CSDHI – Najmeh Amini : « Je veux seulement la justice et la possibilité de me défendre ; soyez ma voix »
En bref :
- Condamnation à mort et emprisonnement : Najmeh Amini, une étudiante de 23 ans en comptabilité, a été condamnée à mort le 16 septembre 2026 par le juge Assian, de la branche 6 de la chambre criminelle du tribunal révolutionnaire, après huit mois de détention arbitraire. Elle a également été condamnée à 12 ans et 6 mois de prison dans une affaire distincte.
- Arrestation violente : Elle a été arrêtée le 31 janvier 2026 au bazar Ferdowsi de Mashhad, après avoir été violemment battue par les forces de sécurité.
- Lourdes accusations liées à la sécurité nationale : Elle fait face à de vastes accusations passibles de la peine capitale et à des accusations liées à la sécurité, notamment « moharebeh » (inimitié envers Dieu), « coopération avec Israël », « Sab al-Nabi » (insulte au Prophète), « insulte au Guide suprême » et « affrontement avec des agents de sécurité ».
- Violations systématiques du droit à un procès équitable : Elle s’est vu totalement refuser l’accès à l’avocat de son choix, a été maintenue pendant une longue période à l’isolement dans des quartiers de sécurité et aurait été exposée à un risque de torture physique et psychologique visant à lui arracher des aveux sous la contrainte.
- Message audio depuis la prison : Elle a directement appelé les instances internationales de défense des droits humains, les associations juridiques et le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à faire annuler sa condamnation à mort et à lui accorder une véritable possibilité de se défendre.
Introduction
La condamnation à mort de Najmeh Amini, une étudiante de 23 ans en comptabilité détenue dans le quartier des femmes de la prison de Vakilabad, à Mashhad, a suscité une nouvelle vague de graves inquiétudes concernant le recours accéléré, par le système judiciaire iranien, à des verdicts expéditifs et répressifs contre les manifestants et les militants de la société civile.
Les informations documentées ainsi qu’un message audio transmis par cette prisonnière politique indiquent que l’enquête, le procès et le prononcé de sa condamnation à mort ont été marqués par de graves violations des droits humains fondamentaux, le déni du droit à un procès équitable et le recours à de vagues accusations liées à la sécurité.
1. Arrestation violente et détention arbitraire prolongée
Najmeh Amini a été arrêtée le samedi 31 janvier 2026 (11 Bahman 1404), près du bazar Ferdowsi à Mashhad, après avoir été violemment battue par les forces de sécurité de l’État.
Selon des rapports de défense des droits humains :
- Après son arrestation, elle a été maintenue à l’isolement dans le quartier de sécurité de la prison de Vakilabad, à Mashhad, pendant près de trois mois.
- Elle est restée pendant huit mois dans une situation d’incertitude administrative et judiciaire extrême, privée des droits fondamentaux garantis aux personnes détenues.
2. De lourdes accusations liées à la sécurité
Tout au long de sa détention et de ses interrogatoires, les autorités sécuritaires et judiciaires ont porté contre cette étudiante de 23 ans une série d’accusations liées à la sécurité et au droit pénal, suscitant de graves préoccupations en matière de droits humains. Les accusations portées contre elle comprennent :
- « Moharebeh » (inimitié envers Dieu) ;
- « Coopération avec un État hostile (Israël) » ;
- « Sab al-Nabi » (insulte au Prophète) ;
- « Insulte au Guide suprême » ; et
- « Affrontement avec des agents de sécurité et des membres des forces de l’État ».
Le fait de porter des accusations telles que « moharebeh » et « Sab al-Nabi » — qui sont passibles de la peine de mort en vertu du Code pénal islamique de la République islamique d’Iran — parallèlement à de larges accusations liées à la sécurité, illustre un schéma largement documenté consistant à fabriquer des accusations afin d’imposer de lourdes peines aux manifestants.
3. Procédure de procès inéquitable et prononcé de la peine de mort
Selon les déclarations directes de Najmeh Amini dans un enregistrement audio diffusé depuis la prison le 18 septembre 2026 (27 Shahrivar 1405), son procès s’est tenu devant la branche 6 de la chambre criminelle du tribunal révolutionnaire :
- Condamnation à mort : le 16 septembre 2026 (25 Shahrivar 1405), sa condamnation à mort a été prononcée et officiellement notifiée par le juge Assian.
- Peine d’emprisonnement : dans une affaire distincte, elle a été condamnée à 12 ans et 6 mois de prison.
- Déni du droit à un avocat : des rapports fiables confirment qu’Amini s’est vu totalement refuser l’accès à l’avocat de son choix pendant toute sa détention et au cours de la procédure judiciaire.
- Torture et coercition : des rapports font état d’un risque de torture physique et psychologique pendant son séjour dans le quartier de sécurité, dans le but d’obtenir des aveux sous la contrainte et de les utiliser devant le tribunal.
4. Appel audio depuis la prison de Vakilabad
Le 18 septembre 2026, Najmeh Amini a transmis un message audio depuis la prison de Vakilabad, à Mashhad, dans lequel elle maintient son innocence et appelle l’attention de la communauté internationale et des instances nationales et internationales de défense des droits humains. Dans cet enregistrement, diffusé alors qu’elle était sous le coup d’une condamnation à mort, elle a demandé une intervention.
