les plus importantes contestations populaires politiques depuis la révolution de 1979.

Des millions d’Iraniens remettent en cause les résultats officiels du scrutin, accusant les autorités de fraude électorale.

Le mouvement évolue rapidement vers une contestation plus générale du système politique.

Les organisations de défense des droits humains ont recensé au moins 72 morts, tandis que plusieurs milliers de personnes ont été arrêtées.

Le centre de détention de Kahrizak, où des détenus ont subi des actes de torture et de mauvais traitements, est devenu un symbole durable de la répression de cette période.

Décembre 2017 : d’une protestation économique à une révolte politique

Ce qui avait commencé à Mashhad comme une manifestation contre la hausse des prix s’est rapidement propagé à plus de 140 villes.

Contrairement aux mouvements précédents, les manifestants ont ouvertement remis en cause le Guide suprême ainsi que l’ensemble du système politique.

Les organisations de défense des droits humains estiment qu’au moins 45 personnes ont été tuées et que plusieurs milliers d’autres ont été arrêtées lors de cette répression nationale.

Novembre 2019 : la répression la plus meurtrière

La décision soudaine du gouvernement d’augmenter fortement le prix des carburants déclenche l’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire de la République islamique.

En quelques heures, les manifestations s’étendent à plus de 200 villes.

Après le soutien public apporté par Ali Khamenei au rétablissement de l’ordre, les forces de sécurité auraient ouvert le feu à balles réelles sur les manifestants.

Amnesty International a documenté au moins 324 morts, tandis que Reuters, citant des sources iraniennes, estime qu’environ 1 500 personnes auraient été tuées.

Des informations en provenance de Mahshahr font état de fusillades de masse contre des manifestants.

Les événements de novembre 2019 demeurent l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire contemporaine de l’Iran.

Les manifestations environnementales et économiques se poursuivent

Entre 2021 et 2022, les mouvements de contestations populaires reflètent de plus en plus l’aggravation des crises économiques et environnementales.

Au Khouzestan, de graves pénuries d’eau provoquent d’importantes manifestations qui s’étendent ensuite aux provinces voisines.

Par la suite, les agriculteurs d’Ispahan protestent contre la mauvaise gestion chronique des ressources hydriques.

Selon plusieurs rapports, les forces de sécurité utilisent des fusils de chasse et des munitions à plomb pour disperser les rassemblements.

En 2022, la hausse des prix des produits alimentaires entraîne également des manifestations dans des dizaines de villes après la suppression par le gouvernement de plusieurs subventions essentielles.

Le soulèvement national de 2022

La mort de Mahsa Amini, alors qu’elle était détenue par la police des mœurs, déclenche le plus vaste mouvement de protestation nationale de l’histoire de la République islamique.

Les manifestations se propagent rapidement dans tout le pays et rassemblent des étudiants, des travailleurs, des femmes, des minorités ethniques et des jeunes dans presque toutes les provinces.

Selon de nombreuses organisations de défense des droits humains, plus de 750 personnes auraient été tuées et plus de 30 000 arrêtées lors de la répression.

Les informations  font également état d’un recours généralisé à la torture, de procès expéditifs et de condamnations à mort prononcées contre plusieurs manifestants.

Bien que les forces de sécurité aient finalement réussi à réprimer le mouvement, celui-ci a profondément transformé le paysage politique iranien et constitue désormais un moment déterminant de l’histoire contemporaine du pays.

Les manifestations nationales de 2026

Une nouvelle vague majeure de contestation éclate en janvier 2026, dans un contexte marqué par une inflation galopante, l’effondrement économique, la dépréciation de la monnaie nationale et un profond mécontentement populaire.

Selon le document source, les manifestations se seraient propagées à environ 195 villes à travers l’Iran.

Les autorités auraient répondu par un déploiement massif des forces de sécurité, d’importantes perturbations de l’accès à Internet ainsi que par des arrestations à grande échelle.

Le texte évoque différentes estimations concernant le nombre de victimes, reflétant les divergences entre les diverses sources disponibles.

Il affirme que les violences les plus graves auraient eu lieu après plusieurs discours prononcés par Ali Khamenei à la mi-janvier, au moment où les forces de sécurité auraient considérablement intensifié leur répression contre les manifestants.

La vérification indépendante des estimations les plus élevées demeure toutefois contestée, illustrant les difficultés persistantes à documenter ces événements en raison des restrictions imposées par les autorités et du manque de transparence.

Un schéma récurrent sur plus de trois décennies

Malgré la diversité des causes ayant donné naissance à ces différents mouvements de contestation — qu’il s’agisse de difficultés économiques, de revendications régionales ou d’exigences en matière de libertés civiles —, la réponse de l’État a présenté une remarquable continuité.

Les organisations de défense des droits humains ont régulièrement documenté des allégations de recours excessif à la force, de détentions arbitraires, de torture ainsi que de restrictions à la liberté d’expression lors des différentes vagues de protestation.

Les autorités iraniennes ayant très rarement publié des bilans complets des victimes, le nombre exact de personnes tuées au cours des manifestations survenues sous le leadership d’Ali Khamenei demeure sujet à controverse.

Néanmoins, les organisations indépendantes de défense des droits humains s’accordent largement pour estimer que le nombre cumulé de victimes se chiffre en plusieurs milliers.

Considérés dans leur ensemble, ces épisodes révèlent un schéma durable dans lequel les crises politiques, économiques et sociales ont été systématiquement traitées par des mesures sécuritaires coercitives plutôt que par des réformes structurelles, laissant les causes profondes des contestations sans réponse et alimentant ainsi de nouveaux cycles de troubles.