CSDHI – Des données récentes provenant de plus de 10 provinces iraniennes révèlent des disparités alarmantes dans l’état de l’éducation préscolaire, en particulier dans les régions rurales et défavorisées. Les conclusions, tirées d’entretiens avec des enseignants et des responsables de l’enseignement préscolaire, mettent en évidence des problèmes importants en matière de disponibilité et de qualité de l’enseignement préscolaire. Ces déficiences entravent non seulement l’apprentissage fondamental des enfants, mais exacerbent également les inégalités éducatives à un stade ultérieur.
Disparités dans l’éducation préscolaire
Les données, recueillies par le journal Sharq dans des provinces telles que l’Azerbaïdjan occidental, le Khorasan, le Sistan et le Baloutchistan, le Fars, le Kerman, le Kermanshah, le Lorestan, l’Hormozgan, le Golestan, le Khorassan du Nord, ainsi que la province de Kohgilouyeh-et-Boyer-Ahmad, soulignent une tendance inquiétante : plus de la moitié des enfants des zones défavorisées n’ont pas accès à l’éducation
préscolaire. Et ce, malgré le fait que les éducateurs reconnaissent généralement que l’éducation précoce peut remédier aux troubles de l’apprentissage et améliorer les résultats scolaires.
Le coût des frais de scolarité constitue un obstacle important à l’inscription dans un établissement préscolaire. Même dans les écoles publiques, les frais vont de 150 000 tomans à 12 millions de tomans par an, selon le niveau de pauvreté de la région. De nombreuses familles des zones rurales et défavorisées ont du mal à payer les frais de scolarité, même les plus bas. Par conséquent, l’éducation préscolaire est devenue un luxe hors de portée d’innombrables familles.
L’impact sur les résultats scolaires
L’absence d’éducation préscolaire a des conséquences considérables. Les compétences de base et les stratégies d’apprentissage développées pendant l’éducation préscolaire jouent un rôle essentiel dans la capacité des enfants à s’épanouir dans les classes supérieures. Les enseignants, tant dans les zones défavorisées que dans les zones aisées, constatent une différence flagrante dans la préparation à la classe entre les enfants qui ont fréquenté l’école maternelle et ceux qui ne l’ont pas fait. L’absence de cette éducation de base entraîne souvent des difficultés d’apprentissage qui persistent tout au long du parcours scolaire.
Les statistiques des évaluations internationales brossent un tableau sombre de la situation : 40 à 45 % des élèves iraniens de quatrième et de huitième année ne satisfont pas aux normes minimales d’apprentissage, et près de 40 % ont des résultats inférieurs à la moyenne. Cela signifie que 80 % des élèves ne parviennent pas à obtenir des résultats supérieurs à la moyenne, une situation qui se traduit souvent par des abandons scolaires, même au niveau élémentaire. Les enseignants signalent que les enfants ayant des difficultés d’apprentissage non résolues sont souvent obligés de suivre des cours du soir à un jeune âge, ce qui aggrave encore les difficultés auxquelles ils sont confrontés.
Contraintes financières et inégalités
La charge financière qui pèse sur les établissements préscolaires exacerbe ces problèmes. Le financement public étant insuffisant, les établissements préscolaires publics dépendent de plus en plus des frais de scolarité, fonctionnant de la même manière que les établissements privés. Cette dépendance crée des inégalités, car les administrateurs refusent souvent l’inscription d’enfants handicapés, ayant des difficultés d’apprentissage ou issus de familles à faibles revenus, sous prétexte de surcapacité. Ces pratiques aggravent les privations des enfants vulnérables, les excluant encore plus du système éducatif.
Certaines familles, incapables de s’offrir une inscription à long terme, inscrivent leurs enfants pour un mois ou deux seulement, ce qui se traduit par une éducation précoce irrégulière. L’absence d’obligation légale de fréquentation de l’école maternelle affaiblit encore son rôle de tremplin vers l’enseignement primaire.
Implications plus larges pour la société
Les écarts économiques et culturels se creusent dans la société iranienne, et l’inaccessibilité de l’enseignement préscolaire est à la fois un symptôme et un moteur de cette fracture. Pour de nombreuses familles, l’éducation préscolaire est devenue un privilège inaccessible en raison des difficultés économiques et de la crise financière actuelle. Si rien n’est fait, les conséquences à long terme pour le système éducatif et la société iranienne pourraient être dévastatrices.
Les experts ont à maintes reprises mis en garde contre la détérioration de la qualité de l’enseignement dans les zones défavorisées. Des rapports tels que l’enquête de Hame Mihan sur « Le désastre de l’analphabétisme » révèlent que le niveau d’éducation dans ces régions est alarmant. Par exemple, sur 20 élèves passant de la sixième à la septième année, 4 à 5 seraient fonctionnellement analphabètes.
Des statistiques alarmantes
Selon l’Organisation du mouvement pour l’alphabétisation, l’Iran compte 7,4 millions d’analphabètes absolus âgés de six ans et plus, auxquels s’ajoutent 2,5 millions de personnes classées comme « nouvellement alphabétisées ». Ces personnes, qui n’ont pas dépassé la deuxième ou la troisième année d’études, luttent pour atteindre des niveaux d’alphabétisation plus élevés.
En outre, le Centre de recherche du Parlement a rapporté des résultats moyens médiocres pour les examens finaux de mai 2023 :
- Sciences expérimentales : 10.61
- Mathématiques et physique : 10,54
- Littérature et sciences humaines : 9.20
- Sciences islamiques : 10.10
Une crise qui s’aggrave
Malgré les affirmations des autorités iraniennes concernant les progrès réalisés dans l’éradication de l’analphabétisme, la réalité est tout autre. Ces dernières années, la population d’analphabètes et de personnes peu instruites s’est déplacée des personnes âgées et d’âge moyen vers les enfants et les adolescents. La pauvreté, l’insuffisance des infrastructures éducatives et la négligence systémique ont privé de nombreux jeunes Iraniens d’un accès à une éducation de qualité, perpétuant ainsi les cycles d’inégalité et de privation.
Conclusion
L’état de l’enseignement préscolaire dans les régions défavorisées de l’Iran met en évidence la nécessité d’une intervention immédiate. S’attaquer aux obstacles financiers, améliorer l’accès et assurer un traitement équitable de tous les enfants sont des étapes essentielles pour briser le cycle de la pauvreté et de l’échec scolaire. Sans une action urgente, le système éducatif risque d’aggraver les fractures sociétales, avec des conséquences désastreuses pour les générations futures.