La transcription de son message audio depuis la prison de Vakilabad est la suivante :
« Je veux seulement la justice et la possibilité de me défendre »
« Salutations au peuple iranien. Je suis Najmeh Amini, j’ai 23 ans et je vous parle depuis la prison centrale de Mashhad. Je vous laisse ce message le 18 septembre 2026.
Peuple, après avoir passé huit mois dans l’incertitude, ma condamnation à mort a été prononcée le 16 septembre 2026 par la branche 6 de la chambre criminelle du tribunal révolutionnaire, sous l’autorité du juge Assian.
Aujourd’hui, je n’essaie pas de faire de moi une héroïne ; je demande seulement une chose : soyez ma voix. Je suis une jeune fille innocente, une jeune personne qui a tant d’espoirs et de rêves. J’ai des parents qui m’attendent — une famille qui se réveille chaque matin dans la peur de me perdre.
Je ne veux pas que la dernière trace de mon existence se résume à quelques lignes dans un dossier judiciaire.
Si ma voix parvient à sortir de la prison, s’il vous plaît, ne l’écoutez pas seulement un instant avant de l’oublier !
Peuple, je veux seulement la justice et la possibilité de me défendre. Je demande aux avocats, aux juristes, aux défenseurs des droits humains et à tous ceux qui entendent la voix des innocents d’examiner mon dossier. Je demande aux organisations internationales de défense des droits humains et aux instances compétentes des Nations unies d’entendre ma voix, d’enquêter et d’assurer le suivi de ma situation judiciaire.
Souvenez-vous de mon nom ; il se peut que je ne puisse plus parler. Mais tant que je suis en vie, je garde un espoir : qu’avant que la corde ne mette fin à ma vie, je puisse voir mon Iran prospère et libre. »
Analyse juridique et violation des instruments internationaux
L’arrestation, l’interrogatoire et la condamnation à mort de Najmeh Amini constituent de graves violations des obligations internationales de la République islamique d’Iran :
- Violation de l’article 9 du PIDCP : interdiction des arrestations arbitraires, violences physiques graves lors de la détention et non-respect des droits de l’accusée pendant huit mois de détention illégale.
- Violation de l’article 14 du PIDCP (droit à un procès équitable) : déni absolu de l’accès à une représentation juridique de son choix, refus d’un délai et de moyens suffisants pour préparer sa défense, et procès devant des tribunaux dépourvus d’indépendance judiciaire.
- Violation de l’article 7 du PIDCP (interdiction de la torture et des aveux forcés) : pressions physiques et psychologiques exercées dans les quartiers de sécurité afin d’obtenir des déclarations auto-incriminantes utilisées devant le tribunal.
- Privation arbitraire du droit à la vie (article 6 du PIDCP) : l’imposition de la peine de mort sur la base d’accusations politiques et idéologiques, à l’issue d’une procédure ne respectant pas les normes internationales relatives au procès équitable, constitue une privation arbitraire du droit à la vie. Le Comité des droits de l’homme de l’ONU a souligné à plusieurs reprises que la peine de mort ne peut être appliquée que pour les « crimes les plus graves » et à l’issue de procédures respectant les garanties les plus strictes en matière de procès équitable.
Conclusion
Le cas de Najmeh Amini illustre l’utilisation systématique de la peine de mort comme instrument d’intimidation de la société et de répression des jeunes manifestants et militants étudiants en Iran. Le fait de condamner à mort une étudiante de 23 ans après plusieurs mois de détention arbitraire, un risque de torture signalé et un déni total du droit à un avocat rend d’autant plus urgente une intervention internationale immédiate afin de suspendre et d’annuler cette condamnation.
Demandes urgentes en matière de droits humains
- Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme et le Conseil des droits de l’homme de l’ONU sont invités à exiger d’urgence la suspension immédiate de l’exécution et un réexamen judiciaire de l’affaire, conformément aux normes internationales relatives au procès équitable.
- Le Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme en Iran est invité à accorder la priorité au cas de Najmeh Amini, en documentant le déni de son droit à une représentation juridique ainsi que les verdicts prononcés contre elle dans les prochaines communications urgentes et les rapports officiels.
- Le Rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires est invité à examiner la condamnation à mort prononcée contre cette prisonnière politique de 23 ans comme une privation arbitraire du droit à la vie.
- Le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire est invité à enquêter sur ses huit mois de détention provisoire, les violences physiques subies lors de son arrestation et son maintien prolongé à l’isolement dans le quartier de sécurité de la prison de Vakilabad.
- Le Rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d’opinion et d’expression et le Rapporteur spécial sur le droit à l’éducation sont invités à documenter et à condamner la répression sécuritaire et la fabrication de procédures judiciaires visant les étudiants manifestants en Iran, notamment Najmeh Amini.
- L’ensemble des instances juridiques internationales, des barreaux et des institutions de défense des droits humains sont invités à demander le déploiement d’observateurs indépendants ou à garantir l’accès à une représentation juridique indépendante afin qu’un nouveau procès équitable puisse se tenir dans cette affaire.



