CSDHI – Le régime iranien, dirigé par le Guide suprême Ali Khamenei, continue d’intensifier sa répression contre les critiques du cyberespace et des médias sociaux. Récemment, M. Khamenei a publiquement ordonné à l’appareil judiciaire et aux services de sécurité iraniens de cibler les voix dissidentes sous prétexte d’« assurer la sécurité psychologique de la société ».
Cette directive est intervenue alors que les protestations contre les politiques gouvernementales et la détérioration des conditions économiques en Iran ont pris de l’ampleur en ligne. En réponse, Gholam-Hossein Mohseni-Eje’i, chef du pouvoir judiciaire, a averti que les critiques risquaient d’être arrêtés et poursuivis en justice. Cette stratégie n’est pas nouvelle : pendant des décennies, le régime a eu recours à la répression, à la détention, aux menaces et aux exécutions pour faire taire les voix de l’opposition.
La pression internationale s’accentuant et les critiques internes se multipliant après la décision de l’Iran de soutenir des groupes militants dans le conflit de Gaza, le régime a de nouveau opté pour une intensification de la censure. L’approche du régime à l’égard du cyberespace n’a cessé d’être répressive.
Des lois telles que le projet de loi sur la protection des utilisateurs d’Internet (IUPB), partiellement mises en œuvre sans l’approbation formelle du Parlement, permettent au gouvernement d’exercer des pouvoirs étendus en matière de censure et de surveillance. L’État iranien a également mis au point un système d’accès à l’internet « par paliers » qui offre un « accès préférentiel » aux utilisateurs agréés tels que les indépendants, les développeurs et les universitaires.
Les efforts visant à restreindre la liberté d’expression ne se limitent pas à la législation. Depuis 2022, le ministère des TIC impose des amendes et des peines d’emprisonnement aux citoyens qui utilisent des réseaux privés virtuels (VPN) pour contourner la censure.
L’expansion du réseau national d’information iranien (NIN) restreint davantage l’accès international, renforçant l’environnement en ligne restrictif de l’Iran en bloquant les sites web, en particulier ceux qui appartiennent à des agences de presse étrangères, à des groupes de défense des minorités et à des organisations de défense des droits de l’homme.
Les sites web qui remettent en cause le discours politique ou la doctrine religieuse de l’Iran sont également interdits, et les sites de médias sociaux et les plateformes de messagerie comme Twitter, Facebook et Telegram ont été systématiquement bloqués.
Les médias sociaux restent une cible. Bien qu’Instagram et WhatsApp aient été parmi les dernières plateformes internationales accessibles, elles ont été bloquées lors des manifestations nationales de 2022, les autorités invoquant la sécurité nationale.
Le contrôle exercé par le régime iranien sur l’internet lui permet d’orchestrer le filtrage à l’échelle du réseau, de bloquer des sites spécifiques en quelques heures et d’obliger les FAI privés à utiliser l’infrastructure fournie par le gouvernement pour filtrer les contenus interdits.
Alors que les Iraniens se tournent de plus en plus vers les VPN et les services proxy, le gouvernement a riposté en bloquant ces alternatives. Les autorités obligent les propriétaires de sites web à s’enregistrer auprès du ministère de la culture, ce qui permet au gouvernement d’exiger le retrait des contenus « inacceptables ».
Outre les restrictions techniques, le régime se livre à une manipulation généralisée du contenu, en s’appuyant sur le contrôle des médias pour élaborer des récits favorables au gouvernement. Grâce à un réseau de comptes de médias sociaux inauthentiques, de propagande numérique et de « bataillons cybernétiques », le régime propage son idéologie en ligne, supprimant souvent les informations sur les troubles intérieurs et ciblant les journalistes qui couvrent des sujets politiquement sensibles.
Les efforts visant à remplacer les plateformes populaires par des alternatives parrainées par l’État ont conduit au développement d’applications de médias sociaux iraniens telles que Bale, Rubika et Soroush, qui bénéficient d’un financement gouvernemental. À mesure que le régime renforce son contrôle, il promeut les applications soutenues par l’État et offre des incitations aux développeurs, dans l’espoir de faire passer les utilisateurs à un écosystème numérique étroitement réglementé.
Si les tactiques du régime ont permis d’étouffer certaines critiques, elles ont finalement favorisé l’émergence d’une génération d’activistes audacieux et férus de technologie qui résistent aux normes de l’État et remettent ouvertement en question la légitimité du régime en ligne.
À mesure que le gouvernement iranien intensifie la censure, le fossé entre le discours gouvernemental et le discours public se creuse, ce qui accroît la frustration et enhardit l’opposition. La tentative de contrôle du cyberespace s’avère plus difficile que la fermeture des médias traditionnels, mais l’insistance du régime sur la répression risque de se retourner contre lui et d’alimenter la détermination de ceux qui s’engagent à lui demander des comptes.
Source : INU



